"Mr Turner", un génie de la peinture vu par un grand cinéaste

Mr Turner

Joseph Mallord William Turner, surnommé le "peintre de la lumière", est sans doute le plus grand peintre anglais, toutes époques confondues. Ce fut une personnalité paradoxale. Sur ses toiles, une sensibilité exacerbée, à fleur de peau, capable de restituer la brume sur la Tamise et les reflets mouvants sur la mer d’un coucher de soleil…. Dans la vie, un individu fruste, peu amène, excentrique et taciturne, dont les excès provoquent souvent l’incompréhension de ses pairs.

C’est ce paradoxe qu’a voulu explorer Mike Leigh. Le cinéaste anglais, lauréat de la Palme d’Or pour "Secrets and lies", s’est attaché à la dernière partie de la vie de Turner, quand le peintre perd son père (avec qui il vivait), quand son style flirte avec l’abstraction et annonce les Impressionnistes.

Plus qu’un "biopic" académique et conventionnel, Leigh signe – sans mauvais jeu de mots – une succession de tableaux très inspirés pour dépeindre les différentes facettes du personnage : Turner dans son atelier en famille, Turner participant à l’exposition annuelle de la Royal Academy of Arts, Turner en province avec son chevalet, à la recherche de la lumière idéale. Si cette structure en patchwork réserve au spectateur plusieurs scènes d’anthologie, elle entraîne le film dans quelques longueurs, pour aboutir à une durée finale un tantinet indigeste de deux heures trente. Mais Timothy Spall, vieux complice de Mike Leigh, est formidable en Turner bougonnant, éructant, mais peignant comme un dieu… Il n’a pas volé son prix d’interprétation masculine au dernier festival de Cannes.

Coming Home

Le cinéaste chinois Zhang Yimou et sa femme, la sublime actrice Gong Li, avaient ébloui le monde entier à la fin des années 80 avec des films d’une beauté époustouflante : "Le Sorgho Rouge", "Judou", "Epouses et concubines". Puis Gong Li partit se perdre dans une carrière internationale, et Yimou devint un artiste officiel du régime (jusqu’à mettre en scène une cérémonie d’ouverture des jeux olympiques)… Aujourd’hui divorcé, le couple se réunit à l’écran pour un nouveau film : "Coming Home".

Le film est un drame intimiste qui se situe à la fin de la Révolution culturelle de Mao Zedong. Lu Yanshi, prisonnier politique enfin libéré, revient chez lui mais sa femme, pendant son absence, a perdu à moitié la tête et ne le reconnaît plus. Alors Lu rejoue chaque jour son arrivée à la gare, met en scène indéfiniment son retour dans l’espoir de provoquer un déclic chez son épouse…

Si les cinéphiles seront heureux de revoir Gong Li dans un film de Zhang Yimou, on ne retrouve pas l’esthétique flamboyante de ses premiers films : "Coming Home" est un drame réaliste, terne et sombre. A éviter par les spectateurs sujets à la mélancolie…

Brabançonne

Deux fanfares, l’une wallonne, l’autre flamande, se placent ex-aequo lors de la présélection d’un grand concours européen d’harmonies. Le hic, c’est que le trompettiste-vedette de la fanfare flamande meurt subitement d’une crise cardiaque en pleine représentation. Richement dotée, la fanfare décide de débaucher le trompettiste du camp adverse, qui abandonne donc sa fanfare wallonne contre un joli cachet… Là où la situation se corse, c’est quand la productrice flamande de la fanfare (Amaryllis Uiterlinden) tombe amoureuse du trompettiste wallon (joué par un Français, Arthur Dupont).

"Brabançonne" est une comédie musicale, réalisée et initiée par des producteurs flamands, avec la participation de quelques acteurs francophones. L’initiative est sympathique, avec la volonté de s’amuser avec quelques bons vieux clichés (les Flamands affairistes, les Wallons paresseux, etc…), mais ne tarde pas à tomber dans d’autres clichés (le "Roméo et Juliette" flamando-wallon). Quant à la dimension "comédie musicale" - avec des vieux tubes des deux côtés du pays, et même "Ensemble" de Pierre Rapsat –, elle est digne d’un spectacle de patronage, et pâtit de la comparaison avec des vraies comédies musicales façon "Mamma Mia!"… "Brabançonne" pourrait être diffusé le dimanche comme aimable téléfilm familial. Ni moins… Ni plus !

The Hobbit 3

C’est bien connu : "quand on aime, on ne compte pas". Sur base d’un modeste roman pour enfants de Tolkien, Peter Jackson a voulu refaire une ambitieuse trilogie à la " Seigneur des Anneaux ". La trilogie du "Hobbit" s’inscrit, temporellement, avant "Le Seigneur", exactement comme quand George Lucas est venu proposer une trilogie prequel de "Star Wars".

Le problème, c’est que "Le Hobbit" est un récit pas assez touffu pour fournir matière à trois films de trois heures. Alors Jackson ajoute des péripéties de son cru, et tire le machin en longueur. Dans cet opus 3, le dragon Smaug, le grand "méchant" du "Hobbit" est liquidé après dix minutes. S’ensuit un interminable épilogue : qui va s’emparer de son trésor ? Les nains, les elfes, les orques ? C’est la "Bataille des Cinq armées". Les fans irréductibles de la saga, les incorrigibles geeks se passionneront sans doute pour cet enjeu. Les spectateurs moins inconditionnels, par contre, ne pourront s’empêcher de penser que "les plus courtes sont les meilleures".

Hugues Dayez

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