Le retour de la paix sociale ?

Cette signature est une étape vers la paix sociale comme le dit le premier ministre Charles Michel avec prudence alors qu’on l’imagine sabrer le champagne avec Kris Peeters une fois seuls. Car évidemment la FGTB n’est pas dans cet accord c’est un bémol, mais la division des syndicats les affaiblit considérablement, affaiblit leur capacité de mobilisation, d’action. Pour le gouvernement, pour les employeurs les perspectives d’avoir une année 2015 plus ou moins paisible sont donc grandes.

Les syndicats affichent encore leur front commun

C’est à la limite de la Schizophrénie ce qui se passe. Dès avant les votes, les signaux envoyés était que les syndicats resteraient unis sur ce qui n’est pas dans l’accord. En clair le saut d’index surtout, mais aussi les fins de carrières, ou la justice fiscale. La CSC s’affiche déterminée mais elle monte au mât avec trois trous dans son pantalon.

Un, l’accord interprofessionnel signé implique logiquement la paix sociale. C’est un pacte de non-agression si vous voulez avec les employeurs. Alors la CSC peut mobiliser contre le gouvernement mais donc pas ou plus contre les entreprises, c'est-à-dire que l’arme de la grève sera du tout, tout dernier recours.

Deux, ce que contient l’accord interprofessionnel est historiquement faible du point de vue des salaires. C’est bien simple, si le saut d’index est confirmé par le gouvernement, les augmentations ne couvriront pas l’augmentation du coût de la vie. La CSC et la CGSLB vont donc devoir mobiliser alors qu’ils acceptent un élément qui sera sans doute très mal vécu par beaucoup d’affiliés, et dénoncé par les collèges de la FGTB.

Trois, la CSC est elle-même très divisée. Jamais là non plus dans l'histoire ça n'est apparu aussi clairement. Entre Nord, Sud, entre centrale, la CSC donc apparait plus fragile qu'avant, moins force tranquille.

Mobiliser dans ces conditions, avec ces trois trous dans son pantalon s’annonce plus que compliqué.

Les syndicats ont-ils perdu en influence avec cet accord?

Les syndicats se sont rendu compte tous, qu'ils ne pourraient pas se lancer dans un bras de fer long contre ce gouvernement. Un cadre flamand de la CSC me disait récemment qu'il était horrifié par le traitement des médias après la grève national du 15 décembre. Beaucoup des médias ont véhiculé une image déplorable de l'action syndicale. Ils ont compris depuis que le rapport de force politique et médiatique ne s'inverserait pas. C'est ce rapport de force qui explique pourquoi, aujourd'hui, deux syndicats acceptent ce qui, il y a quelques mois encore, apparaissait comme inacceptable et que la FGTB, dans son refus, calme le jeu et appelle à l'union.

Bertrand Henne

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