Hongrie: l'Union se réveille... ou pas.

Si j'étais Viktor Orban, je la jouerais cool, j'arrêterais les changements de constitution... pas définitivement, mais juste quelques mois. Je resterais bien discret, pépère. Le temps de me faire oublier, le temps que les européens se calment. Parce que là tout de même, le Premier ministre hongrois va peut être réussir l'exploit incroyable de relancer le débat sur les valeurs européennes et sur les moyens de les faire respecter.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, Viktor Orban n'en finit pas de modifier la constitution hongroise, il dispose de la majorité des deux tiers au parlement, ce qui lui permet d'avancer rapidement. Certains amendements changent les relations entre le pouvoir judiciaire et le politique, d'autres touchent à l'indépendance de certaines institutions de protection de la vie privée. Jusqu'à présent, les européens grognottaient, s'agaçaient un peu ou regardaient la hongrie comme un adulte regarde un enfant un peu turbulent, d'autres demandaient à la commission de s'occuper de ce caillou dans la chaussure européenne mais disait la commission, "moi je m'attaque qu'aux points de droit bien précis, il m'est difficile d'entamer une procédure pour défendre les valeurs européennes en danger".

On arrive donc à une situation absurde: si la Croatie, qui est candidate à l'Union, faisait le quart de la moitié du dixième de ce que fait la Hongrie, les Européens prendraient un air outré, dégouté et disant à Zagreb "pas de ça de chez nous, vous n'êtes pas digne de l'Union"

L'article 7 qui ne sert à rien

L'article 7 prévoit qu'un état pourrait être privé par exemple de son droit de vote lors des réunions ministérielles mais tous le disent, la procédure est longue, compliquée, tout est fait pour que cet article ne serve jamais. Sa simple existence devait suffire à se donner bonne conscience et puis les Européens pensaient naïvement qu'une fois dans l'Union, aucun pays ne remettrait en cause l'état de droit. L'Europe est désemparée face à des cas comme la Hongrie. Elle l'est d'autant plus que les états détestent se mêler des affaires de politique interne des autres. Pas par souci de discrétion mais parce qu'ils ont peur d'un jour être le pays montré du doigt, ils ne veulent pas juger la politique de leur voisin de peur qu'un jour leur voisin juge leur politique.
On pensait, et sans doute Viktor Orban le pense-t-il aussi, on pensait donc que les Européens continueraient à s'inquiéter mollement, à détourner le regard de ces dispositions hongroises polémiques. Mais Viktor Orban a remis ça, de nouveaux amendements qui cette fois réduisent les pouvoirs de la cour constitutionnelle, stigmatisent les sans-abri ou les homosexuels, alors que le Premier ministre avait promis de tenir compte de l'avis des Européens, de se calmer, de davantage consulter la société civile et l'opposition.
Pour certains, c'est clair, le Hongrois se moque de l'Union. 4 pays ont donc appelé la Commission à réfléchir à de nouveaux instruments, plus efficaces pour lutter contre les dérives dans un pays. La Commission elle-même réclame ces nouveaux instruments, le Parlement européen, à la pointe du combat contre les dispositions hongroises, exige depuis des mois une réaction ferme de l'Union.
Comme on dit dans le jargon européen, "il faut saisir le momentum", c'est à dire sauter sur l'occasion de rediscuter de ces valeurs européennes et des moyens de les défendre. Parce qu'en attendant, les dispositions sont coulées dans le marbre de la constitution hongroise et rien ne dit qu' à l'avenir la Hongrie retrouvera de sitôt la majorité des deux tiers nécessaires pour modifier à nouveau la constitution

Anne Blanpain

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