Immigration: les Européens renforcent ce qui n'a pas fonctionné

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Les réunions décidées sous le coup de l'émotion, y a rien de pire. Les dirigeants européens généralement ressortent de vieilles idées que l'on n'a jamais voulu adopter parce qu'elles touchaient, présomptueuses qu'elles sont, à la pseudo-souveraineté des Etats membres.

Les 28 chargent alors la pauvre Commission européenne d'étudier ces idées, alors même que la Commission les a déjà imaginées, présentées, étudiées, ré-étudiées mais soit, cela permet généralement aux dirigeants de sortir en disant que l'événement qui a provoqué ce sommet d'urgence ne se reproduira plus.
Jeudi, avec le sommet extraordinaire sur l'immigration, c'était à peu près pareil mais ... pas tout à fait.
La Commission nous a bien ressorti une vieille feuille de route de 2013 que tout le monde avait pris grand soin d'oublier dans un tiroir.

Parer au plus stressé

Parer au plus stressé c’est-à-dire renforcer leur présence en Méditerranée. L'opération de surveillance en mer Triton voit son budget tripler, ses bateaux beaucoup plus nombreux sortiront des eaux européennes pour surveiller certes, c'est leur mission, mais aussi pour venir en aide aux migrants en détresse.
La Grande-Bretagne, qui dénonçait ces opérations de sauvetage, met à la disposition de l'opération européenne l'un de ses plus gros bateaux et confirme qu'il sera chargé notamment de venir au secours des migrants. En tout, une quinzaine de bateaux supplémentaires pourraient être envoyés sur place.
Alors oui, pour une fois une réunion convoquée dans l'émotion a servi à répondre à une situation urgente sur le terrain.
Mais le sommet d'hier a surtout prouvé que les Européens ont toujours un sens de la solidarité très limité. L'Italie continuera à se débrouiller seule avec les réfugiés qui arrivent chez elle, faut croire que c'est sa faute si elle se trouve toute proche des côtes africaines.
Les Etats freinent des 4 fers quand la Commission leur propose d'aller sur place dans les camps jordaniens, libanais, turcs, chercher 10 000 réfugiés, ce qui permettrait évidemment de couper l'herbe sous le pied des passeurs.
Même refus net quand il s'agit d'appliquer une directive qu'ils ont eux-même adoptée en 2001, il prévoit une vraie solidarité européenne en cas d'afflux massif de réfugiés aux portes de l'Union européenne.
Elle n'a jamais été appliquée, plus personne même ne l'évoque.
Le plus terrible dans cette histoire c'est de se dire que si les 1000 morts s'étaient noyés par petits groupes de 10, un peu tous les jours comme c'est le cas en général, il n'y aurait pas eu plus d'émotion que cela, pas eu de sommet, pas eu même de débat. Voilà le vrai message des Européens aux passeurs "ne voyez pas trop grand, travaillez plus discrètement, limitez le nombre de morts en un jour, en une semaine, en un mois et tout ira bien" ... comme c'est le cas depuis des années.

RTBF

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