Elio Di Rupo: le néerlandais "acceptable" d'un Premier ministrable?

Elio Di Rupo, nerveux mais souriant sur les ondes de la VRT ce mardi soir.
Elio Di Rupo, nerveux mais souriant sur les ondes de la VRT ce mardi soir. - © Capture d'écran RTBF / VRT.

Le formateur s'est présenté mardi soir sur le plateau de la VRT et a répondu en néerlandais aux questions qui lui étaient posées. Une grande première. Les observateurs saluent les progrès linguistiques mais soulignent qu'Elio Di Rupo devra poursuivre ses efforts s'il veut parvenir à séduire les citoyens du Nord du pays.

Mardi soir, quelques heures après avoir officiellement présenté à la presse la sixième réforme de l'Etat entouré des huit négociateurs, le formateur Elio Di Rupo s'est retrouvé seul sur le plateau du 19h de la VRT. Durant six minutes, l'homme au noeud papillon le plus célèbre du royaume a répondu, en direct et sans fiche, aux questions du présentateur Freek Braeckman. En néerlandais. Et l'événement est assez rare que pour être souligné.

Visiblement nerveux, hésitant à plusieurs reprises et bloquant sur certaines tournures de phrases, le bourgmestre de Mons a pourtant réussi son examen oral. Il faut dire que l'élève Di Rupo revient de loin. Le cancre linguistique a disparu, cédant la place à un homme qui, s'il n'est pas parfait bilingue, a au moins le mérite d'oser.

"Encore trop imparfait"

"Son néerlandais s'est amélioré durant les derniers mois", constate le chef du service politique du Morgen, Steven Samyn. "Et ça m'a surpris. Il était en direct et son néerlandais était tout à fait acceptable. Il était très bien préparé. Il ne sera jamais, je crois, un grand orateur en néerlandais mais il a atteint un niveau acceptable."

Het Laatste Nieuws, le quotidien le plus populaire en Flandre, a également salué la performance et les efforts du président socialiste, qualifiant le néerlandais d'Elio Di Rupo de "croustillant".

"Il y a une amélioration, c'est indéniable", note le politologue Dave Sinardet (Université d'Anvers). "Mais cela reste encore trop imparfait. Le niveau qu'il a atteint ne lui permet pas encore de donner des réponses aussi nuancées ou spécifiques qu'en français."

Une double "tare": francophone et socialiste

Mais une interview dans la langue de Vondel ne fait pas de vous un Premier ministrable accepté de tous les citoyens du nord du Royaume.

"Je crois qu'il devient de plus en plus acceptable mais il y a quand même une grande partie des Flamands qui trouvent que c'est quand même étrange d'avoir un Premier ministre francophone", glissait ce mercredi matin Steven Samyn sur les ondes de La Première. "Parce qu'il est francophone et parce qu'il y a pas mal de gens qui croient que ce ne sera pas le PS qui va changer le pays."

"C'est vrai qu'il existe des Flamands qui ne sont pas très enthousiastes à l'idée d'avoir un Premier ministre francophone mais, je vous rassure, il y en a bien d'autres pour qui voir Elio Di Rupo au 16 ne pose aucun problème", tempère Dave Sinardet. "On sait qu'une fois en poste, Elio Di Rupo pourrait encore évoluer. Rappelez-vous les débuts chahutés de Guy Verhofstadt et les nombreuses critiques francophones lorsqu'il est devenu Premier ministre..."

Une interview riche en symboles

Après avoir engrangé plusieurs accords "historiques", Elio Di Rupo semble donc prêt à ranger son habit de formateur pour revêtir son costume de Premier ministre.

"Choisir de s'exprimer sur la VRT en direct et en néerlandais après avoir présenté une réforme de l'Etat voulue, à la base, par le monde politique flamand, c'est évidemment très symbolique", analyse encore l'universitaire anversois. "Une interview comme celle-là ne peut que lui être bénéfique. Mais pour certains Flamands, Elio Di Rupo reste avant tout le président du Parti Socialiste francophone, avec toutes les connotations négatives que cela implique. On peut supposer que ce genre d'intervention sur les plateaux de télévision va faire comprendre aux Flamands qu'il est prêt à s'investir dans un nouveau rôle."

PIAB

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