Trois grands films pour commencer l'année

Philomena

Le nouveau film de Stephen Frears s’inspire d’une histoire vraie. Celle de Philomena Lee, une vieille dame d'origine modeste, une Irlandaise catholique qui a longtemps porté le poids d'un lourd secret. Tombée enceinte très jeune, elle a été recueillie, pour éviter la honte et l'opprobre sur sa famille, dans un couvent dans la campagne irlandaise. Là, elle exécutait des travaux ménagers tandis que les nonnes élevaient son petit garçon... Jusqu'au jour où son enfant a été proposé à l'adoption, et ce contre son gré. Près de cinquante ans plus tard, Philomena meurt d'envie de savoir ce qu'est devenu son fils, et elle va être aidée dans ses recherches par un certain Martin Sixsmith, un ancien journaliste de la BBC en perte de vitesse qui voit dans cette enquête l'occasion d'un excellent papier, voire même d'un bouquin.

A l'écran, Philomena, c'est Judi Dench, monument du théâtre et du cinéma anglais qu'on connaît pour son rôle de M dans les James Bond. Quant au journaliste Martin Sixsmith, il est incarné par Steve Coogan, un acteur de cinéma et de télévision très populaire au Royaume Uni, qui a découvert cette histoire et a cosigné le scénario du film.

"Philomena" a d’ailleurs remporté le prix du scénario à la Mostra de Venise. Il aurait mérité une des plus hautes marches du podium car c'est une réussite absolue. Parce que c'est un film riche de plusieurs facettes. Bien sûr, il y a d'abord le suspense de l'enquête: Philomena va-t-elle retrouver son fils? Qu'est-il devenu? Mais ça, c'est le fil conducteur. En montrant le voyage de ce drôle de couple, Stephen Frears aborde la question de la foi et de la religion, puisque Philomena est très croyante alors que Martin est devenu un athée farouche, il aborde aussi la différence de culture et de classe sociale: la vieille Irlandaise est modeste et humble, le journaliste est cultivé mais parfois snob et arrogant... Le film pose aussi la question du pardon... Et tout cela, avec un mélange subtil d'émotion et d'humour dont seul le cinéma anglais est capable. C'est d'ores et déjà un des films mémorables de 2014!

Le loup de Wall Street

Jordan Belfort, trader déchu, a raconté son étonnant parcours dans "Le Loup de Wall Street". Depuis la parution du livre en 2005, Leonardo Di Caprio a guerroyé farouchement pour le porter à l’écran, avec l’aide de son ami Martin Scorsese. L’histoire de Belfort a un air de déjà vu : l’irrésistible ascension d’un yuppie sans scrupules, sa descente aux enfers inéluctable après tous ses excès… Mais si Di Caprio s’y est intéressé, c’est parce qu’il a vu dans ce destin une sorte de "Caligula des temps modernes".

Evidemment, le sort de cet arrogant crétin n’émeut pas une seule seconde, mais l’intérêt du film est ailleurs : "Le loup de Wall Street" permet à Scorsese de brosser une fresque caricaturale et décadente, pleine de "sex, drug and money", truffée de personnages "hénaurmes". Le brio de la mise en scène de ce film de trois heures laisse pantois ; il y a plusieurs séquences d’anthologie dans cette saga, et des compositions étonnantes (de Di Caprio, bien sûr, mais aussi de Jonah Hill ou de Matthew McConaughey)… Et, in fine, un regard salutairement caustique sur la vulgarité du capitalisme d’aujourd’hui.

Suzanne

C’est l’histoire d’un père veuf, routier, qui essaie d’élever ses deux gamines le mieux possible. La sœur cadette file droit, l’aînée, Suzanne, est écervelée et accumule les bêtises : elle devient fille-mère très jeune… Et s’amourache ensuite d’un malfrat. Commence pour la jeune fille une vie de cavale et de galère, qui suscite l’incompréhension et le désarroi de son père.

Qu’est-ce qui forge un destin ? Comment, dans la vie, opte-t-on pour des bonnes ou des mauvaises rencontres ? Pour un père, faut-il comprendre les actes de sa fille pour pouvoir l’aimer ? Ce sont toutes ces questions existentielles que pose Katell Quillévéré, mais sans jamais tomber dans la démonstration lourdingue. "Suzanne" est porté par une émotion juste et pudique, servi par des acteurs visiblement galvanisés par ce scénario : Sara Forestier (révélée par "L’esquive" de Kéchiche) est éblouissante, et notre compatriote François Damiens surprend dans ce rôle de père fruste mais de bonne volonté.

"Suzanne" rejoint, par sa vérité, les premiers films de Truffaut ou de Pialat sur la jeunesse, et fait partie de ces rares films qui nous réconcilient avec le cinéma français aujourd’hui.

Hugues Dayez

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK