Pierre-Yves Jeholet dans "A votre avis" : "Nous devons poursuivre nos efforts avec des mesures proportionnelles à la situation"

Rien n’indique clairement aujourd’hui que nous soyons à l’aube d’une seconde vague d’infections au coronavirus. Mais la situation n’en est pas pour autant rétablie.

Selon Charlotte Martin, spécialiste des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre, de plus en plus de patients infectés franchiraient de nouveaux les portes de l’hôpital bruxellois : "Ce n’est pas du tout le calme plat, que ce soit bien clair", confie-t-elle.

Elle poursuit : "Ça a été le calme plat à partir de fin mai. Nous avons eu un goût de terminé qui nous a fait du bien. Mais ces derniers temps, nous avons une réelle inquiétude. Le taux d’hospitalisations augmente et s’accélère depuis quelques jours. C’est quelque chose à laquelle on s’attendait. On sait que c’est le retour des vacances, la rentrée scolaire et universitaire. Mais en parallèle à cela, il y a vraiment une circulation virale qui s’intensifie et commence à avoir des conséquences chez nos patients vulnérables."

Pourtant, une partie des Belges s’impatiente. Le port du masque tel qu’appliqué actuellement est-il vraiment efficace ? Pas dans ces conditions, selon le président de l’Association Belge des Syndicats Médicaux (ABSYM), Philippe Devos : "Nous avons tellement infantilisé les gens à porter constamment le masque que cela n’a plus de sens, déclare-t-il. Lors d’une interrogation écrite, par exemple, dans une classe où tous les élèves sont silencieux et à deux mètres l’un de l’autre, pour moi c’est un moment de répit durant lequel on peut enlever le masque."

Gaëtan D’Hoop, docteur en médecine générale, va plus loin. Selon lui, le port du masque au sein de la citoyenneté est inefficace : "Je pense que le masque est une excellente idée quand il est porté par des médecins en milieu hospitalier. Il me paraît évident que le masque soit tout à fait inefficace lorsqu’il est porté par des citoyens. Il suffit de se promener à Bruxelles pour le voir. Vous croisez un groupe de joggeurs, d’enfants ou de personnes assises en terrasse sans masque. Et puis de temps en temps on voit un masqué. Je pense que dans une pandémie, il n’y a pas de demi-mesure possible. Ce n’est pas sérieux."

"L’important c’est de porter le masque dans un endroit clos, réplique Charlotte Martin. On ne va pas demander à des enfants qui ne seront pas capables de les porter de le faire. On a demandé aux cyclistes de garder la distanciation sociale et c’est ce qu’ils font. Et c’est la même chose pour les joggeurs. "

Regagner la confiance du citoyen

Pierre-Yves Jeholet, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et Christie Morreale, ministre de l’Emploi et de la Santé, sont unanimes : oui, les mesures ont aidé à traverser la crise et oui, il faudra encore les appliquer dans les prochains mois si l’on veut éviter autant que faire se peut un retour en arrière.

Mais pour y parvenir, il est nécessaire de regagner la confiance de la population en jouant entre sur la prévention et sur une communication claire : "Un reconfinement serait terrible pour toute une série de secteurs qui sont déjà en souffrance aujourd’hui. Faire marche arrière au niveau de l’école, – quand on parle du bien-être de la santé psychologique, de la socialisation des jeunes – serait catastrophique", assure Pierre-Yves Jeholet.

"C’est pour cela qu’il faut avoir un message au niveau de la population. Dire que nous avons déjà fait beaucoup d’efforts et féliciter la population. Mais on doit encore continuer quelques mois à faire des efforts avec des mesures proportionnelles à la situation. Il faut avoir l’humilité de dire que nous avons probablement tous commis des erreurs (politiques, médias et experts, ndlr) et que c’est peut-être le moment de se parler, d’avoir une communication très claire."

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