Présidence de la Commission européenne: on se fiche de nous?

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

A quelques jours des élections européennes, il plane dans l’Union européenne une vaste interrogation : les dirigeants européens sont-ils de grands blagueurs ou nous prennent-ils juste pour des truffes? Figurez-vous qu'après 4 mois de campagne – enfin !- un peu européenne, les Vingt-huit découvrent que, finalement, ils préféraient avant, quand il n’y avait aucune campagne du tout du tout.

Les cinq grands groupes du Parlement européen ont chacun désigné un candidat à la présidence de la Commission européenne. Avec une idée : le candidat dont la famille politique remportera les élections européennes, ce candidat sera quasi automatiquement choisi par les dirigeants.

Des dirigeants peu emballés

Depuis le début, les Vingt-huit freinent des quatre fers. Ils n’aiment pas qu’on leur force la main dans le choix de leur souffre-douleur à la Commission européenne.

Et pourtant, depuis presque 4 mois, ces candidats désignés (par les différentes familles politiques auxquelles appartiennent les chefs d’Etat et de Gouvernement) font tout le boulot des dirigeants européens. Ils expliquent publiquement que, par exemple, il ne sert pas à grand-chose de discuter énergie ou immigration uniquement à l’échelon national. Que des économies d’échelle au niveau européen dans les domaines de la recherche et de l’innovation peuvent relancer la croissance.

Ils tentent d’incarner ce brol que l’on appelle " Bruxelles ", ils débattent d’Europe, si si je vous jure, ils débattent d’Europe, incroyable !
Bien sûr, c’est encore un peu timide, ça flotte un peu au-dessus de la tête des électeurs, ça a un p'tit gout artificiel mais c'est une première qui a le mérite d'exister.

Mais les dirigeants sont visiblement ronchons, aucun de ces 5 candidats ne plairait à une majorité suffisante de chefs d’Etat et de Gouvernement.
Aucun, aucun, aucun. Ils ont beau faire des efforts, se forcer un peu. Non, décidément ils ne peuvent en accepter aucun.

Alors ils ont une bonne idée : aller en chercher un ou UNE autre. Plutôt " une " d’ailleurs comme ça ils pourront mettre en avant l'égalité homme-femme alors que, jusqu’à présent, ils s’en fichaient comme de leur première directive. Le nom de Christine Lagarde (actuellement à la tête du Fond Monétaire International) revient sur le tapis. On l'évoquait déjà il y a quelques mois. Mais d'une part, elle est impliquée dans l'affaire du Crédit Lyonnais en France, d'autre part, elle est démocrate-chrétienne et rien ne dit que François Hollande a envie de nommer une candidate de l'opposition. Sachant que si Christine Lagarde devient présidente de la Commission européenne, il n'y aura pas d'autre français parmi les commissaires.

Et c’est là que je me demande si les dirigeants sont juste en train de nous faire une petite blague.

Il y a de tout dans ces 5 candidats, deux anciens Premiers ministres (Le démocrate chrétien Jean-Claude Juncker et le libéral Guy Verhofstadt), des députés européens (José Bové et Ska Keller pour les verts, Martin Schulz pour les socialistes), il y a un orange, un rose, un bleu, des verts, un rouge (Alexis Tsipras pour la Gauche plus radicale).

Alors oui, ils ont un grand point commun : ils sont tous pro-européens.

Mais que veulent-ils alors les Vingt-huit ? ils préfèrent un anti-européen à la tête de la Commission ? pourquoi pas, mais ils vont avoir quelques soucis pendant les 5 ans qui viennent.

Les dirigeants tout puissants ?

Les dirigeants se sentent à l'aise parce qu'ils savent ou ils pensent que le Parlement européen finira par accepter ce candidat mystère.

Le Parlement européen peut refuser d'adouber en juillet ce candidat sorti de la poche des dirigeants. Mais sur de tels enjeux, généralement, le Parlement aboie beaucoup mais ne mord pas. Les Vingt-huit parient là-dessus et continuent à penser que c'est eux tout seuls comme des grands qui peuvent décider.

Si le Parlement se couche, s'il accepte l'attitude annoncée des Vingt-huit, alors cette campagne n'aura servi à rien : la prochaine fois, on fera comme d'habitude, une nuit de négociations, un Président choisi on ne sait pas pourquoi, pas de campagne du tout et puis Vingt-huit dirigeants qui, la larme de crocodile à l'oeil, regretteront qu'il n'existe même pas une miette de début de commencement de débat européen.

Anne Blanpain

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