A Votre Avis : pour Pierre Wunsch, "la crise sanitaire a modestement touché le pouvoir d'achat des Belges "

Selon un Febelfin, la Fédération belge du secteur financier, 1.300.000 salariés belges ont été concernés par le chômage temporaire à la suite de la crise du coronavirus. Et ce sont autant de personnes, donc, à avoir vu leur salaire baisser de 30%.

Peut-on dès lors affirmer que la crise sanitaire ait eu un impact négatif sur le pouvoir d’achat des Belges ? " Oui ", selon le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Pierre Wunsch, invité de l'émission "A votre Avis" ce mercredi soir, " mais de manière relativement modeste au regard de la moyenne ".

"Pour ceux qui perdent leur emploi", poursuit-il, " la moyenne ne veut rien dire. Mais c’est important d’un point de vue macroéconomique puisque cela permet de savoir si les gens vont pouvoir consommer demain pour relancer l’économie. Nous estimons que l’Etat ait absorbé une grosse partie du choc d’un total de 50 milliards d’euros. Le pouvoir d’achat des Belges cette année-ci aurait dû augmenter de 2%. Finalement il stagnera. Mais puisque les Belges n’ont pas pu consommer pendant au moins deux ou trois mois de confinement, leur épargne sur l’année augmentera probablement de 20 milliards d’euros. Et cela suffit pour relancer la reprise au niveau consommation des ménages pour ceux qui ont conservé leur emploi – et c’est quand même la majorité – durant deux ou trois ans, sans problème", rassure-t-il.

Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté (RWLP), souligne cependant que tous les Belges n’ont pas été en mesure d’épargner ces derniers temps.

" Dans aucune conférence de presse du CNS on n’a parlé des populations vulnérables. On a parlé des populations en général et en moyenne. Et quand on parle de moyenne, on oublie forcément les plus écrasés. On est déjà dans un pays qui devrait atteindre des objectifs de réduction de la pauvreté qui ne les atteint pas. Qui, avant la crise sanitaire, augmentait le nombre de populations pauvres plutôt que de les diminuer. La crise sanitaire se colle sur cette crise sociale qui préexistait ! Il y a une grande augmentation de l’épargne, d’accord, mais dans cette crise, il y a des gens qui ont perdu de l’argent. Je rappelle que les chiffres européens nous disent que 25% de la population belge n’a pas d’épargne, dont 37% en Wallonie. Donc l’épargne se concentre chez certains. Et dans les circonstances actuelles, ça s’aggrave encore. Aujourd’hui dans cette crise, il y a eu de la perte de revenus non seulement chez des travailleurs mais aussi chez des chômeurs et des bénéficiaires de revenus d’intégration sociale qui faisaient des compléments en heures ALE, en journée intérim qui sont perdus à 100%. Et suivant le type de statut des gens, on a des pertes considérables. On l’a vu sur la culture, mais on peut le voir aussi sur le travail au noir fait par les sans-papiers qui vivent chez nous depuis des années. Eux n’ont plus rien. Cette crise met davantage le focus sur les inégalités qui préexistaient déjà. "

La secrétaire générale souhaite également que le gouvernement intervienne sur les revenus des ménages en difficultés sans passer par le CPAS, estimant que les Centres Publics d’Actions Sociales devraient garder une mission résiduaire. "Plus on va inviter les gens à passer par les CPAS alors que c’est par la sécurité sociale et par le travail qu’ils devraient d’abord être boostés au niveau de leurs capacités financières, plus on dévie le CPAS de sa condition résiduaire et plus on lui donne une espèce de mission de sécurité sociale étendue qu’il ne doit pas avoir. Les CPAS doivent pouvoir faire leur travail convenablement par rapport à la mission sociale qui est la leur, à condition que la sécurité sociale soit soutenue et que le travail soit renforcé, créé et rémunéré de façon décente."

Un sentiment que partage également Philippe Noël, président du CPAS de la Ville de Namur, qui observe un nombre de plus en plus important de bénéficiaires, en particulier des indépendants et des jeunes. " Les personnes qui étaient précarisées pendant la crise le sont restées. On n’a fait que rajouter de nouvelles personnes. L’augmentation est escomptée entre 15 et 45%, la crise sociale s’annonce difficile et très dure. Et donc, les 100 millions d’euros d’aides (mesure annoncée ce vendredi au sein du Super-Kern, ndlr) pourront probablement essayer d’aider ces personnes supplémentaires. […] Seront-elles suffisantes ? Je pense que personne n’est à même de le dire pour l’instant, mais ce qui est certain, c’est que la situation ne s’est pas améliorée et va probablement encore se détériorer pour plusieurs années. "

Et pour éviter que la situation ne s’aggrave, Etienne De Callatay, professeur de sciences économiques à l’UCLouvain, propose de relancer l’économie en donnant du pouvoir d’achat aux plus faibles revenus. " Il faudrait donner du pouvoir d’achat à ceux qui vont dépenser l’intégralité de cette somme. Cibler une aide vers les personnes à très faibles revenus a un impact social positif et économique maximum. Il faut aussi rappeler que la Belgique est une petite économie ouverte", assure-t-il avant de faire référence à la baisse de TVA dans le secteur Horeca.

"Baisser la TVA est certainement une très mauvaise idée. Prenons l’exemple des restaurants : le restaurant qui va relativement bien profitera nettement plus de cette mesure que le restaurant qui va mal. Donc, à nouveau, c’est une mesure qui est censée aider le secteur de l’Horeca mais qui va surtout privilégier ceux qui se débrouillent vraiment bien. Je ne crois pas que ce soit le meilleur usage de moyens rares."

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