Top 30 des albums 2013: rock, hip-hop, électro

Son Lux " Lanterns"
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Son Lux " Lanterns" - © Tous droits réservés

A quelques encablures de la fin d'année, il est temps de tirer les bilans de cette promotion 2013. Avant les singles et les concerts, nous analysons aujourd'hui les albums qui ont marqué ces douze mois chargés en pépites.

Disons-le d'emblée, l'exercice, tout aussi agréable soit-il, est tout sauf évident. Nous avons donc écouté (beaucoup), découvert (avec plaisir), ré-écouté (pour analyser) à peu près tout ce qui est sorti durant l'année en pop-rock-électro-hip-hop. François Colinet a de son côté décortiqué ce qui s'est fait en chanson française, musique du monde et folk rock pour que tout le monde puisse s'y retrouver.

Nous avons tous deux fait le choix de mettre en avant des albums en prenant comme critère principal la musicalité bien sûr, mais aussi l'originalité, l'audace, l'impact, l'intelligence et la place dans la discographie de l'artiste ou du groupe. Mais un bon album, au-delà des tubes ou des morceaux catchys qu'il peut contenir, c'est surtout une atmosphère générale et une impression d'ensemble, de cohérence artistique proposée.

Voilà donc les 30 albums qui ont, à nos oreilles, mérité une attention particulière.

 

1) SON LUX "Lanterns" (Etats-Unis)

Sorti de nulle part, cet ovni arrivé sans autre marketing que les critiques dithyrambiques à propos du morceau Lost it to trying, a en une écoute à peine, balayé d'une main ferme tous ses concurrents pour le trône. Troisième album d'un musicien multi-instrumentiste de 34 ans nommé Ryan Lott, ce Lanterns est un concentré de ce que l'on peut attendre de mieux en terme d'intelligence d'écriture et de transfert de sensations. C'est un mélange incessant de styles musicaux en neuf chansons à peine. Sans définition. Tout simplement de la grande musique. A écouter dans son ensemble, comme une symphonie magistrale, comme la B.O. d'un film durant lequel on n'a pu retenir ses larmes...On rit, on est attendri. On vibre. On est bouleversé. Du cinéma dans les oreilles. Bref de l'intelligence en chaque seconde. C'est d'une beauté harcelante, d'une ingéniosité artistique de chaque instant. La lumière. Son Lux.

 

 

2) ARCTIC MONKEYS "AM" (Angleterre)

Cinquième album de la bande de Sheffield, les Singes ont trusté les sommets sans discontinuer depuis septembre. Des singles accrocheurs (Do I wanna know, Why'd you only call me when you're high, Are you Mine, One for the Road) et un ensemble hyper cohérent et mature à l'image de son leader Alex Turner, monstre de charisme.

 

3) ARCADE FIRE "Reflektor" (Canada)

Plaque-événement de l'année, le successeur de The Suburbs qui avait déjà, il y a trois ans, placé les Canadiens sur le toit du monde, ce Reflektor a encore amplifié l'aura de Win Butler and co. Marketing intelligent, teasers aguicheurs, Bowie en guest star, tout était au rendez-vous pour faire monter la sauce jusqu'à la sortie. Musicalement, le double album produit par James Murphy (LCD Soundsystem) a en plus répondu aux attentes créées et une série de concerts-happening a ponctué six mois de nirvana artistique.

 

4) DANIEL AVERY "Drone Logic"(Angleterre)

Après plusieurs EP très remarqués dans le milieu, le producteur anglais livre l'album électro de l'année avec ce splendide Drone Logic. Une techno noire et profonde qui coule comme un venin soyeux en nos veines. C'est robotique et futuriste tout en allant chercher le meilleur des sonorités digitales retro. Un must tant pour l'écoute que pour les clubs.

