"Cinquante nuances de Grey" : sado, maso… dodo !

L'affiche de Cinquante Nuances de Grey
L'affiche de Cinquante Nuances de Grey - © Tous droits réservés

Soporifique. Le drame prétendument érotico-sulfureux "Fifty Shades of Grey", adapté du premier volet de la trilogie best-seller d’E.L. James, n’est ni troublant, ni excitant, juste convenu et ennuyeux. Bref, soporifique… Mais ça n’empêchera pas des millions de lectrices de se ruer dans les cinémas pour le voir cette semaine.

Fifty Shades of Grey

Petit rappel de l’intrigue : Anastasia Steele, timide étudiante en littérature anglaise et fan de "Tess d’Urberville" de Thomas Hardy, remplace au pied levé une copine pour aller interviewer Christian Grey, milliardaire de 27 ans. Ana est troublée par le jeune homme aussi séduisant que mystérieux… L’attirance est réciproque, mais Grey veut faire signer à l’étudiante un contrat avant de l’engager dans une relation ouvertement sado-masochiste : tel un Barbe-Bleue moderne, Grey a une "chambre rouge" dotée de tous les accessoires sexuels les plus sophistiqués.

On ne va pas refaire ici l’histoire de l’érotisme au cinéma. Mais s’il fallait chercher un modèle à ce "Fifty Shades…", il faut remonter à 1986 et le célèbre "Neuf semaines et demie" d’Adrian Lyne, dans lequel une femme divorcée (Kim Basinger, au sommet de sa beauté) se laissait entraîner dans des rapports pervers de soumission par un riche inconnu (Mickey Rourke, alors au sommet de son charisme).

Mais est-il encore possible, dans le prude cinéma hollywoodien de 2015, de réaliser un sulfureux "Neuf semaines et demie" ? A la vision de ce "Fifty Shades", la réponse est claire : non. Le film inspiré du roman d’E.L. James est une collection de clichés, tant esthétiques que scénaristiques. Et si Dakota Johnson (fille de Don "Miami Vice" Johnson et de Mélanie Griffith) s’en sort bien dans son rôle de pauvre innocente jeune fille romantique, le mannequin irlandais Jamie Dornan est à côté de la plaque : aucun mystère, aucun charisme, pas le moindre soupçon de perversité dans son jeu – or son rôle le réclame…

Quant aux scènes dans la fameuse "red room", censées être le point d’orgue du film, elles sont tellement inconsistantes qu’elles feraient rire – si on ne s’était pas quasi endormis entre-temps, tellement le vide abyssal de ce machin est ennuyeux. Mais comme pour "Twilight", "Fifty Shades of Grey" est un produit contre lequel la critique n’a aucune prise : déjà 75 000 spectateurs (ou plutôt spectatrices ?) ont réservé leurs places avant la sortie… CQFD.

Les merveilles

Deuxième long-métrage de la réalisatrice italienne Alice Rohrwacher, "Les merveilles" est le portrait d’une famille qui a grandi dans un petit village de campagne en Ombrie, autour d’un père apiculteur (joué par l’acteur flamand(!) Sam Louwyck). Le père, rebelle aux agressions de la modernité, veut préserver pour ses filles un mode de vie proche de la nature… Mais cette politique est mise à mal lorsque débarque dans la région l’équipe d’un jeu télévisé, "le Village des Merveilles", présenté par la très populaire Milly Catena (Monica Bellucci)…

A mi-chemin entre la fable poétique et la chronique sociale, "Les merveilles" est un petit film parfois charmant, souvent maladroit. De l’avis général, on comprenait mal qu’un film aussi fragile ait été sélectionné dans la fosse aux lions qu’est la compétition officielle du dernier Festival de Cannes… Et l’étonnement fut grand de voir "Les merveilles" obtenir le Grand Prix du Jury, soit le 2ème trophée le plus important du palmarès derrière la Palme d’Or ! Une lubie de la présidente Jane Campion pour récompenser un film de femme ? Peut-être. En tous cas, cette décision est d’autant plus aberrante que le jury a snobé des films infiniment plus aboutis comme "Timbuktu" de Sissako ou "Deux jours, une nuit" des frères Dardenne… Chaque année, le jury de Cannes a ses raisons que la raison ignore.

Un village presque parfait

Saint-Loin la Mauderne, un petit village au cœur des Pyrénées, 120 habitants à tout casser, avec un taux de chômage record depuis que la petite usine de fumage de saumon a fermé ses portes. Germain, le maire, espère obtenir des aides européennes de Bruxelles pour relancer une activité industrielle… Mais pour des questions d’assurances, il doit prouver la présence d’un médecin dans le village… Or le dernier docteur a pris sa retraite sans jamais trouver de remplaçant. Après une longue recherche, un chirurgien esthétique de Paris, obligé de se faire oublier après une grosse bêtise, accepte de venir un mois à Saint-Loin. Tout l’effort de Germain et des villageois va consister à séduire Maxime pour le convaincre de rester !

Ce scénario vous rappelle quelque chose ? Pas étonnant : "Un village presque parfait" est le remake d’une comédie québécoise intitulée "La Grande Séduction"… Eh oui, c’est une nouvelle mode dans le cinéma hexagonal : on refait en français ces films francophones "avec des drôles d’accents que les Parisiens ne comprennent pas". José Garcia avait déjà réussi à démolir "Starbuck" ; aujourd’hui c’est Didier Bourdon et Lorànt Deutsch qui aplatissent le charme sympathique du film originel pour le muer en téléfilm lourdingue.

Hugues Dayez

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