Prism: les Européens naïfs... ou complices

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

"L'amitié suppose-t-elle forcément une dose de naïveté et de soumission?" Beau débat... Les Etats-Unis et l'Union européenne sont, paraît-il, les meilleurs amis du monde, les plus proches alliés et il y a entre eux une relation, nous dit-on, particulière. Particulière oui.

Cela fait des années, que régulièrement, les Européens découvrent ou font semblant de découvrir que les Etats-Unis font ce qu'ils veulent chez nous, qu'ils nous espionnent.
Et la récente affaire Prism (d’espionnage via de grands groupes, Facebook, Google etc..) n'est que le dernier épisode d'une longue série.
Souvenez-vous il y a une quinzaine d'années, les grandes oreilles du réseau Echelon, capable de capter toutes les communications téléphoniques, fax et email.
Et puis, la société Swift, installée en Belgique. A la demande de Washington, elle fournissait aux Américains des données sur les transactions bancaires internationales au mépris de la législation européenne.
Et j'ai encore du stock, les Américains qui exigent les données personnelles de tous les passagers qui volent vers les Etats-Unis ou qui simplement survolent le territoire américain. Au départ, les Américains voulaient même entrer eux-mêmes dans les fichiers des compagnies aériennes notamment européennes pour se servir dans les données qui les intéressaient.
On peut encore citer les vols secrets de la CIA, des suspects de terrorisme enlevés parfois en pleine rue comme à Milan, transportés de manière illégale vers des pays où l'on est moins regardants sur la torture. Des centres de transit et de détention installés sans doute en Europe.

Des Européens qui ne savent pas ou qui ne veulent pas savoir

Certains états savaient, d'autres ignoraient tout de ces opérations, d'autres encore se sont rendus compte que si les politiques ne savaient pas, en tout cas leurs services de renseignements savaient.
A chaque fois qu'un de ces dossiers arrive à la une de l'actualité, c'est la même histoire: les Américains mettent en avant la lutte contre le terrorisme mais Echelon servait aussi à de l'espionnage commercial.
Les données personnelles des passagers aériens arrivent dans une série d'agences américaines de renseignements qui ne s'occupent pas toutes de lutte contre le terrorisme, et certaines données sont susceptibles d'être transférées à d'autres pays tiers dont on ne connaît pas la politique de protection des données.
L'accord sur SWIFT n'est pas complètement appliqué, des Européens qui ont voulu savoir quelles données les concernant avaient été envoyées aux Etats-Unis ont été déboutés. Car bien souvent, les règles américaines qui protègent les Américains ne s’appliquent pas aux Européens.

Entre amis …

Bref, les Etats-Unis sont chez leurs amis européens comme chez eux, ils gèrent les données personnelles européennes comme bon leur semble.
Bien sûr quelques capitales européennes grognottent un peu mais certains états participent à ces opérations, c'est le cas de la Grande-Bretagne par exemple.
D'autres plus hypocrites comme l'Allemagne s'agacent. Mais l’Allemagne reconnaît avoir obtenu de bonnes informations sur de possibles attentats chez elle. Mais évidemment l’Allemagne ne veut rien savoir de la manière dont les Américains ont obtenu ces informations.
Entre amis, vous comprenez, il y a des questions qu’on ne pose pas.
Alors les Européens continuent gentiment à approuver chez eux des législations qui protègent la vie privée des Européens.
Un nouveau texte est d’ailleurs en discussion, beaucoup plus protecteur de la vie privée mais justement, plusieurs Etats n'en veulent pas.
C'est trop contraignant, disent-ils, pour les entreprises.
Et les Américains font d'ailleurs un lobbying intensif contre ce texte, des amendements déposés par des députés européens sont des copies conformes d'amendements proposés par de grandes boites américaines.
Bref, les amis américains sont à la manoeuvre et leur céder totalement serait non pas de la naïveté, pas après autant d'années, mais tout juste de la soumission ou de la complicité.

Anne Blanpain

 

 

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