 

5) JAMES BLAKE "Overgrown" (Angleterre)

Deux ans après un premier album époustouflant, le petit génie de l'électronica, véritable chef de file à 25 ans à peine, revient avec un deuxième LP tout aussi fort. Attendu au tournant, James Blake a répondu à ses détracteurs de la plus belle des manières en livrant un second album intelligent et encore plus expérimental avec des titres parfaits comme Retrograde et I am Sold.

 

6) FKA TWIGS "EP2" (ANGLETERRE)

Une des grosses claques de l'année se nomme FKA TWIGS alias Tahliah Barnett. À 26 ans, elle livre un EP éblouissant avec des titres d'un pureté irrésistible. Son génie réside aussi dans une maîtrise totale du visuel avec des clips ahurissants de beauté et de créativité comme Papi Pacify, Water me et How's that. Splendide. Notre chouchou chez les petits nouveaux.

 

7) QUEENS OF THE STONE AGE "...Like Clockwork" (Etats-Unis)

Josh Homme a comme à chaque fois (re)composé une team pour enregistrer une plaque et tourner avec. Et comme (presqu') à chaque fois, le résultat est à la hauteur, surtout quand Dave Grohl est à la batterie. Magnifiquement illustrés par des clips d'animation gores, les singles (My God is the Sun, I Sat by the ocean) ont creusé le sillon en radio, mais la puissance globale de l'album est elle aussi indéniable. Statut de poids lourd confirmé.

 

8) UNKNOWN MORTAL ORCHESTRA "II" (Etats-Unis / Nouvelle Zélande)

Originaires de l'Oregon avec un chanteur néo-zélandais, ce deuxième album fleure bon le son vintage 70's avec un grain de guitare très particulier qui rend le spleen ambiant délicieux. Deux hymnes (So good at being in trouble et Swim & sleep (like a shark)) qui donnent envie d'errer sur la côte ouest. Du vrai bon rock bien pur. En vinyl (What else ?).

 

9) DAFT PUNK "Random Access Memories" (France)

Le retour des français avec ce quatrième effort studio a énormément divisé au moment de sa sortie avec d'une part les fans se sentant trahis et les puristes criant au génie pour un son parfait. La vérité est sans doute dans l'entre-deux avec une production ultra-léchée mais pas vraiment novatrice et quelques perles de funkitude (l'inévitable Get Lucky, mais surtout Instant Crush avec Julian Casblancas ou Beyond).

 

10) KANYE WEST "Yeezus" (Etats-Unis)

Lui aussi aura déconcerté ses fans en proposant un album atypique par rapport au reste de sa discographie. Collaborations avec les meilleurs producteurs actuels, featurings avec la crème (Frank Ocean, Justin Vernon), Kanye West a mis les moyens pour proposer un son à la fois éclectique et puissant. On peut détester le personnage, sa musique est en évolution constante.

 

11) POLIÇA "Shulamith" (Etats-Unis)

Le trio de Minneapolis emmené par la fragile Channy Leaneagh confirme son premier album avec ce Shulamith encore plus profond et envoûtant. Double batterie, voix subtilement trafiquée via l'auto-tune, noirceur et intelligence dans les textes. Poliça n'est plus seulement une belle promesse.

 

12) DARKSIDE "Psychic" (Etats-Unis)

Quand un groupe est à ce point précédé par une réputation de hypitude, il ya de quoi se méfier. Pourtant, le duo new-yorkais Darkside emmené par le petit génie Nicolas Jaar et le brillant guitariste Dave Harrington a réellement créé un son. Une house à la fois sombre et colorée, subtile et ennivrante. C'est lent, mais quand les basses montent, le coeur s'arrête.

 

 

13) DISCLOSURE "Settle" (Angleterre)

L'usine à tubes de l'année se nomme à coup sûr Disclosure. Figure de proue de la dance UK Garage, les deux frères (19 et 22 ans...) auront enflammé les dance floor du monde entier avec leur électro jouissive. Ils ont aussi collaboré avec ce qui se fait de mieux en jolies voix anglaises (Aluna George, Jessie Ware, London Grammar) et tourné toute l'année durant avec leur collection de hits.

