70 ans d'immigration italienne: des bras contre du charbon

70 ans d'immigration italienne: des bras contre du charbon
70 ans d'immigration italienne: des bras contre du charbon - © Tous droits réservés

Signés le 23 juin 1946 entre la Belgique et l'Italie, les "accords charbon" ont 70 ans cette année. Pour combler une main d'œuvre qui fait défaut dans les charbonnages de Belgique après la seconde guerre mondiale, des dizaines de milliers de mineurs vont quitter l'Italie en quête d'un avenir meilleur chez nous. C'est le point de départ de l'immigration italienne de Belgique.

Du charbon pour la reconstruction

En 1946, la Belgique cherche à relancer son économie, ravagée par la guerre. Le charbon est à l'époque la seule source d'énergie immédiatement disponible pour soutenir les efforts de reconstruction. Mais les Belges ne veulent plus descendre dans les mines. Ils sont d'abord remplacés par des prisonniers de guerre allemands, qui doivent bientôt être relâchés... 

La Belgique décide alors de se tourner vers les travailleurs étrangers. Elle ne peut plus les recruter en Europe de l'Est, passée sous le giron communiste. Elle ira les chercher en Italie, alors plongée dans la misère et une grave crise politique. La jeunesse, qui représente une main d'œuvre abondante, se tourne volontiers vers l'étranger. Et l'Italie compte bien en tirer partie pour se reconstruire, en s'assurant des importations préférentielles de charbon.

200 kg de charbon par mineur par jour

Le protocole d'accord italo-belge est scellé le 23 juin 1946. Il prévoit l'envoi initial de 50 000 travailleurs italiens dans nos mines. En échange, l'Italie a droit à 200 kg de charbon par mineur et par jour, qu'elle paiera au prix plein. Les termes du contrat sont stricts : il faut notamment être âgé de 35 ans maximum, avoir passé des tests médicaux, s'engager dans la mine pour cinq ans au moins. La Belgique promet aux mineurs des avantages sociaux et un logement "convenable", qui prendra pour beaucoup la forme de baraquements.

La désillusion est grande pour ceux qui ont débarqué en Belgique en train, avec pour seul bagage une valise en bois et des espoirs d'Eldorado. Pour Paolo Grossi, directeur de l'Institut Italien de Culture, c'est l'esprit de sacrifice pour la famille qui a rendu cette immigration possible : "Ils savaient qu'ils partaient pour leur famille. Ils avaient derrière eux des familles, parfois nombreuses, qui sont venues les rejoindre après. Et c'est ça qui leur a donné la force d'endurer des conditions très, très dures".

L'après Marcinelle

Les conditions de travail sont épouvantables au fond de la mine et les accidents se multiplient. Le pire survient le 8 août 1956. La catastrophe de Marcinelle coûte la vie à 262 mineurs, dont 136 Italiens. Elle met un terme officiel aux accords bilatéraux conclus avec l'Italie, mais pas à l'immigration italienne vers notre pays.

Aujourd'hui, près de 157 000 personnes de nationalité italienne résident en Belgique. Longtemps sur la première marche du podium, les Italiens représentent, depuis 2015, la deuxième plus grande communauté étrangère de Belgique, après la France.

Vos témoignages?

Vous êtes d'origine italienne? Si le coeur vous en dit, envoyez-nous des témoignages accompagnés de photos, ou mieux encore, une petite vidéo de moins d'1 minute où l'un des membres de votre famille nous livre un souvenir en rapport avec son arrivée ou ses premières années en Belgique. Soit à l'adresse infos@rtbf.be, soit en message privé sur notre page Facebook. Merci!

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