Le terroriste s'adapte: "C'est le jeu du gendarme et du voleur", affirme un expert

Le débat des experts sur le terrorisme.
Le débat des experts sur le terrorisme. - © RTBF

La sûreté de l'Etat est-elle à la hauteur des défis posés par le terrorisme ? Les mesures prises par le gouvernement seront-elles efficaces ? Ce dimanche midi, André Jacob, ancien responsable du service anti-terrorisme de la Sûreté de l'Etat, David Stans, chercheur à l'université de Liège, Thomas Renard, expert en contre-terrorisme à l'Institut Egmont et Michaël Dantinne, criminologue à l'ULg en ont débattu sur le plateau des Décodeurs RTBF. 

Rehaussement au niveau 4

Le niveau 4 n'est actionné que pour la seconde fois. Ce genre de mesures n'est pris que s'il y a des éléments tangibles (des armes, des explosifs et une cellule active): "Sinon on risque de se faire griller ses meilleures cartes", affirme Thomas Renard, expert en contre-terrorisme à l'institut Egmont. Pour André Jacob, ancien responsable du service anti-terrorisme de la Sûreté de l'Etat: "On peut supposer que dans le cadre de l'enquête, soit des éléments sont venus de France, sur base d'approfondissements d'écoutes téléphoniques; soit de la poursuite des enquêtes en Belgique. On pourrait lancer comme hypothèse de travail que le parquet et la police fédérale sont sur un groupe. Est-il sous contrôle ? Est-il réuni au même endroit? A-t-on détecté des explosifs?" Les questions restent nombreuses. 

Passage à l'acte

Le niveau 4 est actionné, mais pour combien de temps ? "C'est le jeu du gendarme et du voleur", affirme Michaël Dantinne. Les terroristes voient l'information comme tout le monde. Ils suivent l'actualité. Du côté des services de sécurité, "on essaye d'éviter les passages à l'acte et en même temps, on essaye de les intercepter pour les empêcher de nuire". Le terroriste peut s'adapter et attendre une diminution de la vigilance pour passer à l'acte: "Le terroriste, s'il voit que son objectif premier est trop bien protégé, il va redescendre dans le choix de ses objectifs pour prendre une cible plus soft et plus facile" affirme André Jacob.

Faille ne veut pas dire faute

Face à cette situation tendue, n'y a-t-il pas eu un manque de moyens mis à la disposition de la Sûreté de l'Etat, des services de renseignements et de la justice? André Jacob tempère: "Il y a peut-être eu des failles, humaines ou liées à l'organisation des services. Mais faille ne veut pas dire faute". L'enquête du comité R permettra aussi d'améliorer ce qui a été bien fait. D'autres attentats ont été déjoués grâce aux renseignements. 

Aujourd'hui, des listes de personnes fichées existent. L'OCAM, l'Organe de la coordination pour l'analyse de la menace, aurait recensé 800 personnes à surveiller. Pour André Jacob, "le problème, c'est de déterminer ceux qui sont les plus radicaux et réduire cette liste à une dizaine de personnes". 

Déterminer le degré de dangerosité

Le gouvernement Michel a annoncé le passage en prison des returnees, les personnes qui rentrent de Syrie. N'y-a-t-il pas une possibilité de radicalisation ? La question que soulève Michaël Dantinne, c'est de savoir ce qu'on va faire de ces personnes pendant leur incarcération. "Est-ce la mesure la plus adaptée ? Quand les gens reviennent de Syrie, ils reviennent pour des raisons différentes. Il faut les identifier, les retrouver, les interroger. Passer du temps avec eux et déterminer leur profil et leur degré de dangerosité. Au cas par cas. Il y en a qui sont dangereux, il y a aussi ceux qui reviennent déçus et traumatisés", rappelle le criminologue de l'ULg.

Manque d'approche globale

A la suite d'un attentat ou d'une menace terroriste comme celle qui est en cours à Bruxelles, "on prend toute une série de mesures d'urgence, assez fortes, par nature sécuritaires et répressives. Ce qui manque c'est une approche plus globale qui met l'accent sur les mesures de prévention du radicalisme. Des facteurs qui sont beaucoup moins sexy dans le langage politique", conclut Thomas Renard, expert en contre-terrorisme à l'Institut Egmont.

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