Pino Spitaleri, le Carolo petit-fils d'immigré devenu l'un des plus grands joailliers du monde - La Belge histoire dans 7 à la Une

Pino Spitaleri : l'histoire du charbon qui devient diamant
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Pino Spitaleri : l'histoire du charbon qui devient diamant - © Tous droits réservés

Son grand-père remontait le charbon du fin fond des mines à Charleroi, lui est l’un des joailliers les plus courtisés du monde. A 36 ans, Pino Spitaleri est à la tête d’une entreprise florissante installée dans le quartier des diamantaires de Londres. Pourtant, rien ne prédestinait ce petit-fils de mineur à une brillante carrière dans la haute joaillerie.

Son grand-père était mineur à Charleroi

Cette histoire commence au milieu des montagnes et des oliviers, dans le centre de la Sicile. Sur les quais de la gare de Villarosa, le grand-père de Pino Spitaleri a le cœur gros. A 17 ans, Guiseppe laisse derrière lui sa famille et sa jeune fiancée. L’enfant de berger rêve d’une vie meilleure. Le train qui doit le mener aux charbonnages de Charleroi est bondé. "Il passe la moitié du trajet sur le siège des toilettes avec sa valise entre les jambes", raconte son petit-fils avec émotion. "Mon nonno, c’est mon modèle".

Pino Spitaleri passe son enfance à Charleroi. Ses parents travaillent dur mais "on n’a jamais manqué de rien", précise-t-il. Sa maman est ouvrière dans une biscuiterie à Châtelineau, son papa électricien à Cockerill Sambre.

A 15 ans, je me bats, je réponds mal aux profs, je sèche les cours

A l’âge de 15 ans, Pino Spitaleri est un ado compliqué. A part le basket, rien ne l’intéresse. Ses parents sont désespérés. "Cheveux gominés et veste en cuir, je suis un vrai rebelle. Je me bats, réponds mal aux profs, sèche les cours. Au lieu d’aller à l’école, je traîne dans les rues et les cafés de Charleroi. Je me fais renvoyer de l’Athénée royal Ernest Solvay, puis de l’Institut Jean Jaurès."Quand l’école appelle à la maison pour annoncer que l’adolescent n’a plus mis les pieds en classe depuis des semaines, ses parents ont une réaction étonnante. Pas de cris, pas de longs discours moralisateurs. "Mon père me dit : "Tu as jusqu’en septembre pour trouver ce que tu veux faire. Sinon, tu viens travailler avec moi !"" Cette stratégie va se révéler payante.

L’adolescent se ressaisit. Il visite les portes ouvertes de la section de bijouterie de l’IATA à Namur. Et là, c’est la révélation. "Je découvre une superbe école, un beau campus, des magnifiques ateliers de joaillerie, des profs super motivés". Reste encore à convaincre ses parents. "Mon père n’avait pas les moyens de me payer le train pour aller étudier à Namur". Déterminé, il décide d’aller voir son grand-père. "Nonno m’a pris par la main, m’a conduit à la gare de Charleroi pour me faire un abonnement de train annuel".

Mais pas question d’abuser de la générosité de son "nonno". Pour financer ses études, Pino et son frère mettent en place un petit marché de jeans contrefaits. Businessman dans l’âme, il achète de faux Levis 501 à Anvers et les revend bien plus cher. "Les jeunes faisaient la queue devant la maison, on a gagné beaucoup d’argent avec ce business", se souvient-il.

Fasciné par le sertissage, l’étudiant passera des heures interminables à se perfectionner à l’établi. Très vite, ses professeurs décèlent en lui un talent exceptionnel et l’incitent à quitter l’école avant la fin de son cursus. " Pars travailler, nous n’avons plus rien à t’apprendre !", lui ont lancé ses profs. La suite de l’histoire est digne d’un conte de fées.

Le plus jeune Maitre joaillier du Luxembourg

À 19 ans, Pino s’installe au Luxembourg pour travailler dans un atelier de bijouterie. Quatre ans plus tard, il devient chef d’atelier au sein de la prestigieuse Maison Schroeder. Il n’a que 24 ans quand il décroche sa maîtrise. Le Carolo devient ainsi le plus jeune "Maitre bijoutier orfèvre" de l’histoire du Luxembourg. Son diplôme avec mention, il le reçoit des mains du grand-duc Henri de Luxembourg.

Mais Pino se sent à l’étroit dans le petit royaume. Il a d’autres ambitions.

