Nos radars sont-ils fiables ? - Le focus dans 7 à la Une

Un automobilste a fait crépiter ce flash mobile a 124 km/h dans une zone limitée à 70 cette semaine à Bruxelles
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Un automobilste a fait crépiter ce flash mobile a 124 km/h dans une zone limitée à 70 cette semaine à Bruxelles - © B. Schmitz - RTBF

Un conducteur acquitté au tribunal, alors qu'il était en excès de vitesse grave. Des situations qu'on voit régulièrement faire les gros titres de la presse. Alors, nos radars sont-ils fiables ? Sur quelle base peut-on attaquer ou contester un PV ? Nous nous sommes penchés sur la question dans notre focus de la semaine pour Sept à la Une.

Flashé à la vitesse d'un avion

Luc Heise, lui, a été pris par un radar à la vitesse hallucinante de... 914 km/h ! le contrôla a eu lieu il y a quelques mois à l'entrée de Bruxelles, dans une zone limitée à 70. L’erreur provient en fait de l’encodage des données par le parquet. L'administration a mal placé la virgule et transformé 91,4 en 914. Sauf que pour Luc, cela change tout. "Mon excès de vitesse passait alors dans la catégorie très grave. Et si je me retrouve condamné, je peux bien sûr perdre mon permis, même à vie. Et je ne veux même pas imaginer le montant de l'amende potentielle".  

Pourtant, malgré le chiffre hallucinant de l'excès de vitesse, personne ne va réagir et Luc va bien être convoqué devant le tribunal de police, où une juge, très énervée sur le parquet, va bien entendu immédiatement l'acquitter. "Mais cela démontre l'incompétence de pas mal de gens", affirme Luc. "C'est de l'imbécilité". Aujourd'hui, il a même déposé plainte contre l'huissier qui lui a amené sa citation. "Parce que lui aussi aurait dû réagir et refuser de m'apporter une telle bêtise".

Presque un excès de vitesse sur deux contestable ?

Le cas de Luc est une exception. Mais il démontre que l’administration commet parfois de belles erreurs avec les radars. Et ces erreurs administratives, elles profitent à notamment à une avocate bruxelloise. Nathalie De Wulf s’est spécialisée dans les infractions de roulage. Elle traque les erreurs techniques de radars qui peuvent faire acquitter ses clients. "Un radar, cela ne se place pas n'importe comment. Chaque fabricant a ses propres normes. Il faut aussi respecter une certaine hauteur, un angle de prise de vue. On ne peut pas l'installer dans un virage, mais seulement en ligne droite".  

Le problème, aujourd'hui, c’est d’arriver à vérifier que toutes ces conditions ont bien été respectées. "Il faut faire des pieds et des mains au parquet pour avoir droit aux pièces justificatives. Pourtant, c'est un droit. Selon moi, si on avait accès à ces données, 40% des amendes actuellement infligées pourraient être contestées".

Le souci du détail

Alors comment s’assurer que ces radars, ils sont placés correctement ? Nous avons pu suivre des agents de police en pleine installation d’un radar mobile. Et ici, promet l'inspecteur Neefs, "il n'y aura pas de problème de légalité avec nos flashs". Lui et son collègue mettent en effet plus de dix minutes pour installer leur matériel. De quoi se faire largement repérer et attirer des coups de klaxons. "Mais nous préférons cela, plutôt que d'avoir des contestations par la suite. Si on arrive devant le tribunal et que la photo est floue, ce n'est bon ni pour nous, ni pour l'automobiliste".

Au total, lors de contrôle, environ un conducteur sur 100 sera pris en excès de vitesse. Avec un record à 124 km/h alors que l’endroit est limité à 70.

Les panneaux pas toujours fiables non plus

Mais parfois, si la technique est bonne et vérifiée, l’état de la route, la signalisation, ou des zones de travaux compliquées peuvent à leur tour perturber les contrôles. Comme sur le Boulevard de la Woluwe à la sortie de Bruxelles. Pendant deux ans, l'endroit a été en chantier avec énormément de panneaux présents et des limitations de vitesse (30, 50 ou 70 km/h) qui changent d’un tronçon à l’autre. Bref, une petite pagaille dont Daniel pense avoir été victime. Il a été flashé à 69 à l’heure dans une zone sensée être limitée à 30. Ce qu’il conteste. "Je me rabattais depuis une bande de lancement où c'est limité à 70. Or, le radar devait sans doute être tourné pour flasher les voitures qui sortaient du tunnel où, là, c'était bien limité à 30".

Devait sans doute parce que les éléments de preuve que Daniel a fini par obtenir, après de multiples demandes et des mois seulement après l'infraction, ils sont plutôt flous. Notamment la photo de sa voiture lors de l'excès de vitesse. "L'angle ne permet pas avec certitude de dire que j'ai été flashé sur la zone limitée à 30, plutôt que sur celle limitée à 70".

Le conducteur, ce cochon payeur ?

Or, le doute doit bénéficier à l’accusé. Mais selon l’avocate Nathalie De Wulf, trop souvent, les conducteurs se retrouvent injustement menacés de sanctions lourdes, comme un retrait de permis, alors qu’ils n’avaient jusqu'ici jamais eu d’amende ou presque. "On ne le sait pas toujours, mais la loi pour les infractions en matière de roulage a été fortement durcie ces dernières années. Notamment en ce qui concerne la récidive. Du coup, au lieu de s'en prendre aux vrais fous du volant, l'état fait payer ici les conducteurs comme vous et moi qui ont toujours roulé prudemment. Des conducteurs qui ont simplement fait une petite faute d'inattention à un endroit où un radar se trouvait, peut-être après une longue journée de travail ou parce que les enfants criaient à l'arrière de la voiture. Ces conducteurs deviennent les cochons payeurs de l'état et, ça, ce n'est pas normal".     

Un conseil donc : si vous avez un doute sur une amende, mieux vaut s’adresser à un avocat. D’autant qu'on ne le sait pas assez, mais l’assistance juridique est généralement incluse dans un contrat d’assurance voiture.  

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