"Les rayures du zèbre" : succès en Wallonie, flop en France

"Les rayures du zèbre" fait un gros flop en France
"Les rayures du zèbre" fait un gros flop en France - © VIRGINIE LEFOUR - BELGA

"Les rayures du zèbre", le nouveau long-métrage de Benoît Mariage avec Benoît Poelvoorde dans le rôle d’un agent qui déniche des jeunes footballeurs en Côte d’Ivoire, est sorti le 5 février simultanément en Belgique et en France… Avec des fortunes diverses. Analyse.

Succès en Wallonie

Jeudi dernier, le distributeur belge du film publiait un communiqué de presse aux accents triomphalistes : "N°1 en Wallonie avec 35 000 spectateurs après une semaine d’exploitation !" Il omettait de préciser que ce chiffre incluait les milliers de spectateurs – non payants – présents aux multiples avant-premières du film à Charleroi et Namur… Néanmoins, même si on est loin des chiffres faramineux des films à succès flamands (plus de 400 000 entrées pour "Marina" de Stijn Coninx, par exemple ), le score des "Rayures du zèbre" est réjouissant et redonne quelques couleurs au cinéma belge francophone, après une année 2013 assez piteuse au box-office.

Flop en France

Sorti sur 145 copies sur le territoire français, soutenu par une belle campagne promotionnelle – Benoît Poelvoorde a mouillé sa chemise pour défendre le film sur les principaux plateaux de télé, y compris le JT de 20H de France 2 -, "Les Rayures du zèbre" réalise la contre-performance de… 28 000 spectateurs. Il est totalement absent du Top 10 du box-office de l’Hexagone, relégué aux oubliettes dès sa sortie.

Comment expliquer cette disparité de résultats entre la Belgique et la France ?

Une frontière culturelle parfois infranchissable

Benoît Mariage, qui a travaillé au magazine "Strip Tease", aime l’ironie et l’humour au second degré. Son personnage de José dans "Les Rayures du Zèbre" est un "dikkenek" qui dit des énormités sur le gap Nord/Sud avec un truculent accent bruxellois. En Belgique, où le passé colonial reste présent dans beaucoup de mémoires, le sous-texte de sa comédie grinçante est compris – et savouré – par une majorité de spectateurs.

En France, le rapport historique à l’Afrique est totalement différent, et à l’ère du "politiquement correct" faire rire avec un sujet aussi sensible que l’exploitation de sportifs africains n’est pas forcément bien compris. Benoît Poelvoorde confiait, dans une interview qu'il nous a accordé, s’être fait taxer de racisme par des journalistes qui n’avaient visiblement pas saisi les différents degrés de lecture du film.

Bref, il est très probable que ce qui nous fait rire dans "Les Rayures" est totalement insaisissable pour le spectateur lambda en France. Ce qui explique sans doute le score misérable du film en salles... C’est dommage, et c’est aussi mauvais pour la carrière de Poelvoorde dont aucun des derniers films ( "Une histoire d’amour", "Une place sur la terre") n’a fonctionné au box-office.

Regardez l'interview de Benoît Poelvoorde réalisée début février:

Hugues Dayez

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