#BrusselsLockdown: "A-t-on employé le danger pour généraliser une attitude sécuritaire?"

Eric Corijn, professeur de géographie sociale et culturelle à la VUB
Eric Corijn, professeur de géographie sociale et culturelle à la VUB - © Archive SISKA GREMMELPREZ - BELGA

La grande parade de Hart Boven Hard (Tout Autre Chose), qui rassemblait 20 000 personnes à Bruxelles en mars dernier est l'événement marquant que retient de l'année 2015 Eric Corijn, professeur de géographie sociale et culturelle à la VUB : ces citoyens s'étaient mobilisés pour dénoncer les politiques d'austérité menées par les différents gouvernements du pays. Ces personnes ont défilé "en chantant sous une pluie battante avec un esprit positif et chaleureux : cela donne un sentiment très chaud, avec beaucoup d'espoir et beaucoup de dynamique. C'est un fait politique marquant : pour la première fois, toute la société civile s'est mise en réseau, avec les grandes organisations syndicales, les mutualités et les grandes maisons culturelles. Je considère qu'un changement de régime s'installe en Belgique. C'était le pays du compromis social, de la négociation permanente entre les partenaires sociaux et le gouvernement. Et là on change assez radicalement vers un régime de majorité : la majorité électorale décide et polarise fortement la société. C'est une gouvernance de conflit qui s'installe, et qui profite aussi des événements terroristes qui ont marqué cette année".

"A-t-on employé le danger pour généraliser une attitude sécuritaire?"

Eric Corijn a observé le processus qui a mené au "lockdown" de Bruxelles: "J'espère que nos services d'information en savent plus que nous. Nous devons juger sur la base de la confiance : on nous dit qu'on l'a échappé belle (qu'un attentat a été évité), mais il faut constater que le danger court toujours. J'ai vécu ces quelques jours d'alerte de niveau 4 comme une attaque contre Bruxelles. J'ai été interdit de donner cours à un groupe de 30 étudiants à la VUB. Cela était-il vraiment en rapport avec le danger imminent? Ou bien cela fait-il partie d'une panique? Ce serait alors de la malgouvernance. Ou bien a-t-on employé le danger pour généraliser une attitude sécuritaire? Depuis lors, il y a un camion de l'armée devant le campus, vide d'ailleurs, et qui fait partie du décor. Je pense que maintenant les responsables politiques doivent nous expliquer exactement sur base de quelles informations ils ont pris ces mesures drastiques. Paris n'a pas été fermé alors qu'il y a eu des attentats réels. La vie a continué à Paris, à Bruxelles on a fermé boutique".

'Molenbeek, c'est nous'

Molenbeek a été décrite dans les médias étrangers comme le carrefour des djihadistes en Europe. "C'est de la stigmatisation: cela était une vision très peu nuancée, très unilatérale, pointant des faits réels mais marginaux à Molenbeek. Il y a eu immédiatement 3000 personnes qui se sont rassemblées sur la place communale pour dire 'Molenbeek, c'est nous'. Molenbeek n'est pas le foyer du djihadisme mondial".

Réécoutez l'interview d'Eric Corijn, professeur de géographie sociale et culturelle à la VUB

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