Le siège du Parlement européen: qu'on en finisse!

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Je vous le dis tout de suite, je me fiche personnellement que le parlement européen ait son siège unique à Bruxelles ou à Strasbourg ou même à Luxembourg, peu me chaut. Mais il va falloir trancher et cesser donc ce festival mondial universel de mauvaise foi dès qu'on aborde cette délicate question.

Les eurodéputés ont voté hier à une confortable majorité (481 pour, 141 contre et 34 abstentions) une résolution réclamant le droit de pouvoir choisir eux mêmes où ils se réunissent (la résolution ne citait pas Bruxelles mais dans l'exposé des motifs de la résolution, la capitale belge est très clairement mise en avant) mais visiblement le rationnel ne peut plus rien pour ce dossier. (Ce sont les Etats qui décident du siège du Parlement à l'unanimité et la France comme le Luxembourg qui accueille les services administratifs du Parlement brandissent leur véto dès que l'on imagine aborder ce sujet)
Donc je propose de l'irrationnel pur: on peut accorder le siège en fonction du classement de la France et la Belgique à la coupe du monde de football. Ou alors au pays qui sera le plus rapidement à l'équilibre budgétaire.
J'entends déjà les pro-Strasbourg grogner et hurler que c'est une affaire sérieuse, très sérieuse.
Alors, si c'est une affaire sérieuse, il serait peut être temps de la traiter sérieusement.
Passons sur les arguments qui expliquent que Strasbourg n'est pas capable d'accueillir correctement le parlement.
C'est vrai, arriver dans un hôtel strasbourgeois pendant la session et constater que la chambre coute 45 euros de plus que la veille, c'est un poil énervant.
Prendre le train à Bruxelles et constater en arrivant à Strasbourg, après 5h de tortillard qu'on aurait été aussi vite en diligence, c'est un poil fatiguant.
Mais on peut penser que, si un jour, Strasbourg devait accueillir de manière définitive toutes les activités du parlement, la ville s'organiserait en conséquence.

Un déménagement qui coûte cher?

Les chiffres les plus étranges circulent, ils vont de 50 millions par an à près de 200 millions par an sans compter évidemment les émissions de gaz à effet de serre rejetées par la transhumance strasbourgeoise. Cela dit, on est étonné de voir des malles de papier transportées de Bruxelles à Strasbourg le lundi, puis de Strasbourg à Bruxelles le jeudi sans jamais avoir été ouvertes durant la semaine de session. A l'heure d'internet, ça laisse songeur.
En revanche, personne ne peut nier le coût que représentent deux bâtiments gigantesques dont l'un, à Strasbourg, ne sert que 45 jours par an mais qu'il faut louer, chauffer, entretenir.
Tous les députés, et ils sont 766, ont chacun deux bureaux, un à Bruxelles et un à Strasbourg. Leurs assistants c'est pareil. La Commission aussi a des bureaux à Bruxelles et à Strasbourg puisqu'elle se réunit à Strasbourg une fois par mois.
Il existe un coût réel à voir les députés, les commissaires, les fonctionnaires, les diplomates se retrouver une fois par mois à plus de 400kms les uns des autres alors qu'ils sont censés travailler ensemble, négocier, parfois au quotidien. Et les négociations par téléphone ou par internet ne suffisent pas toujours.
Mais passons aussi sur les élucubrations de certains pro-Strasbourg qui expliquaient, il y a deux ans, qu'il valait mieux sortir le Parlement européen de Bruxelles vu l'instabilité politique belge.
Que la corruption était endémique à Bruxelles, que ce n'était donc pas une bonne idée d'y installer le fleuron de la démocratie européennes. Pour eux c'est clair, Bruxelles égale bureaucratie, Conseil, Commission. Alors que Strasbourg égale démocratie, citoyenneté et donc Parlement. Bon. si j'étais eux j'aurais rajouté, amour, joie de vivre, fraternité, papillons et jolies fleurs.
Quand je vous disais que le rationnel avait déserté ce dossier ...

Anne Blanpain

 

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