Sandrine Willems ou l’éloge du désert

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Dans son dernier roman paru aux Impressions Nouvelles, Sandrine Willems nous emmène dans la contemplation des complexités sahariennes à travers le regard croisé de trois héroïnes. Aride mais profond.

La narratrice de "L'Extrême" est psychologue. Elle exerce dans un hôpital français où des enfants se battent contre le cancer. Elle a elle-même dû lutter, enfant, contre une maladie grave, qui lui a permis d'exister aux yeux d'une grand-mère chargée de l'élever mais dépourvue d'amour pour elle. Après cette enfance sans amour, c'est le Sahara et la découverte du dénuement qui l'ont amenée à une certaine sérénité. Elle s'en rend compte avec d'autant plus de force qu'une jeune patiente maghrébine, Laïla, le lui rappelle sans cesse.

Le livre se présente comme une sorte de journal de bord, ou plutôt de lettre à Laïla, cette fille qui la trouble et la ramène sans cesse à son parcours personnel. Elle qui ne se dévoile jamais, dont personne ne sait rien dans le service, elle qui semble imperméable aux émotions des autres, veut soudainement parler à quelqu'un.

Le lecteur découvre sa vie par bribes. Mais surtout, il perçoit à travers cette confession une vision de la vie - et de la survie - que n'aurait pas démentie Théodore Monod. A soixante ans, cette femme dont le parcours a été une succession de traversées du désert, a compris combien la vie et la mort étaient mêlées dans nos existences.

Vient alors une seconde patiente, atteinte de leucémie. "Ce matin est arrivée une jeune Touarègue. C'est la première fois. Qu'a donc manigancé Allah, ou ce hasard qui est maître au désert, pour faire se rencontrer, dans un hôpital français, une nomade des déserts d'Algérie, une petite Algérienne des oasis, et cette amoureuse des déserts que je suis ?" s'interroge la narratrice.

La Touarègue qui répond au nom d'Imzad mourra si elle ne subit pas une greffe de moelle. Au pays, il y a des frères et des surs qui pourraient être des donneurs potentiels. Mais qui doivent rester pour garder le troupeau. La violence de ces existences où l'amour passe après la survie interpelle. On est là au cur du propos de la romancière. Philosophique, son livre est une longue quête de sens qui passe par les extrêmes - vie et mort, souffrance et extase, fournaise du jour et froid de la nuit, amour contre survie.

On en sort avec une seule envie : prendre le premier avion pour Tamanrasset. Et aller soi-même se ressourcer dans ce lieu de non-vie qui dit mieux qu'un autre la vie elle-même.

 

Thierry Bellefroid

 

Sandrine Willems, L'Extrême, Les Impressions Nouvelles

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