Le quart d'heure américain

La sublime Hannah Cohen comme partenaire de charme pour nos slows langoureux.
La sublime Hannah Cohen comme partenaire de charme pour nos slows langoureux. - © Tous droits réservés

Une semaine au ralenti, pleine de sons chill, atmosphériques, langoureux mais qui nous ont rendu heureux, d'où qu'ils viennent, quel que soit leur style musical. Vous m'accorderiez ces 10 slows ?

Let it slow Let it slow Let it slow

 

Le premier slow, celui où la musique soudain se calme et nous laisse fébrile à l'idée d'aller inviter cet autre qui nous fait de l'œil depuis si longtemps. Cet autre, c'est Portico, anciennement Portico Quartet, groupe londonien dans lequel a longtemps sévi Nick Mulvey, désormais en carrière solo. Cet autre que l'on observait d'une oreille distante mais néanmoins admirative tant les compositions nous apparaissaient déjà comme de belles fulgurances.

Restent aujourd'hui 3 membres au combo et ceux-ci ont décidé de changer le canevas de base - jazzy et quasi intégralement instrumental avec notamment du hang - en une démarche plus électronique et d'abandonner le mot quartet pour marquer là aussi le changement. Le génial label Ninja Tunes passe par là et le fruit de ce travail de 2 ans nous arrive en pleine tronche, comme une rencontre troublante entre 2 corps qui se touchent lors d'une première danse. Moment hors du temps.

Living Fields est le premier morceau de l'album du même nom et s'ouvre par des battements de cœur. Le nôtre s'embrase. La mélodie est multiple, progressive, ingénieuse et portée par une voix tout aussi splendide appartenant à un chanteur jusqu'ici inconnu, Jono Mc Cleery. Rapide recherche sur le bonhomme qui chantera une chanson sur 2 de l'album : il est anglais (what else?) et a au moins déjà livré un album en solo nommé There Is en 2011.

La montée en apesanteur se nomme ensuite 101 et c'est cette fois Joe Newman, voix (si particulière) de Alt-J qui pose ses mots sur la compo colorée elle aussi tout comme celles de Where Are You, Bright Luck et Colour Fading. Une basse céleste complète Atacama et le pas de 2 en flottaison dans les hautes sphères se termine par la plus qu'agréable surprise de ré-entendre Jamie Woon, autre interprète electronica de classe mondiale made in UK.

Un album absolument divin du trio fait de couches multiples et d'idées ingénieuses sublimées par un casting de chanteurs absolument parfait. Freud a théorisé la théorie des pulsions, Portico en a fait la bande son. Charnelle et fiévreuse. Living Fields sort dans quelques jours et ils seront de passage à l'AB le 22 mai.

 

2) BALTHAZAR (Belgique)

Le deuxième partenaire de danse est moins exotique car local et se prénomme... Balthazar. En même temps, rien de plus anormal étant donné que lors du quart d'heure américain, ce sont les femmes qui invitent. Bref, les Courtraisiens sont donc de retour avec leur troisième album intitulé Thin Walls écrit lors de la très longue tournée pour l'album Rats et enregistré en compagnie de producteurs et d'arrangeurs de renom comme Ben Hillier (Blur, Depeche Mode) et Jason Cox (Massive Attack, Gorillaz).

Le bal s'ouvre par plusieurs titres (Decency, Night Club et les 2 singles ultra catchy, Then What et le génial Bunker) dans la veine de leur son si significatif. L'album prend ensuite une tangente rétro avec des titres comme Wait Any Longer, Last Call et So Easy avant d'atterrir avec True Love chanson chorale qui rappelle Blood Like Wine, hymne de leur premier album Applause. Brillant, comme d'hab. 

Aux Nuits Bota le 14 mai (Complet) le 26 juin à Rock Werchter et le 12 juillet aux Ardentes.

 

3) COURTNEY BARNETT (Australie)

Après ces 2 moments de joie, on aperçoit, blottie dans un coin, un joli petit brin de femme de 27 ans. Une Australienne qui murmure de sa voix lascive des morceaux emplis de spleen et de langueur grunge. Du coup en découvrant son prénom, Courtney, on se surprend à avoir déjà assimilé celui-ci à une autre demoiselle à la voix chiffonnée...

Mais Courtney Barnett, hormis quelques thématiques auto-destroy et l'ironie de certains de ses textes, n'a pas grand chose avec la chanteuse de Hole. C'est même plutôt du côté d'un Lou Reed au féminin qu'il faut lorgner à l'heure d'écouter ce brillant concentré d'ennui. C'est lent, c'est triste, c'est dépressif, mais paradoxalement empli de lumière. Comme un dimanche aprem où on s'emmerde royalement, mais où y a plein soleil.

 

4) SOKO (France)

Autre blondinette peroxydée qui nous a fait penser à Courtney Love cette semaine, Stéphanie Sokolinski alias Soko qui était de passage lundi soir à l'Orangerie du Botanique. Forte d'un très agréable troisième opus intitulé My Dreams Dictate My Reality, la jeune bordelaise a bluffé pas mal de monde en livrant une prestation convaincante.

