L'impact de l'accident de Tchernobyl sur le nucléaire dans le monde

Vue aérienne du site de Tchernobyl en décembre 1986
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Vue aérienne du site de Tchernobyl en décembre 1986 - © ZUFAROV - AFP

L’accident de Tchernobyl a eu un impact majeur sur le développement du nucléaire civil dans le monde, particulièrement en Europe. Il a partout freiné son expansion. Certains pays ont décidé de sortir du nucléaire. Il a entraîné aussi la nécessité d’une meilleure collaboration et information internationale, sous l’égide de l’AIEA, traduites dans de nouvelles conventions.

Si l’accident de Three Mile Island en 1979 a eu des effets limités sur le développement de l’énergie nucléaire, sauf aux États-Unis ainsi qu’en Suède où il fut net, l’accident de Tchernobyl l’affecta au contraire plus nettement et durablement. Les constructions en cours et bien avancées furent menées à leur terme mais les nouvelles commandes se sont taries. Comme les réacteurs les plus anciens commençaient à fermer, au total le pic du nombre total de réacteurs en service a culminé en 2002, à 444 réacteurs.

Fin de l’URSS, l’Europe intervient pour déclasser des réacteurs 

En URSS d’abord, et puis lors du démembrement de l’URSS, l’impact de Tchernobyl fut évident. Depuis l’accident les autres réacteurs nucléaires RBMK en activité en Lituanie et en Ukraine ont été fermés, mais les 11 réacteurs RBMK existant en Russie continuent de fonctionner avec des modifications de conception. La Russie possède 34 réacteurs, et 9 sont en construction. Mais peu de nouvelles constructions ont vu le jour malgré des plans d’expansion de l’énergie nucléaire, ambitieux et continuellement révisés, en particulier en Russie. Des études récentes évoquent des préoccupations sur l’état du parc nucléaire russe, que les autorités voudraient d’ailleurs prolonger.

Lorsque l’URSS s’est disloquée et qu’une série de pays ont rejoint ou se sont rapprochés de l’Union européenne, celle-ci a insisté pour la fermeture de tous les réacteurs RBMK et d’autres de conception soviétique ancienne, en Bulgarie, en Slovaquie, et en Lituanie. D’autres mises en chantiers dans la région furent arrêtées ou reportées. D’autres réacteurs existant en en République tchèque, en Slovaquie et en Roumanie furent améliorés par des technologies européennes.

L’Allemagne réunifiée ferme et puis décide de sortir

A la suite de la réunification allemande en 1989, tous les réacteurs conçus par les soviétiques furent rapidement arrêtés dans l’ex-Allemagne de l’est, et les projets d’achèvement de réacteurs en cours de construction ont été abandonnés.

Stop ou frein au nucléaire en Europe de l’Ouest

De nombreux pays d’Europe de l’Ouest abandonnèrent les projets de construction de réacteurs et sortirent du nucléaire : l’Autriche (confirmation d’une décision antérieure), la Grèce, et surtout l’Italie qui vota par référendum la sortie. La Belgique abandonna le projet d’une huitième centrale et décida en 2003 de sortir du nucléaire à l’horizon 2025. Les Pays-Bas annulèrent  la construction d’une deuxième centrale et la Suisse, par référendum en 1988, celle de six réacteurs nucléaires. L’Espagne prolongea un moratoire de 1983. En Allemagne des projets très pointus furent annulés et Berlin finit par décider, en 2000,  de sortir du nucléaire. Une décision remise plus tard en question mais confirmée après Fukushima. Au Royaume-Uni, un seul réacteur fut encore construit. Même en France la construction de nouveau réacteur baissa significativement, sans nouvelle commande entre 1987 (le réacteur de Civeaux) et 2006 (le réacteur de Flamanville).

