Climat: le protocole de Kyoto a 15 ans, et "on a tellement peu progressé", regrette Jean-Pascal Van Ypersele

Le 16 février 2005, il y a tout juste 15 ans, entrait en vigueur le protocole de Kyoto. Cet accord international visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ratifié par 141 pays en 1997, seules 38 nations ont finalement accepté de l’appliquer en 2005.

15 ans plus tard, force est de constater que peu de choses ont changé et les discours alarmants de l’époque sont exactement les mêmes aujourd’hui. Sauf que l’urgence est d’autant plus forte et que la situation climatique s’est aggravée.

Selon le climatologue Jean-Pascal Van Ypersele, deux raisons principales expliquent cette inertie : "On a tellement peu progressé par rapport à ce qui devrait être fait. D’abord il y a un manque de motivation général, c’est toujours plus facile de faire comme on a toujours fait. Par ailleurs, il y a des forces toujours très actives du côté des lobbies des combustibles fossiles et de tous ceux qui en dépendent, comme l’industrie automobile et la sidérurgie. Des lobbies qui parfois financent de la désinformation pour faire croire que le problème n’existe pas ou qu’il est trop difficile à résoudre alors que, le GIEC l’a démontré, nous avons toutes les informations et les connaissances pour faire face au problème."

Changer les manières de se déplacer, de consommer, de s’alimenter. Je crois qu’on n’a pas encore pris la mesure de ce défi

L’Agence européenne de l’environnement a publié tout récemment une présentation de nouveaux chiffres qui souligne l’urgence de mettre en place des politiques de réduction des émissions de CO2. Des cartes qui démontrent que l’Europe devra bientôt faire face à une aggravation des effets du réchauffement climatique. Et ce, même si les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre s’avéraient efficaces.

Pour Jean-Pascal Van Ypersele, le changement doit passer par une véritable révolution : "On a fait beaucoup trop peu. On a pris des mesures anecdotiques jusqu’à présent. On doit aller vers cette neutralité carbone à l’horizon 2050 et ça demande une révolution dans la manière dont on consomme et on produit l’énergie. Changer les manières de se déplacer, de consommer, de s’alimenter. Je crois qu’on n’a pas encore pris la mesure de ce défi. Il y a une partie du réchauffement que l’on ne pourra pas éviter mais si on met en œuvre les objectifs de l’accord de Paris, on parviendra à limiter les dégâts".

Le Green Deal

L’Union européenne a présenté son Green Deal fin décembre. L’Europe veut devenir le premier continent sans carbone d’ici à 2050. Mais pour le climatologue, beaucoup d’inconnues accompagnent encore ce plan. "D’abord il faudrait que ce plan soit financé. Et cela demande un budget européen et des priorités sur le plan international. Et il faut que ce plan se concrétise en action. Malheureusement pour le moment ce n’est encore qu’un projet".

Selon les experts du climat, les 15 ans de l’accord de Kyoto ne signifient certainement pas l’âge de raison en termes de prise de conscience des enjeux. Beaucoup se demandent combien de temps encore et combien de dérèglements climatiques seront nécessaires pour enfin offrir une réponse à la hauteur des enjeux environnementaux pour l’avenir de notre planète.

 

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