Olivier Maroy au MR. Les journalistes et le côté obscur de la force

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © RTBF

C'est devenu une habitude, chaque campagne est marquée par un transfert du monde médiatique vers le monde politique. Comme d'habitude, ce sont les transferts du monde de la TV qui sont les plus retentissants. Celui d'Olivier Maroy, comme celui d'Anne Delvaux, Florence Reuter, Frédérique Ries, Jean Claude Defossé, Siegfried Bracke ne dérogent pas à la règle. Et oui, cela commence à faire beaucoup...

Je ne sais pas si le passage du journalisme à la politique et inversement est une spécialité belge francophone mais on est en tous les cas en train de devenir de sérieux compétiteurs. Et oui, comme beaucoup de journalistes je suis pris d'un malaise certain.

Bien sûr, Olivier Maroy est un citoyen comme un autre, il a droit à l'engagement, ça l'honore même dans notre démocratie largement frappée par la passivité. Ce n'est pas le cas personnel, le cas particulier qui est ici en cause, c'est l'accumulation. Car à ces transferts très visibles s'ajoute une très longue liste de transferts de petites mains, des journalistes moins connus qui choisissent de devenir collaborateurs d'un parti. L'association des journalistes (AJP) avait récemment dressé une liste non exhaustive d'une trentaine de cas sur la décennie écoulée. J'en connais personnellement une dizaine en plus, tous médias confondus.

Beaucoup de cas, et beaucoup d'explications différentes aussi

Certains de nos ex-confrères étaient déçus par la routine du métier et voulaient tenter une autre aventure. D'autres, précarisés, ont d'abord voulu s'assurer un revenu stable; d'autres encore ont été séduits par une personnalité politique, cherchaient à augmenter leur train de vie, ou l'ont fait par conviction tout simplement.

Et puis il faut ajouter les cas plus graves, (les plus problématiques) de journalistes qui n'ont pas clairement choisi. Ceux qui, pour arrondir leurs fins de mois, dispensent une formation de média training. Ceux qui apprennent à leurs clients comment éviter de répondre aux questions de leurs confrères. Ceux qui, en plus de leur métier, sont administrateurs d'une société de communication. La confusion de genres est totale et c'est bien pire qu'un transfert en politique.

Il est temps de protéger le public en nous protégeant

Il nous faut mener un débat plus large que celui de l’effacement de l'estompement progressif de la frontière entre communication et journalisme. Ce n'est pas le côté obscur de la force contre les Jedi's. C'est juste de croire à l’honnêteté intellectuelle de ceux qui partent et de ceux qui reviennent et juste de condamner ceux qui trichent, qui trompent. Mais face à ce rapport de forces qui change, il est temps d'opter pour la clarté. Il faut renforcer les digues, se protéger. Et donc il faut dire que le journalisme c'est plus qu'un métier, qu'un ensemble de pratiques. C'est aussi et d'abord un engagement, celui de se montrer digne de la confiance du public. Il faut donc dire qu'un engagement rompu l'est une fois pour toutes. Cela vaut pour ceux qui ont choisi de partir et qui ne doivent pas revenir, cela vaut aussi pour ceux qui n'ont pas voulu choisir.

 

Bertrand Henne

 

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