Gloire aux outsiders

Channy Leaneagh, la charismatique chanteuse de Poliça
Channy Leaneagh, la charismatique chanteuse de Poliça - © Tous droits réservés

Point de grosse sortie d'album, point de gros concert cette semaine, profitons donc de cette légère accalmie pour présenter quelques artistes moins médiatisés, mais qui méritent à coup sûr le coup d'oreille. Tour d'horizon des 10 rookies de cette fin d'année.

25 millions de dollars de promo pour le dernier album de Lady Gaga. Kanye West exhibe la poitrine de sa Kim Kardashian de fiancée dans son dernier clip et celui-ci compte déjà plus de dix millions de vues en une semaine. Loin de la vulgarité populaire et du marketing camoufleur de vide existe une kyrielle de chanteurs, groupes ou producteurs qui pointent le bout de leur musique sans grands effets d'annonce, mais avec leur immense potentiel. Rock, électro, rap, indie, musique atmosphérique, voici dix artistes à suivre en cette fin d'année 2013.

 

1) Le premier dont on vous parle est sans doute le plus "connu" des dix : Poliça groupe originaire de Minneapolis emmené par l'ultra-charismatique chanteuse Channy Leaneagh et encensé depuis deux ans tant par la critique que par des artistes confirmés comme Prince, Jay-Z ou Justin Vernon du groupe Bon Iver. Ce dernier avait adoré leur premier album Give you the Ghost et avait même déclaré au magazine Rolling Stone que c'était le meilleur groupe qu'il n'avait jamais entendu...

Le compliment s'est d'ailleurs converti en featuring vu que le chanteur a collaboré avec le groupe sur le morceau Tiff sorti en avril avec un clip sombre et percutant. Mais ce morceau n'était qu'un prequel de leur deuxième album, Shulamith, qui a vu le jour il y a un mois. Le titre de l'opus est tiré du nom d'une grande féministe canadienne Shulamith Firestone et celui-ci est un condensé d'intensité et de profondeur vocale avec des sonorités partant dans tous les sens, de la new wave au hip-hop, de l'indie à l'ambient.

Attendu au tournant après un premier bijou si bien serti de diamants (Wandering Star, Lay your cards out, Dark Star), Poliça nous remet un second chef d'oeuvre d'orfèvrerie en vitrine. Toujours emmenée par la double batterie quasi tribale, Channy, même si elle apparaît toute fragile, est une interprête incroyable, envoûtante à souhait grâce à un timbre unique et à une distorsion intrigante via un auto-tune maîtrisé.

Les effets sont donc intelligents, les atmosphères appelent au voyage et l'album est un long fleuve paisible animé de mille vagues apaisante, le tout emmené par une imagerie splendide à l'image de leur dernier clip Warrior Lord signé Isaac Gale et David Jensen. En concert à l'Ancienne Belgique le 29 janvier. Foncez...

 

2) Détour par la France pour vous présenter un artiste touche-à-tout très intéressant : Spleen. Tirant son nom d'un poème de Baudelaire, le jeune homme livre un troisième album intitulé Voices de très haute facture, résultat d'années d'expérimentations culturelles et de collaborations avec l'intelligentsia hexagonale et internationale. Depuis près de dix ans, il jongle entre cinéma, théâtre et musique et participe à des collectifs artistiques ou à des projets musicaux comme Cocorosie, Bat for Lashes, Hindy Zahra ou Pauline Croze.

Autre détail intéressant, l'homme autoproduit la plupart de ses compositions, à l'image de cet opus composé de douze titres enregistré chez lui et a cappella avec comme constante des effets de voix et des ambiances superposées. D'origine camerounaise et très imprégné par le monde anglo-saxon (un clône de Basquiat), il mélange également avec le même bonheur les langues et les influences. Une étrange mixture entre du RnB, du beatbox, du rap, de la lounge et du slam. Déconnexion garantie.

 

3) Notre énorme coup de coeur de la semaine se nomme Royal Canoe. Originaires de Winnipeg au Canada, les six membres du combo proposent une pop indie ultra-colorée teintée de mille instruments en pagaille. Un peu comme si Grizzly Bear faisait du Yeasayer remixé par Tune Yards. Leur deuxième album intitulé Today we're believers est tout simplement palpitant à écouter. Voix accrocheuse, mélodies bien construites, originalité des compositions, ça part littéralement dans tous les sens avec une cohérence redoutable.

En plus, ils agrémentent leurs productions de petits chefs d'oeuvre d'ingéniosité visuelle, à l'image de leur dernier single Birthday dont le clip fait penser à Twin peaks, mais auquel on préfère néanmoins le fantastique Bathtubs proche de l'univers de Michel Gondry. Aussi intéressants que le génie anglais Son Lux dont on vous vantait récemment les mérites. C'est dire...

 

4) Si un de vos amis vous parle de sonorités à la Björk, d'une voix à la Kate Bush et d'un charisme digne de Bat for Lashes, c'est probablement qu'il a été confronté à Glasser (de son vrai nom Cameron Mesirow) californienne exilée à New York qui a du coup pris le meilleur des influences des deux côtes. Trois ans après un premier album prometteur nommé Ring, c'est donc à Manhattan qu'elle a confectionné l'incroyable petit nouveau Interiors. Comme son nom l'indique, c'est un cheminement introspectif que la belle nous propose, à l'opposé de l'ouverture au monde qu'était son premier-né.