Sa rencontre improbable avec Laurence Graff, le roi des diamants

Son rêve : travailler pour Graff. "Graff, c’est le roi des diamants. Il a entre ses mains les plus belles pierres de la planète", raconte-t-il les yeux pleins d’étoiles. Le jeune joaillier se rend donc à Londres pour tenter un coup aussi audacieux qu’improbable : rencontrer Graff alors qu’il n’a pas de rendez-vous. "J’y vais au culot. Je sonne et dis à l’accueil que j’ai rendez-vous avec le big boss Laurence Graff." Miracle : la porte s’ouvre. "Mon anglais était très mauvais donc je pense qu’il ne m’a pas très bien compris, je ne l’ai pas compris non plus d’ailleurs." Pino Spitaleri sort plusieurs bijoux de sa sacoche, les tend à Graff qui prend sa loupe et lui répond : "Waw, c’est exactement ce que je recherche".

Son rêve se réalise : à 27 ans, Pino Spitaleri devient chef atelier chez Graff. Sertisseur hors pair, il se démarque grâce à sa technique de microserti qu’il a lui-même développée. A l’aide du microscope, il réalise des bijoux d’une précision inégalable. "Avant, on sertissait tout à l’œil mais l’œil ne permet pas d’aller dans les détails".

Les cinq années qu’il passe chez Graff sont magiques. Il modernise les ateliers Graff et se voit confier les plus beaux diamants de la maison. Mais le Carolo rêve de nouveaux défis. Il veut démissionner. Graff lui double son salaire. Un an plus tard, il annonce à son mentor qu’il veut vraiment partir. Le roi des diamants lui propose à nouveau de doubler son salaire. Mais cette fois, il rend son tablier et lance sa petite entreprise.

Les loyers étant hors de prix, il loue d’abord un banc dans le quartier des diamantaires de Londres. Ses carnets de commandes explosent, ses journées de travail deviennent de plus en plus longues. "Je bossais 18 heures sur 24", se souvient Pino Spitaleri. Très vite, il engage un collaborateur, un deuxième, un troisième, loue le premier étage d’un bâtiment, puis le deuxième étage, ensuite le troisième étage. Aujourd’hui, vingt personnes travaillent dans l’Atelier de Pino Spitaleri qui occupe le bâtiment complet. Un bunker équipé de dizaine de caméras, vitres pare-balles et portes blindées. Pas question de badiner avec la sécurité.

"The Black diamond", le plus grand diamant du monde

Fier comme un paon, Pino Spitaleri nous dévoile en exclusivité le plus grand diamant du monde. Il s’agit d’un diamant noir d’une pureté impeccable. Il est 100% naturel, pèse 600 carats et vaut, en raison de sa rareté, plusieurs dizaines de millions d’euros. Cette tête de faucon taillée par un expert anversois est actuellement disputée par deux pays du Golfe. Pratique ancestrale dans le monde arabe, la fauconnerie est l’art de la chasse noble et symbolise une position sociale élevée. "Pour calmer les faucons, on leur place une cagoule afin de les aveugler", précise le joaillier. "On a donc décidé dans mon atelier de créer autour de cette pierre une cagoule pavée de diamants, d’émeraudes et de rubis."

L’Atelier de Pino Spirtaleri pèse lourd. En à peine quatre ans, il atteint déjà un chiffre d’affaires de plus de dix millions d’euros avec une croissance de 300% chaque année. Le Carolo de 36 ans avoue parfois se pincer le bras pour être certain de ne pas être dans un rêve.

J'ai une confiance aveugle en Pino

Convoité de toutes parts, il garde pourtant la tête bien sur les épaules. "C’est inhabituel de rencontrer quelqu’un qui ne vient pas de cet univers et qui parvient à réussir aussi brillamment dans ce milieu", explique Gargi Rathi, directrice de House of Meraki. Surnommée "Madame Emeraudes", la Britannique d’origine indienne dit avoir "une confiance aveugle en Pino". "Tout est toujours livré à temps, tout est toujours parfait. Il est extrêmement organisé. J’adore travailler avec lui", renchérit la jeune directrice.

Quel parcours pour Pino Spitaleri! Lui dont le grand-père remontait le charbon du fin fond des mines tient désormais entre ses mains les plus belles pierres de la planète. Croire en ses rêves peu importe d’où on vient, c’est le trésor le plus précieux.

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