Gino Russo: "Il reste du chemin, c'est toujours très dur d'être du côté de la victime"

Gino Russo: "Il reste du chemin, c'est toujours très dur d'être du côté de la victime"
Gino Russo: "Il reste du chemin, c'est toujours très dur d'être du côté de la victime" - © Tous droits réservés

Il y a 20 ans jour pour jour disparaissaient Julie Lejeune et Melissa Russo. Leurs corps seront retrouvés quatorze mois plus tard, ensevelis dans le jardin du pédophile Marc Dutroux.

Gino Russo, le père de Melissa, qui s’était voulu plus discret concernant l’ "affaire", sort de son silence et prend la parole dans plusieurs médias. Ce mercredi, il était dans Matin Première et sur Vivacité. "Les médias ont décidé que je devais la prendre aujourd’hui. Il y a 20 ans aujourd’hui. Les médias ont voulu en faire un événement. J’ai voulu apporter la parole de Melissa. Je me fait son porte-parole. Je n’ai pas envie qu’on continue comme on l’a fait, qu’elle soit absente dans le débat. J’entends 'l’affaire Dutroux', mais aujourd’hui c’est 'l’affaire Julie et Mélissa'".

Le père de Melissa n’a pas très bien vécu le battage médiatique qui entoure ce vingtième anniversaire. "Il y a certains médias qui ont donné la parole à un tas de monde qui auraient mieux fait de se taire. Je pense à Sud Presse. Au Télémoustique aussi, c’est insupportable pour moi de voir les photos de Julie et Mélissa en Une du Télémoustique. Dedans, il y a des personnes qui s’expriment sur leur carrière, leur ego. C’est une question éthique qui se pose : peut-on les utiliser pour parler de sa carrière ? J’en ai été… Je ne donnerai pas de qualificatif, il vaut mieux".

Il déplore l'utilisation de l'image de Julie et Mélissa qui est parfois faite. "Je suis toujours coincé : faut-il porter plainte ou pas ?"

"Il reste des zones d'ombre"

Gino Russo reste persuadé que toute la vérité n’a pas été faite. "Il y a une voix unique. Je pense que la vérité judiciaire, le procès d’assises, est basé sur des dires, pas sur des faits objectifs. C’est surtout Michelle Martin qui dit que l’autre a dit. On fait son petit marché dans 500 000 pages de l’instruction, pour en sortir une hypothèse que je ne partage pas". Des zones d’ombre, il en reste beaucoup, selon lui.

Notamment, "cette fameuse cache, où Julie et Mélissa auraient vécu 106 jours en plein hiver, en autonomie, avec des températures négatives, sans aération. Mon cerveau le refuse. Mon côté rationnel le refuse. On a un peu tordu cette partie-là pour confirmer l’hypothèse". Et d'ajouter : "J'aimerais un débat d'experts sur ce sujet. J'ai visité cette cache. C'est impossible qu'elles aient survécu en ayant été nourries une seule fois par Michelle Martin".

"J'y ai mis tout mon coeur"

A l’époque, Gino Russo, et les autres parents, avaient promis de se battre pour faire changer les choses. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? "J’ai fait une promesse, j’ai dit qu’on irait au combat. J’y ai mis tout mon cœur. Mais c’était un peu prétentieux. Il y a des choses qui ont changé. Ce qui était important c’est de faire changer les mentalités", répond Gino Russo au micro de Matin Première. "Il y aurait, je l’espère, une amélioration pour les victimes. Mais il y a encore un grand chemin à parcourir. C’est toujours un parcours du combattant. Etre du côté de la victime, c’est toujours très dur".

Aujourd’hui, Gino Russo se consacre au combat syndical. Il travaille pour la cellule de reconversion de Delhaize. Pour lui, c’est le même combat. "C’est toujours contre l’injustice. Je crois que je suis un utopiste par rapport où un monde où les choses seraient justes. L’entretien d’un état de droit, c’est une lutte du quotidien. Malgré tout ce qui s’est passé, je pense que je n’ai pas changé".

 

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