Mais son univers à elle est parsemé de textes subtils mis en musique avec une ingéniosité quasi théâtrale. Une voix cristalline (non loin de Feist également) au beau milieu d'une forêt tropicale de bruits exotiques. Une mission spéléo dans le cerveau d'une bidouilleuse de sons. Ca vous tente ? C'est mardi au Bota.

 

5) On reste à Big Apple, mais on prend cette fois la direction de la planète rap avec le collectif Ratking originaire de Harlem et qui, à l'instar de ses glorieux ainés, les Beastie Boys, mélange une énergie quasi punk avec des samples purement new-yorkais. Leur EP intitulé Wiki 93 sorti l'an dernier avait déjà beaucoup fait parler de lui dans la sphère et ils sont de retour avec un morceau très puissant intitulé 100 accompagné d'une vidéo très arty qui prouve que rap ne rime pas forcément avec grosses voitures, pépés dénudées et gangsta style. A suivre très attentivement.

 

6) Et si on parlait d'amour ? D'amour pur, d'amour vrai, d'amour tendre. Michael Milosh, moitié du groupe-sensation Rhye basé à Los Angeles avec qui il a sorti le très remarqué album Woman en mars et qui officie donc en solo sous le pseudo Milosh a décidé d'en faire son leitmotiv. Ultra-productif, il sort aujourd'hui Jetlag qui n'est rien d'autre qu'une sublime déclaration passionée à son épouse Alexa Nikolas, actrice migonne à souhait surtout connue pour ses rôles d'ado à la télé américaine.

Le canadien livre une plaque splendide de sincérité dans laquelle se mèlent sobrement des synthétiseurs pour l'ambiance atmosphérique, des boîtes à rythmes qui résonnent comme des coeurs et cette voix si profonde quand elle susurre des caresses à l'oreille de sa belle. C'en est presque du voyeurisme que de s'immiscer ainsi dans l'intimité d'un couple avec en fond des rires, des respirations intenses, des moments rares. Un bonheur communicatif et jouissif.

 

7) Retour au rock avec White Denim groupe texan en provenance d'un petit bastion alternatif nommé Austin perdu au beau milieu de l'Amérique profonde souvent peu friande de musique indé. Le quatuor aura mis du temps avant de définir son son, mais ce cinquième album appelé Corsicana Lemonade mélange les styles avec bonheur et sonne très américain sans la lourdeur yankee que l'on pourrait redouter.

Il y a donc à la fois du blues, de l'indie, des sonorités 70's et du rock un peu plus pêchu. On pense à un mélange entre Wilco et Deep Purple croisé avec l'apesanteur des riffs de guitare d'un Unknown Mortal Orchestra. Et ne vous fiez pas au style déjanté du clip de Pretty Green, ça reste très accessible et même furieusement agréable à l'écoute.

 

8) Emmenée par des groupes emblématiques comme Disclosure ou Rudimental, la génération de producteurs britanniques de UK garage (style de house très dansante venue d'Angleterre) s'est trouvée une nouvelle perle en la personne du duo Gorgon City. Originaires du Nord de Londres, véritable foyer de talents pour la scène électro, les deux jeunes hommes compilent les beats depuis deux ans et tournent en club en compagnie des meilleurs.

Dans le clip de Ready for your love, on les voit en studio en train de chipoter avec tous leurs instruments classiques et digitaux comme des pads ou des batteries électroniques en compagnie de MNEK, génial chanteur que l'on retrouvait déjà sur le tube Need u (100%) de Duke Dumont. Let's dance !

 

9) Echappée de ses différentes collaborations avec des groupes comme les Dum Dum Girls ou les Vivian Girls, Frankie Rose brooklynienne sur le passeport, revient en solo avec son nouvel effort studio intitulé Herein Wild. Très influencée par la new wave, il faut chercher du côté de Cure ou de Cocteau Twins pour la comparaison, mais grâce à la technologie actuelle et surtout à une voix propre, elle réinvente une dreampop accrocheuse.

Basse ultra présente, synthés, ambiance filmique, cordes et piano. C'est musical et très orchestré. Un voyage dans les années 80, sans nostalgie ni regrets. C'est à la fois moderne et subtilement retro.

 

Frankie Rose "Herein Wild"

 

10) L'électro pure est également à la fête avec la starlette russe Nina Kraviz qui sort un double EP intitulé Mr Jones un an à peine après la sortie de son premier album. La sculpturale djette est mondialement connue dans le milieu de la tech house et remixe autant qu'elle produit en compagnie des pontes de la discipline.

Autant son album éponyme était plus adapté aux clubs, autant celui-ci est sombre et plus construit pour l'écoute. C'est planant, c'est dark, c'est retro, c'est hypnotique. Laissez-vous embarquer.

 

Voilà vos oreilles rhabillées pour l'hiver ! Bonne écoute et bonne semaine.

 

David Salomonowicz

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