Alternant répertoire rock gentiment garage (Who Wear the Pants ?, Ocean of Tears) avec de véritables ritournelles pleines d'amour tendre (We Might Be Dead By Tomorrow) elle a surtout impressionné par son charisme, probablement hérité de son métier parallèle d'actrice (une quinzaine de films à sa filmographie). Elle démontre également ses talents dans son dernier clip où elle imite de manière très drôle Ariel Pink.   

 

5) HANNAH COHEN (Etats-Unis)

Autre concert de la semaine, celui qui aura lieu ce soir (vendredi) dans l'intimiste Witloof Bar du Bota avec la délicieuse Hannah Cohen superbe (ex-mannequin) californienne dont les mélodies au synthé et la voix tendre ne sont pas sans rappeler l'anglaise Banks ou sa compatriote Lana Del Rey. Le côté atmosphérique et joliment plaintif y sont mais on est quand même beaucoup moins dans la mièvrerie calculée de l'interprète de Video Games.

Le slow en sa compagnie est donc plus qu'agréable et elle est même du style à nous chuchoter des mots doux à l'oreille comme Pleasure Boy qui est en fait... le titre de son deuxième album sur lequel se trouvent des jolis morceaux comme Queen of Ice, Baby ou Fake It. Ça manque d'un rien de relief pour être vraiment un grand album, mais le moment est on ne peut plus agréable.

 

6) ALAMO RACE TRACK (Hollande)

La splendide lenteur qui suit nous provient, une fois n'est pas coutume, de nos voisins hollandais. Le groupe Alamo Race Track est en effet originaire d'Amsterdam et avec leur nouvel opus, le très convaincant Hawks, ils finissent d'installer leur nom sur la carte des très belles surprises de ce début d'année. Des mélodies très fournies et travaillées, des instruments à la pelle (banjo, violons, trompettes, guitare sèche,...); on pense du coup instantanément à leurs cousins américains de Other Lives ou canadiens de Timber Timbre pour l'intensité.  

All Engines, We should Never Have Camped Here et Young Spruce & Wires ont notre préférence, mais l'album est absolument superbe. Aux Nuits Bota le 10 mai en compagnie de leur compatriote Jacco Gardner, mais avant cela au Pacrock à Pont-à-Celles le 25 avril.

 

7) ACTION BRONSON (Etats-Unis)

Une semaine qui a également été marquée par quelques sorties de hip-hop américain assez excitantes. La première en provenance de l'hilarant Arian Asllani alias Action Bronson connu autant pour son flow acéré que pour ses excellents documentaires sur la cuisine. Le hipster à la barbe rousse new-yorkais taille XXL sort cette semaine un nouvel album intitulé Mr Wonderful produit par rien moins que The Alchemist et Mark Ronson, 2 des producteurs les plus en vue outre-Atlantique.

Le bonhomme est actuellement en pleine bourre et livre quelques morceaux on ne peut plus accrocheurs (Terry, Easy Rider, City Boy Blues) faits de samples solaires assez lents, de mélodies joliment rap old school, de son flow lourd et de guitares qui fleurent bon les solos des années 80. Il a en plus le chic d'accompagner ses dires de vidéos géniales comme cette parodie d'un Prince à New York pour le titre Baby Blue.

Annoncé à l'AB le 27 septembre. Ne trainez pas...

 

8) EARL SWEATSHIRT (Etats-Unis)

Autre sortie de rap West Coast, celle beaucoup moins attendue d'un nouvel opus pour le toujours très jeune (21 ans) Earl Sweatshirt. Celui qui avait défrayé la chronique en 2013 avec l'excellent premier album Doris, a remis le couvert sans spécialement prévenir personne. I Don’t Like Shit, I Don’t Go Outside est donc arrivé par surprise et est un exemple de minimalisme plutôt très réussi.

Une rythmique chill et électronica ne dépassant pas les 80 bpm sur laquelle il pose son flow lui aussi lent et lascivement gangsta. Une petite demi-heure au ralenti et en eaux troubles.  

 

9) ALA.NI (Angleterre)

Après ces quelques danses plus viriles, nous aspirons à un peu de douceur, et en tournant le regard, nous tombons sur la fragile londonienne Ala.Ni qui s'abandonne en nos bras et nous chante la caresse sonore nommée Cherry Blossom. On ferme les yeux et on a l'impression d'entendre Marilyn dans River of No Return.

La jeune femme a sorti cette semaine un premier EP nommé You & I – Spring sur lequel on retrouve aussi Ol Fashioned Kiss. Un baiser à l'ancienne, joli programme...

 

10) ZERO TOLERANCE FOR SILENCE (Belgique)

On termine le tour de piste en compagnie de 4 carolos formant la joyeuse troupe Zero Tolerance For Silence qui ont eux aussi lâché cette semaine leur premier EP intitulé The Fall avec le très radioheadien titre du même nom illustré par un clip angoissant mais drôlement bien foutu. L'opus part dans tous les sens, de l'électronica d'Ana à la plus noisy reprise des Beach Boys Caroline No. Encore un peu jeune donc il y a ça et là des réglages à apporter, mais globalement assez déroutant et rempli de bonnes idées. À suivre.

 

Quel bonheur d'avoir dansé joue contre joue avec tous ces grands artistes.

Vivement vendredi prochain pour un nouveau tour de piste.

Belle semaine musicale à vous.

David Salomonowicz 

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