À Votre Avis : les pensions de 1.500 € en 2024 seront peut-être insuffisantes

En Belgique, il est question d’augmenter la pension minimum garantie à 1.500 € net pour une carrière complète à l’horizon 2024. Cette indexation est-elle suffisante compte tenu du coût de la vie ? Pour Karine Lalieux, présidente de la fédération des CPAS de Bruxelles, il semblerait que oui : " Evidemment que c’est réellement envisageable puisque c’est un choix politique. Il faut savoir où on met les priorités budgétaires. Elles n’ont pas été mises dans la sécurité sociale dans les précédentes législatures. Nous voulons remettre les priorités budgétaires dans la sécurité sociale, dans les pensions et dans les soins de santé. Les besoins sont énormes. Vous l’avez dit, la précarisation n’arrête pas d’augmenter. Quand on dit qu’un enfant sur cinq vit dans le seuil de pauvreté ou même un enfant sur quatre à Bruxelles, quand les familles monoparentales ne savent plus se loger, ne savent plus vivre et que demain, ces femmes qui ne savent plus travailler parce qu’elles doivent avoir un temps partiel pour pouvoir s’occuper de leurs enfants, elles auront peut-être 700 euros. Ce n’est pas acceptable. Nous devons avancer vers le bien-être de l’ensemble de la population et pour cela, il faudrait refinancer l’ensemble de la sécurité sociale et travailler sur les maisons de repos ".

Marie-hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, ne partage pas le même avis. Pour elle, cette augmentation est insuffisante et laisserait encore de nombreux pensionnés sur le carreau : " Aujourd’hui, la réalité, c’est que la pension moyenne pour les femmes est de 882 euros. Alors oui, il faut agir d’urgence. On a beaucoup détricoté dans les dernières années parce qu’on a allongé la durée de la carrière. Nous ne sommes pas des fétichistes d’un chiffres et comme M. Van Hees (député fédéral PTB) l’a justement rappelé, 1.500 euros c’est un objectif. Mais d’ici quatre ans, cela ne représentera déjà plus que 1.300 et quelques euros. Donc, nous sommes demandeurs de mesures rapides pour augmenter les pensions à la fois pour permettre de vivre dignement – et donc de mettre au moins 10 % au-dessus du seuil de pauvreté – et pour que le reste des pensions, celles qui ne sont pas au minimum, permettent de vivre décemment. Le taux de remplacement que vous avez mentionné, de 66 % est un taux moyen. Aujourd’hui, beaucoup de travailleurs ont un taux de remplacement de 50 %, ce qui veut dire que leur niveau de pension est de moitié ce qu’ils gagnent dans la vie active".

Mais la pension ne devrait-elle pas être calculée selon la pénibilité des métiers ? Si, pour Pierre-Frédéric Nyst, président d’UCM, mais encore faudrait-il pouvoir objectiver ces critères : " C’est très difficile d’objectiver ces critères. (…) Le fait de travailler seul est pénible, travailler en groupe est pénible … ". " Tout est pénible ", intervient Sacha Daout. " C’est un peu la conclusion à laquelle on est arrivé ", reconnaît le président. " Je pense qu’il y a des choses qui sont communément admises : le travail de nuit, les charges physiques, les charges émotionnelles c’est beaucoup plus difficile. Mais de grâce, pour les petits employeurs, on souhaite que ce soit simple. Que nous n’ayons pas des critères très compliqués pour ne pas avoir de surcharge administrative pour pouvoir suivre la carrière d’un travailleur en termes de pénibilité ". Selon lui, les syndicats auraient laissés la porte ouverte à trop de critères.

La faute aux syndicats, c’est aussi ce qu’avance David Leisterh, député MR au Parlement régional bruxellois : " Par rapport à la pénibilité, je crois qu’il faut un tout petit peu de pédagogie ", souligne-t-il. " C’est certain, on a augmenté l’âge de départ légal à la pension à 67 ans. En parallèle, on a voulu lancer un énorme travail sur la définition de qui effectue un métier pénible. Ce n’est pas simple à définir, c’est extrêmement sensible. Parce que c’est comme ça que ça se passe en Belgique, et c’est une bonne chose, le Ministre Bacquelaine (MR) a voulu passer par la concertation sociale. C’est-à-dire demander aux acteurs quels sont d’après eux les critères pour définir la pénibilité dans le secteur public et privé. Dans le secteur public, peu avant que le gouvernement ne tombe, on avait un accord de deux syndicats sur trois avec une liste claire. (…) Pour le secteur privé, c’était aux syndicats et au patron à trouver un accord et ils n’ont pas su trouver d’accord. In Fine, cette réforme où on permet à des personnes qui effectuent un métier pénible de partir plus tôt n’a pas pu passer parce que les syndicats n’ont pas pu se mettre d’accord. Il faudrait qu’ils se remettent rapidement autour de la table et trouvent un accord pour qu’enfin les pompiers, les infirmier(e)s puissent partir plus tôt, comme ils le méritent ".

Alors, à quel âge les travailleurs devraient-ils avoir le droit de profiter de la vie à plein temps ? Pour Marco Van Hees, député fédéral PTB, il serait judicieux de libérer les travailleurs de leurs fonctions à l’âge de 65 ans : " Je trouve que M. Leisterh montre bien la stratégie de ce gouvernement. La pénibilité était le pied de biche pour faire passer la pension à 67 ans. (…) Mais à 65 ans, tous les métiers sont pénibles. Regardez le nombre de burnouts qu’il y a dans notre société. C’est une épidémie. C’est ça la charge émotionnelle, c’est le stress. Imaginez une institutrice à 67 ans avec des enfants … c’est impossible ! "

Pour conclure, Michel Huisman, représentant du " gang des vieux en colère ", affirme lui que l’ensemble des pensionnés doivent pouvoir bénéficier d’une pension décente et être libres de stopper leur carrière plus tôt selon la pénibilité de leur métier. À condition d’avoir envie de prendre sa retraite : " Le monde politique doit laisser partir ceux dont il est défini que le métier est pénible plus tôt. Il doit faire la retraite légale à 65 ans, mais pas avec des malus. Il doit donner une réelle possibilité – et non en surtaxant – aux autres de travailler plus longtemps parce qu’il y a des gens comme moi par exemple qui ai 75 ans, qui pourraient très bien encore travailler ".

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