Les éoliennes ne sont plus dans le vent en Wallonie

Les Plumes du Coq
Les Plumes du Coq - © RTBF

Les grandes éoliennes sont constamment attaquées par des recours et se font rares, et on n’a toujours pas vu la première des petites éoliennes pourtant annoncées par milliers. Le gouvernement wallon est tiraillé entre les promesses d’Ecolo et les effets d’annonce du cdH.

L’éolien. Un des (nombreux) dossiers sur lequel l’Olivier wallon (la coalition PS-Ecolo-cdH) a perdu beaucoup de feuilles au cours de la précédente législature. Un dossier piloté par les ministres Ecolo Nollet et Henry, qui a crispé tout le monde ou presque: les traditionnels pro et anti, de nombreux riverains potentiels, les communes d’accueil éventuelles, et le gouvernement régional.

En 2013, les ministres s’étaient –plus ou moins– accordés sur un cadre de référence et sur des objectifs de production. Pour les atteindre, des centaines de nouveaux moulins devaient encore sortir de terre dans les prochaines années. Le compromis, enfin.

Jusqu’à cette sortie en solo de Carlo Di Antonio (cdH), qui préconisait l’implantation de plus petites éoliennes plutôt que ces grands moulins qui divisent tant.

Et en février 2014, Carlo Di Antonio se faisait plus précis. Il annonçait 4 expériences pilotes, menées au plan incliné de Ronquières, à l’échangeur de Daussoulx, à l’ascenseur de Strepy et aux écluses de Péronnes. Objectif: une trentaine d’éoliennes installées dès l’été 2014 sur ces sites situés à proximité de voies navigables ou d’axes autoroutiers.

"Ces endroits sont ce que j’appelle des 'cicatrices existantes' dans notre paysage. En s’installant à ces endroits, on limite l’impact visuel et les nuisances sonores sur les villages et sur la population", expliquait à l’époque le ministre. "Ça répond donc aux refus massif exprimés lors des enquêtes sur le grand éolien. On a l’impression que le territoire est déjà saturé de grandes éoliennes".

Carlo Di Antonio évoquait même la possibilité d’installer à terme le long des autoroutes wallonnes... 10.000 poteaux multifonctionnels (éolienne, éclairage, caméra, radar…) ! "Ça me semble tout à fait réalisable et acceptable par la population", estimait-il alors.

Un an plus tard, où en est-on ? Nulle part.

Energies vertes: sujet toujours aussi sensible

Ces expériences-pilotes, on les attend toujours. Pire: une seule entreprise a répondu à l’appel d’offres de la Région, une petite entreprise implantée à Seneffe et Fleurus. L’administration wallonne a bouclé l’analyse de cette offre et le dossier va bientôt atterrir sur la table du Gouvernement wallon. Où l’enthousiasme est très mesuré…

"Ce qui ressortira de l’analyse de cette offre unique permettra de savoir ce qui est possible, et si l’ambition que nous nous étions assignée est atteignable", reconnait aujourd’hui Maxime Prévot (cdH), ministre wallon en charge des travaux publics.

En fait, c’est toute la politique énergétique qui est remise en question. Le gouvernement régional précédent s’était notamment fixé des objectifs en matière de production d’énergie verte, avec une répartition par filière (éolien, photovoltaïque, biomasse…). Et la nouvelle majorité a rouvert ce dossier. Paul Furlan (PS), ministre wallon désormais en charge de l’Energie :

"Les potentiels wallons par filière sont actuellement en cours de révision, au sein de mon cabinet et de mon administration. Ce travail est couplé à l’analyse des coûts et des investissements nécessaires associés à ces différentes technologies afin d’évaluer, sur le long terme, différents scénarii de mix énergétique renouvelable. Cette analyse approfondie doit nous permettre de choisir un scénario de transition énergétique (qui) doit se faire progressivement. A la suite de cette analyse, les différents mécanismes de soutien seront réanalysés et modifiés si nécessaire"

Traduction: le PS et le cdH ont toujours pensé que leur ancien partenaire Ecolo allait trop loin en matière d’énergie renouvelable, voulant être "le meilleur élève de la classe européenne", et le binôme actuellement aux commandes wallonnes ne se sent pas liés par ces accords du passé. Rien n’est acquis, tout est rediscuté.

Deux conclusions. D’abord, 2014 a été une année noire pour le grand éolien, et rien ne laisse penser que 2015 sera l’année du rebond significatif, d’autant que les Verts ne sont plus là pour peser sur les décisions.

Ensuite, le cdH a joué un drôle de jeu il y a un an, en présentant le petit éolien comme la solution miracle qui allait réconcilier tout le monde. La filière n’est clairement pas mûre. Mais à quelques mois des élections, tirer dans les pattes d’Ecolo ne coûtait pas grand-chose et pouvait rapporter gros…

Rudy Hermans

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