L’Asie touchée aussi, mais une évolution contrastée après Fukushima

En Asie, le développement de l’énergie nucléaire se ralentit au Japon où aucun  nouveau site ne fut créé  dans les cinq années suivant l’accident et, pour la première fois, des projets furent abandonnés. Dans d’autre pays comme en Corée du sud, il y eu de très importantes manifestations contre l’énergie nucléaire au mois de décembre 1988. Des projets de développement de l’énergie nucléaire furent, soit ralentis soit même, pour des projets précis, annulés en Chine, à Taïwan, et aux Philippines.

Cela, ce sont les conséquences directes de Tchernobyl. Entretemps la situation a quelque peu évolué. Si Fukushima a évidemment confirmé ces tendances pour le monde occidental, le nucléaire cherche un autre souffle en Asie, essentiellement sous l’impulsion de la Chine qui construit à l’heure actuelle 26 nouveaux réacteurs (et encore plus de capacités en énergie renouvelable). Au total cependant le parc mondial est toujours inférieur à son niveau atteint au début des années 2000.

Prolongation de la durée de vie des réacteurs

En réaction l’industrie nucléaire a eu tendance à vouloir prolonger la durée de vie des réacteurs existant. Une prolongation qui peut être à la fois financièrement avantageuse et contribuer à maintenir la part du nucléaire dans l’approvisionnement en électricité. Ce dernier point est très important pour l’avenir de l’industrie car s’il est démontré que les énergies renouvelables et/ou les programmes de réduction de la demande (économies d’énergie, etc…) peuvent satisfaire les objectifs climatiques et les garanties de sécurité d’approvisionnement sans énergie nucléaire, alors cette technologie n’a guère de futur.

Cependant, continuer à faire fonctionner des réacteurs au delà de leur durée de fonctionnement spécifiée initialement, soulève des questions de sécurité liées au vieillissement et à la fragilisation consécutive des matériaux. La réponse des autorités de contrôle est différente dans chaque pays car les législations et les durées de vie initialement fixées ou estimées des réacteurs varient de pays à pays. Dans plusieurs pays les exploitants obtiennent des prolongations d’exploitation, moyennant des aménagements en matière de sécurité. Ces aménagement peuvent cependant s'avérer couteux, plus particulièrement après Fukushima qui a entraîné une augmentation générale des exigences de sécurité. Il arrive donc que, même après avoir obtenu une licence de prolongation, des exploitants décident quand même de stopper pour des raisons économiques.

Des réformes internationales

L’accident de Tchernobyl aussi entraîné une mise en cause du manque de collaboration et de transparence internationale. La communauté internationale engagea alors des discussions sur l’introduction de dispositions destinées à réduire le risque nucléaire et à accroitre la transparence. Quatre conventions furent adoptées:

  • La convention relative à l’assistance en cas d’accident nucléaire, septembre 1986.
  • La convention relative à la sûreté nucléaire, juin 1994.
  • La convention jointe sur la sécurité de la gestion du combustible nucléaire irradié, et sur la sécurité de la gestion des déchets nucléaires, juin 2001.
  • La convention relative à la notification rapide d’un accident nucléaire, octobre 2006.

Elles ont réformé la circulation d’informations, la notification des accidents, la coopération des secours en cas d’accident, en octroyant plus de pouvoir à l’AIEA, l’Agence internationale de l’énergie atomique. En matière de sûreté des installations nucléaire, elles créent un mécanisme de contrôle volontaire mutuel, destiné à améliorer les normes et les pratiques de sûreté. Cette convention stipule en tous cas les obligations de créer partout des régimes d’autorisation préalables pour construire une centrale et d’octroi de licence pour l’exploiter. Il faut des systèmes d’inspection et de contrôle. Les fonctions de réglementation et de contrôle doivent être autonomes et indépendantes de tout organisme de promotion du nucléaire.

Ce système de contrôle mutuel a été renforcé par une directive européenne de juillet 2014, qui impose notamment des obligations de révision régulière des réacteurs, sous le contrôle des pairs, des obligations d’information du public, des "principes" à respecter dans les différents niveaux de protection d’un réacteur et en matière de culture de la sûreté. Certains voudraient aller plus loin vers des normes communes et une agence de contrôle européenne, mais les grandes puissances nucléaires rechignent toujours.

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