 

14) CHVRCHES "The Bones of what you believe" (Ecosse)

Le trio écossais avait été notre coup de coeur aux Nuits Bota et la sortie de leur premier album n'a fait que confirmer tout le bien que l'on pense d'eux. Des rythmiques intéressantes, de la créativité dans les compositions et la voix 80's ultra-agréable de la charmante chanteuse Lauren Mayberry.

 

15) DAUGHTER "If you leave" (Angleterre/Suisse/France)

Autre superbe voix des îles, celle d'Elena Tonra, frontwoman du trio Daughter qui a joliment bercé notre année avec des chansons comme Youth et Smother. Basé à Londres, le groupe a créé un petit bijou qui vous accompagne dans chaque plongée au pays des rêves. Ça vous caresse la joue et vous réchauffe comme un plaid tout doux.

 

16) ROYAL CANOE "Today we're believers" (Canada)

Autre grosse découverte de cette fin d'année, le sextet originaire de Winnipeg qui fournit une magnifique leçon de composition grâce à des sonorités à la fois rock et numériques. Des riffs de guitare encadrés par des samples ingénieux et des bruits de pads en tous genres. C'est d'une fluidité harmonieuse totale. Un régal.

 

17) DJ KOZE "Amygdala" (Allemagne)

La pochette de l'album a de quoi interpeller, mais pas que. Huit ans après son premier album, l'allemand a pris le temps de collaborer avec tous les gens qu'il aime dans le milieu et leur a demandé de participer à son effort à lui. Caribou, Apparat, Matthew Dear, tous participent à la fête à la fois house et funky, lounge et planante.

 

18) BONOBO "The North Borders" (Angleterre)

Producteur phare du génial label Ninja Tune, Simon Green alias Bonobo livre avec The North Borders un cinquième album une nouvelle fois très intéressant. Ca part comme d'habitude dans tous les sens et c'est ultra-créatif à l'image du superbe clip de Cirrus qui a lancé l'album en début d'année. Un nouveau festival de couleurs de l'Anglais.

 

19) MUTUAL BENEFIT "Love's crushing diamonds" (Etats-Unis)

Oui un mini-album de 7 titres sorti en décembre peut se retrouver 19ème dans un top 30 des albums de l'année ! Oui, à condition d'être aussi déconcertante que cette superbe plaque des Américains de Mutual Benefit. Une folk hypnotique de tendresse que l'on a l'impression de connaître depuis toujours. Des contes d'enfants intelligemment écrits susurrés à notre oreille par une voix rassurante sur fond d'orchestre philarmonique. INCONTOURNABLE !

 

20) FOALS "Holy Fire" (Angleterre)

L'autre bande d'Oxford nous avait déjà placé quelques perles sur les deux premiers efforts studio, mais celles-ci étaient isolées dans un ensemble peu cohérent. La prouesse de ce Holy Fire est d'être pourvue de hits incontournables (Inhaler et My Number) placés sur orbite par neuf autres titres d'une même rage positive. La bande à Philippakis est désormais mature.

 

21) Drake "Nothing was the same" (Canada)

Aux frontières du rap et du R&B, le Canadien livre un troisième album qui avait la difficile tâche de succéder à Take Care, grammy Award du meilleur album rap en 2011. Epreuve réussie car si Drake avait déjà créé son univers sur les deux premiers opus, il le perpétue une nouvelle fois avec classe sur ce Nothing was the Same.

 

22) LONDON GRAMMAR "If you wait" (Angleterre)

Le trio de Nottingham est l'illustration parfaite de cette jeunesse britannique qui dès le plus jeune âge maîtrise tous les instruments et sait chanter juste. Deux bidouilleurs de sons et une splendide chanteuse, Hannah Reid, à la voix grave et enjoleuse, ont proposé un impressionnant premier album avec quelques perles comme Hey Now, Interlude et Strong.

