"A most violent year", la maîtrise d'un nouveau cinéaste

A Most Violent Year - l'affiche
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En 2011, J.C. Chandor se faisait remarquer avec "Margin call", tragédie aux accents shakespeariens dans le monde des traders de Wall Street. Deux ans plus tard, il montrait à Cannes "All is lost", avec Robert Redford en naufragé solitaire. Aujourd’hui, voici "A most violent year" qui confirme son talent original.

A most violent year

New York, 1981. Abel Morales, immigré latino-américain, est chef d’entreprise à Brooklyn, à la tête d’une petite société de transport de fuel. Alors qu’il contracte un prêt pour acheter de nouveaux terrains pour sa société, ses camionneurs sont agressés, ses véhicules détournés, son fuel dérobé… Abel se retrouve le couteau sur la gorge, et pourtant, il veut continuer à ne pas dépasser les limites de la légalité et surtout, ne pas céder aux pressions de la mafia locale.

"A most violent year ", sur le papier, pourrait n’être qu’un banal film de gangster. Mais comme son illustre prédécesseur Sidney Lumet, le réalisateur J.C. Chandor s’empare d’un genre cinématographique pour faire une radioscopie en profondeur de la société américaine. Son film explore the dark side of the American Dream, la face cachée du rêve américain. Il pose la question: le fantasme de la réussite à tout prix est-il réalisable sans coups bas, sans entorse à la loi, à l’aube d’une décennie, les années 80, qui a vu l’explosion du capitalisme sauvage ?

Pour soutenir son propos, Chandor a réuni une distribution brillante. Abel Morales est incarné par Oscar Isaac. Anciennement habitué aux seconds rôles, on l’a vu en vedette en chanteur folk raté dans " Inside Llewyn Davis " des frères Coen, puis en guide touristique dans " The two faces of january ". A ses côtés, dans le rôle d’Anna Morales, son épouse moins scrupuleuse, on retrouve avec plaisir Jessica Chastain, une des actrices les plus charismatiques de ces trois dernières années. Ajoutez à cela une reconstitution pleine d’ambiance du New York enneigé de 1981, et vous aurez compris que " A most violent year ", c’est du vrai, du grand cinéma.

L’interview qui tue

Un piratage informatique de Sony Pictures à l’échelon mondial, un incident diplomatique entre les USA et la Corée du Nord, une sortie du film annulée puis chahutée… "The interview", après moult péripéties, sort donc chez nous. L’idée de départ est amusante : un animateur de talk-show, parfait crétin (James Franco) et son producteur sans scrupule (Seth Rogen, également scénariste et coréalisateur du film) sont mandatés par les services secrets américains pour profiter de leur invitation en Corée du Nord pour tenter d’éliminer le dictateur Kim Jong-Un…

Le problème, c’est que les rares bonnes trouvailles maniant un humour politiquement incorrect sont rapidement noyées par des gags scatologiques de bas étage… Dommage, parce que Seth Rogen a une vraie fibre comique. Mais c’est plus un homme de sketches qu’un scénariste de long-métrage. Quant à James Franco, il est calamiteux dans le registre humoristique, ne trouvant jamais ses marques. Bref, après l’énorme buzz provoqué par ce film, on ne peut s’empêcher de penser : tout ça pour ça !

Papa ou Maman

Florence (Marina Foïs) et Vincent (Laurent Lafitte), parents de trois enfants, veulent réussir leur divorce. A l’amiable. Sans heurts. Mais la situation se corse lorsque chacun se voit proposer d’alléchantes offres professionnelles à l’étranger. Se pose alors la question cruciale : qui va s’occuper des enfants ? Florence et Vincent vont alors tout faire pour ne pas avoir leur garde, et vont essayer, chacun de leur côté, de dégoûter les enfants de vivre avec eux…

Voilà un point de départ – dû au tandem à la mode, Alexandre de la Patellière et Matthieu Delaporte, les auteurs du "Prénom" - astucieux et original. Encore faut-il savoir le développer. Or, "Papa ou maman" choisit le registre de la grosse caricature, de l’ "hénaurme". Créer des personnages veules et antipathiques pour faire rire, ça passe ou ça casse. Louis de Funès a réussi à développer le genre au-delà de toutes espérances, en créant des personnages qu’on aimait détester. Mais ici, ça coince, parce que "Papa ou maman", au départ, s’inscrit dans une ambiance réaliste, avec des personnages auxquels on doit pouvoir s’identifier. Or leurs manœuvres deviennent tellement mesquines et pénibles que l’empathie que l’on pourrait éprouver pour eux se dissipe très vite et fait place à un agacement de plus en plus prononcé pour leurs gesticulations surjouées – avec une mention spéciale pour Marina Foïs qui accumule les tics de jeu de manière horripilante. Bref, "Papa ou maman" vient grossir le catalogue des comédies françaises qui ne tiennent pas leurs promesses.

Hugues Dayez

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