Le mot du jour: "Collaboration"

Cette prudence Jan Jambon, notre nouveau ministre de l'intérieur, semble ne pas l'avoir complètement intégrée. "Les gens qui ont collaboré avaient leurs raisons". La petite phrase dans une interview à La Libre Belgique a provoqué un tollé. Les dégâts sont internationaux : une dépêche de l'Aagence France presse a relayé ces propos dans le monde entier.

Collaboration peut avoir trois sens. Un sens usuel, le fait de travailler ensemble, je collabore à Vivacité. Un sens juridique : travailler pour un occupant, et un sens historique, qui désigne la coopération avec l'Etat nazi.

Dans le cas qui nous occupe c'est bien la période précise de 40-44 qui est visée.

La collaboration en Belgique ce sont des autorités et des individus qui coopérèrent avec le régime du IIIème Reich. La politique du moindre mal pour certain, une adhésion franche aux idées d'Hitler pour d'autres. La collaboration c'est la persécution et la déportation des juifs, 26 000 au total. Ils seront moins de 1000, moins de 1000, à revenir des camps. La collaboration c'est le départ de jeunes gens sur le front de l'Est . Deux divisions SS la division Wallonie pour les francophones, la division Langemark pour les Flamands.

En indiquant que les gens "avaient leurs raisons" Jan Jambon partage et propage une vision qui imprègne le nationalisme flamand : en gros, on a collaboré avec les Nazis parce qu'on voulait l'indépendance de la Flandre. La politique d'épuration imposée ensuite était une revanche des francophones.

Cette question de la collaboration divise la Belgique depuis longtemps. Elle repose largement sur des fantasmes. Dans les faits il y eut autant de collabos chez les francophones que chez les Flamands. Ceux qui ont collaboré l'ont bien fait parce qu'il partageait une idéologie fasciste, l'autonomie de la Flandre n'était par leur seul moteur.

Les propos de Jan Jambon sont-ils des propos révisionnistes ? Peut être pas. Mais ils sont ambigus. Cette ambiguïté revient à relativiser, à banaliser la collaboration. Dans une période où la haine de l'autre est a tout les coins de rue regretter la polémique et non pas les propos qu'on vous reproche d'avoir prononcés c'est faire pire encore. Un ministre de l'intérieur est le garant d'une force publique au service de l'état de droit. Jan Jambon est ce ministre. L'idée, même confuse, que la force publique puisse, à nouveau, être aussi mal employée nous est insupportable.

Fabrice Grosfilley

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