 

23) GESAFFELSTEIN "Aleph" (France)

Icône pop grâce à son physique avantageux et adulé par tout qui aime le gros son techno, le très attendu premier LP du français aura confirmé son talent indéniable de producteur. Ca envoie certes un peu moins de grosses basses que dans ses précédents EP, mais c'est du coup plus accessible et plus fluide à l'écoute. Il y a un vrai son Gesaffelstein.

 

24) DAVID BOWIE "The Next Day" (Angleterre)

Personne ne l'avait vu venir et comme une nique au temps qui passe, Bowie s'offre le cadeau d'annoncer la sortie de son premier album en 10 ans le jour de ses 66 ans. Il a ému tout son monde avec Where are we now? qui donnera le ton d'un album à la fois nostalgique et lumineux de maîtrise. Une nouvelle belle leçon du Thin White Duke à ses pairs. La 24ème... Surtout la version avec les remix.

 

25) GIRLS IN HAWAII "Everest" (Belgique)

Après la période difficile que l'on sait, on se questionnait encore voici peu sur l'avenir-même des Girls. Mais ceux-ci ont intelligemment transformé la tristesse en une oeuvre touchante sans être voyeuriste. Emmené par un sublime morceau (Misses), le sextet a fourni un bien bel opus qu'ils ont en plus très bien défendu en live en festival et en salle.

 

26) FOXYGEN "We are the 21st century ambassadors" (Etats-Unis)

L'ovni vintage de l'année se nomme Foxygen. A l'écoute de l'album, on est transporté dans la deuxième partie des 60's et on se dit que les Stones et le Velvet Underground ont un concurrent de taille. En vrai, ce sont deux gamins californiens qui ringardiseraient presque MGMT et Pete Doherty. Dépaysement garanti et une drôle mais bluffante impression spatio-temporelle.

 

27) ASAP ROCKY "Long. Live. ASAP." (Etats-Unis)

Première vraie production pour le rappeur d'Harlem après avoir fait beaucoup de figuration pendant deux ans, cet album (très attendu et plusieurs fois reculé) est une illustration parfaite du talent d'interprête du jeune homme et les nombreux featurings (Kendrick Lamar, Drake, Skrillex, Florence and the Machine) une preuve, s'il le fallait encore, de sa position centrale dans la place.

 

28) RHYE "Woman" (Canada/Danemark)

Enigmatique duo composé par le canadien Mike Milosh et par le danois Robin Hannibal, Rhye a littéralement bouleversé le début d'année avec deux titres splendides : Open et The Fall. Le reste de l'album est moins percutant sur la longueur, ce qui lui vaut une place plus reculée, mais c'est sans conteste, une des révélations de l'année.

 

29) SAN FERMIN "San Fermin" (Etats-Unis)

C'est l'invité de dernière minute. Un album riche comme seuls les grands compositeurs peuvent en fournir. Celui-ci se nomme Ellis Ludwig-Leone, a 24 minuscules printemps au compteur, mais un talent immense. Il s'est entouré de voix splendides pour déclamer sa poésie comme celle incroyable d'Allen Tate, baryton qui ferait passer le chanteur des Crash Test Dummies pour un castrato...

 

30) STROMAE "Racine Carrée" (Belgique)

Impossible de ne pas citer celui qui a monopolisé les médias toute l'année durant. Génie du marketing (le buzz autour de la sortie du clip de Formidable) prestation incroyable (au Grand Journal de Canal +), visuel hyper soigné et reconnaissable entre mille (grâce à sa styliste Coralie Barbier). Pourtant, musicalement, il y a tellement à redire de ce Racine Carrée qui reste, malgré l'audace des sujets évoqués, de l'eurodance très moyenne. Ca fonctionne certes. Le mec est sympa et hypra doué certes. C'est un des artistes de l'année certes, mais question musique pure, il y avait certainement au moins 29 albums meilleurs que celui de Stromae.

 

David Salomonowicz

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