Retourné en Italie, Luigi Pascucci se souvient des charbonnages carolos

Luigi Pascucci (à dr) et Adriano Arcangeli (à g) photographiés à Farciennes en 1956
Luigi Pascucci (à dr) et Adriano Arcangeli (à g) photographiés à Farciennes en 1956 - © Photo du livre de Luciano Arcangeli "Belgio ! Tu ne verras plus jamais le ciel" (Le livre en papier)

"Des bras contre du charbon", c'était le deal des "accords charbon" conclus  en juin 1946, il y a donc 70 ans. Ces derniers sont signés entre la Belgique et l'Italie pour obtenir de la main-d'oeuvre travaillant dans les charbonnages. C'est alors le début de l'immigration italienne qui va profondément transformer des régions entières du Hainaut: celles de Charleroi, du Centre et du Borinage.

Avec son ami Adriano Arcangeli, Luigi Pascucci a quitté son village situé dans les Marches en octobre 1955 sans-le-sou. Deux jours plus tard, ils travaillaient tous deux dans un charbonnage de la région de Charleroi.

Retourné vivre en Italie, dans sa région natale, Luigi a 81 ans et a encore l’œil vif qui s’illumine lorsque l’on parle de la Belgique : Belgio.

Il raconte: "Il y avait des convois tous les jours pour aller en Belgique. Tu passais une visite médicale dans la gare de Milan et, si c'était bon, c'était parti! Nous sommes arrivés près de Charleroi un jeudi et on nous a conduits au charbonnage du Six Périer à Souvret. On dormait dans une baraque où nous étions 50 ou 100, je ne me rappelle plus."

Luigi se souvient des baraquements, du froid et de la grisaille: "Cette année-là, il faisait froid. Ça gelait et j'en avais même en dessous du nez! Un froid bestial. Et nous, on est allés travailler là-bas..."

Le travail est dur mais, au bout de la quinzaine, il y a la paie: de l’argent pour s'acheter n'importe quoi et manger, manger à sa faim. "Je me rappelle que, le vendredi, ils nous donnaient notre paie et, ce jour-là, il y avait un type qui venait avec son petit camion pour vendre des bananes. Adriano et moi, on achetait cinq kilos de bananes chacun mais le lundi on les avait déjà toutes mangées parce qu'on avait faim, très faim. Dans la baraque, Ils nous donnaient du café, des tartines de pain carré avec de la margarine, de la chicorée et rien d'autre."

Apres quelques mois, Luigi est devenu Caporione, le porion, le chef d'équipe, et il dirigeait alors 80 hommes au fond. Il a poursuivi son travail jusqu’en 1969 lorsqu’il a été pensionné à cause de la silicose. Avant de repartir ensuite pour l’Italie.

Le témoignage complet de Luigi Pascucci se trouve dans le livre que vient de publier notre confrère Luciano Arcangeli: "Belgio ! Tu ne verras plus jamais le ciel" (Le Livre en Papier).

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