"Torpédo", un film belge… drôle !

Hugues Dayez
Hugues Dayez - © RTBF

Le cinéma belge francophone a généré quelques films de qualité ces dernières années, mais produit rarement des comédies réussies. Dans ce contexte, "Torpédo", premier long-métrage de Matthieu Donck, constitue une réjouissante surprise.

Torpédo 

Michel Ressac, brave célibataire un peu loser, reçoit un matin un coup de fil d’une société de télémarketing : il est sélectionné pour pouvoir passer une soirée entière avec Eddy Merckx ! Michel voit là la possibilité de faire la fête avec son vieux papa, avec qui il ne parle plus guère... En réalité, ce cadeau n’est qu’un attrape-nigaud pour vendre des canapés six places. Le naïf garçon se rend au magasin pour participer au concours ; là, le vendeur lui stipule qu’il doit impérativement venir en famille – car seules les familles achètent des canapés ! -

Le problème, c’est que Michel n’a pas de famille… Qu’à cela ne tienne, il décide de s’en créer une de toutes pièces : il soudoie un enfant du quartier et essaie de renouer avec son ex-petite amie… Et voilà le trio parti sur les routes de France pour rejoindre un magasin à Brest où se déroule la suite du concours.

C’est François Damiens qui incarne Michel Ressac, et il trouve là un de ses meilleurs rôles car le film est traversé par un humour doux-amer, mélange de dérision et de désenchantement. C’est bien simple : dans cet improbable road-movie, on songe parfois à "Tandem" de Patrice Leconte – une référence!

Aux côtés de Damiens, il faut pointer Audrey Dana, excellente comédienne vue dans "Welcome" de Philippe Lioret, hélas trop rare au cinéma… Même si toutes les idées ne font pas mouche dans "Torpédo", ce film a du charme, parce qu’il explore aussi avec tendresse les vestiges de la Belgique de papa…

L’Oncle Charles

Charles Doumeng, richissime retraité français installé en Nouvelle-Zélande, sentant sa fin prochaine, veut retrouver sa sœur qu’il n’a pas revue depuis cinquante ans. Dans un petit village de Vendée, une clerc de notaire véreuse tombe sur l’annonce de Charles sur Internet. Après des recherches infructueuses pour retrouver la sœur Doumeng, elle décide avec une copine d’inventer pour Monsieur Charles une famille sur mesure, dans l’espoir de toucher son héritage. L’arnaque est bien mise en place lorsque le milliardaire décide sur un coup de tête de venir voir en France sa "famille retrouvée"…

Etienne Chatiliez a déjà souvent exploré les histoires de famille, et retrouve ici la scénariste de son succès légendaire "La vie est un long fleuve tranquille", Florence Quentin. Mais ces retrouvailles sont pathétiques : le talent du duo semble s’être complètement évaporé. Tout sonne faux, les acteurs – Eddy Mitchell en tête – surjouent, les situations sont téléphonées ; "L’Oncle Charles" ressemble à une très mauvaise pièce de boulevard. Triste naufrage.

Les adieux à la reine

Inspiré d’un roman primé de Chantal Thomas, "Les adieux à la reine" décrit une fin de règne : les derniers jours de Louis XVI à Versailles. Mais le monarque n’est qu’une figure secondaire de cette fresque historique, le personnage principal est Sidonie, la jeune lectrice attitrée de la reine Marie-Antoinette. La jeune fille est à la dévotion de sa maîtresse et, si le régime vacille, ce sont tous ses rêves qui s’écroulent…

La presse parisienne ne tarit pas d’éloge sur l’interprète de Sidonie, Léa Seydoux (petite-fille de Jérôme Seydoux, président de Pathé, et petite-nièce de Nicolas Seydoux, PDG de Gaumont). Cette jeune fille bien née détient ce que Philippe Noiret appelait "la carte" : un a priori favorable auprès de la critique, quoi qu’elle fasse… Incompréhensible "carte", selon moi : Léa Seydoux promène la même moue boudeuse de film en film, et ne suscite pas la moindre empathie pour les personnages qu’elle incarne.

Qui plus est, dans "Les adieux à la reine", le cinéaste Benoît Jacquot, voulant dépeindre le chaos qui régnait à Versailles en juillet 1789, se laisse gagner par cette confusion dans sa mise en scène : son récit multiplie les protagonistes, sans toujours prendre le soin de bien les situer… Dommage, car son film était potentiellement intéressant, mais souffre d’une mise en place trop laborieuse.

Elena

Andreï Zvyaguintsev. Ce cinéaste russe, mal connu du grand public, a déjà signé deux films d’une beauté hypnotisante : "Le retour" et "Le bannissement". Son troisième film, "Elena" est le portrait d’un couple. Elena et Vladimir ont chacun un enfant d’un précédent mariage. Vladimir est riche, Elena d’origine modeste. Elle est prise en tenaille par son fils chômeur qui la presse d’intercéder auprès de Vladimir pour qu’il subsidie sa famille…

Avec un style visuel calme et posé, Zvyaguintsev filme le lent basculement de cette femme douce et dévouée vers des instincts cupides et dégradants. "Elena" est une réflexion cruelle sur la face sombre de l’être humain, réalisée à la manière d’un entomologiste… Le cinéaste russe semble partager le pessimisme d’un Michael Haneke sur l’inhumanité de notre époque. Visuellement moins splendide que "Le bannissement", "Elena" reste du cinéma d’Auteur avec un grand A.

This must be the place

Cheyenne (Sean Penn) est une rock star quinquagénaire, immature et dépressive, cloîtrée dans son manoir irlandais. La mort imminente de son père, auquel il ne parle plus depuis trente ans, réveille ses vieux démons. Arrivé trop tard au chevet de son papa, il va tenter de se racheter à travers une quête impossible : retrouver son bourreau d’Auschwitz…

Curieux projet que ce film. Paolo Sorrentino, brillant cinéaste italien, auteur de "Il Divo", sympathise avec Sean Penn au festival de Cannes et décide de lui écrire un film sur mesure, en allant tourner en Irlande et aux USA. Le brio formel de Sorrentino est toujours là, mais il tourne cette fois à vide, à l’image de ce personnage de Cheyenne, sorte de caricature de Robert Smith de "The Cure", qui permet à Penn de signer une des compositions les plus bizarroïdes de sa carrière. Certains festivaliers cannois l’ont trouvée "carrément géniale". On peut aussi la trouver terriblement crispante tant elle est artificielle. C’est mon cas. Attendu avec impatience en mai 2011 sur la Croisette, "This must be the place" s’est révélé un pétard mouillé… Et sort chez nous à la sauvette, près d’un an plus tard.

Hugues Dayez

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK