"Nebraska", ma Palme d'Or

Nebraska

"Nebraska", c'est l'histoire de Woody, un vieillard aussi têtu que crédule: il est persuadé d'avoir gagné un million de dollars dans une loterie par correspondance. Et il a bien l'intention d'aller chercher son gros lot et de parcourir tout seul les centaines de kilomètres qui le sépare de la ville de Lincoln, dans le Nebraska, où se situe l'entreprise si généreuse à son égard. Sa femme le traite de fou, son fils aîné veut l'interner dans un home. Seul son fils cadet, de guerre lasse, finit par accepter de le conduire dans ce long périple.

"Nebraska", c'est la rencontre entre un cinéaste très inspiré, Alexander Payne, et un grand acteur aujourd'hui âgé de 77 ans, Bruce Dern. Alexander Payne, on lui doit des comédies aigres-douces comme "Sideways" avec Paul Giamatti et "The descendants", avec George Clooney qui se débattait dans une histoire d'héritage à Hawaï. Pour incarner Woody, Payne a eu l'excellente idée d'aller chercher Bruce Dern, grand second rôle du cinéma américain des années 70 (on l'a vu dans "Gatsby le magnifique" face à Robert Redford ou dans "Complot de famille", le dernier film de Hitchcock en 76).

Bruce Dern est merveilleux dans le rôle de Woody, ce vieux type un peu revêche et taciturne dont on apprendra tardivement pourquoi il veut à tout prix croire à ce prix mirifique d'un million de dollars. Le film est tout aussi magnifique, parce que, sans l'aitr d'y toucher, il aborde plein de thèmes différents. "Nebraska", c'est à la fois un road movie dans l'Amérique profonde, un portrait d'une relation père-fils, une réflexion sur le temps qui passe et les rêves inaboutis... Tout cela est abordé avec un humour doux-amer irrésistible et une photo en noir et blanc d'une rare poésie... Bref, "Nebraska", c'était MA Palme d'Or au Festival de Cannes, un film bien plus profond et maîtrisé que le très surfait "Vie d'Adèle", et d’ores et déjà un classique : on pourra le revoir dans vingt ans sans qu’il n’ait pris une ride.

Only lovers left alive

Adam (Tom Hiddleston, vu dans "Thor") et Eve (Tilda Swinton, qu’on ne présente plus) sont des vampires. Lui est guitariste de rock, elle est sa muse. Ils vivent reclus dans leur loft à Detroit, promenant un regard désabusé sur l’évolution du monde. Leur tranquillité est perturbée par l’arrivée de leur petite sœur Ava ( Mia Wasikowska), exubérante et vorace, épuisant leurs rares réserves de sang – car le sang pur est devenu rare de nos jours, et la (sur)vie est dure pour les vampires.

"Only lovers left alive" se traîne sur un rythme languissant, accompagné de quelques riffs de guitare. C’est normal, c’est le nouveau film de Jim Jarmusch. Ca fait déjà quelques années que l’ex "enfant terrible du cinéma indé" a vu son inspiration s’évanouir, et masque son manque d’idées en faisant des films au ralenti, où il ne se passe à peu près rien, mais qu’il camoufle avec une esthétique " vintage ". Ici, Adam écoute du rock sur des vieux vinyls, et regarde la télé sur un très vieil écran… "Only lovers left alive" est pathétique, c’est un film de vieux branché "has been", aussi creux que prétentieux. Mais comme Jarmusch a sa cohorte de fans irréductibles, il n’a pas trop de souci à se faire pour la suite de sa carrière.

Pompéi 3D

Le triomphe –déjà ancien – du "Gladiator" de Ridley Scott a donné des idées aux producteurs : et si on reconstituait la destruction de Pompéi en l’an 79 après J-C par l’éruption du Vésuve ? C’est le tâcheron Paul W.S. Anderson (à ne pas confondre avec Wes Anderson ou Paul Thomas Anderson, deux vrais cinéastes, eux !) qui s’y colle… Mais avant d’arriver au "climax" de l’éruption à la fin du film, il a bien dû trousser une histoire, vite fait. Il est donc question d’une love story impossible entre un bel esclave gladiateur et une fille de la haute société, entravée par un consul romain cruel comme il se doit (Kiefer Sutherland)

Comme les stars étaient trop chères – ou déjà prises sur le tournage de "Hunger games", Anderson a engagé des ersatz, des " sous-Orlando Bloom ", des "sous- Samuel Jackson", des "sous- Gemma Arterton" pour figurer dans son nanar. Le scénario accumule un nombre invraisemblable de clichés les plus éculés, et les effets spéciaux semblent copiés sur ceux des films de Roland Emmerich… Bref, "Pompéi" est un film catastrophe – au sens littéral du terme.

Hugues Dayez

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