La Belgique a longtemps ouvert la porte à l'intégrisme saoudien

Le wahhabisme, version saoudienne du salafisme, se veut strictement fidèle aux pratiques instaurées par le prophète Mahomet au VIIe siècle. L'Arabie saoudite est un des rares pays musulmans à appliquer intégralement cette conception moyenâgeuses de la charia (la loi islamique), incluant la polygamie, les châtiments corporels, la lapidation, la décapitation publique et la maintien de la femme dans un statut de mineur.

Pourtant, entre 1974 et 1990, l'Arabie saoudite a eu la haute main sur l'organisation du culte musulman en Belgique. Elle a reçu les clés de la grande mosquée du Cinquantenaire et la direction du Centre islamique et culturel de Belgique qui s'y trouve. Dans les années 90, les autorités belges ont tenté de réduire l'influence saoudienne en créant l'exécutif des musulmans, l'objectif étant de faire émerger un islam belge.

Prédicateurs et télévisions satellitaires

Mais la puissance financière de l'Arabie saoudite lui a permis de maintenir une forte influence en Belgique, mais aussi partout en Europe et dans l'ensemble du Moyen-Orient. Avec ses pétrodollars, elle finance des prédicateurs et des télévisions satellitaires qui répandent sa vision intégriste de l'islam. Elle paye également des bourses à des étudiants qui vont s'imprégner sur place de ses principes, avant de revenir dans leurs pays d'origine. En 2012, la Sûreté de l’État relevait que l'Arabie saoudite finançait une dizaine d'école en Belgique où était enseigné l'islam wahhabite.

La salafisme inspire nombre de groupes djihadistes, dont l’État islamique. On sait que ce groupe a reçu des financements venus entre autres d'Arabie saoudite. Aujourd'hui, la monarchie semble réaliser le danger que ces groupes peuvent représenter pour sa propre stabilité. Les autorités saoudiennes ont désormais tendance à condamner sévèrement toute forme d'opposition, quelle soit libérale ou islamiste. Dix personnes ont été décapitées en public durant les deux premières semaines de 2015 pour divers motifs. Malgré la forte mobilisation internationale, le blogueur Raef Badaoui reste condamné à mille coups de fouet.

Après de longues années de complaisance, les autorités belges semblent prendre conscience du danger que représente l'influence saoudienne. Quelques mesures avaient déjà été prises contre des prédicateurs jugés dangereux. Il sera à l'avenir plus difficile pour les imams wahhabites de s'installer en Belgique.

Daniel Fontaine

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