"Une part significative de musulmans": 50 plaintes déposées contre Jan Jambon

Le nombre est sans doute un peu décevant aux yeux des organisateurs, mais ils ne le diront pas, insistant forcément sur l'aspect symbolique de la chose. Ce vendredi après-midi, réunis en ordre dispersé, ils n'étaient en effet qu'une trentaine de citoyens - un bien petit rassemblement au pied du Monument national à l'Infanterie belge, sur la place Poelaert face au Palais de Justice. Une trentaine de personnes réunies notamment à l'appel du MRAX, le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie. Hommes, femmes, deux ou trois enfants. Musulmans et non musulmans insistent les mêmes organisateurs. Mobilisés donc pour déposer plainte contre le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA).

Plaintes après qu'il ait déclaré le 16 avril, dans De Standaard, sur Twitter et aux micros des médias, qu'après les attentats de Bruxelles "une part significative de musulmans" s'étaient réjouis et "avaient dansé". Des propos qu'il avait confirmés face au Parlement, sans citer cependant aucun fait concret : limité sauf preuve du contraire à quelques personnes appréhendées à Bruxelles après les attentats, de surcroît relâchées faute de preuve...

"Pas considérées comme une incitation à la haine au sens de la loi"

Des propos qui ont choqué dans la communauté musulmane et en dehors. Le Mouvement X d'Abou Jahjah avait déjà annoncé une plainte. Le Collectif Contre l'Islamophobie en Belgique (CCIB) avait annoncé étudier cette possibilité, demandant l'avis d'Unia, le centre interfédéral pour l'Égalité des chances. Unia qui avait finalement renoncé "même si ces déclarations peuvent être vues comme moralement condamnables", avait estimé son co-directeur, Patrick Charlier. "Ces déclarations ne sont pas considérées comme une incitation à la haine au sens de la loi. Notre législation ne condamne donc pas ce genre de propos", avait-il expliqué.

Le MRAX, lui, choisissait la voie judiciaire. Et se disait prêt à soutenir toute initiative citoyenne en ce sens et notamment celui d'un collectif musulman. D'où l'appel au dépôt de plaintes et la (finalement faible) mobilisation du jour place Poelaert. Au final, ce sont 50 plaintes papier qui ont été déposées entre les mains du procureur du Roi sur base des articles 443-444 du code pénal – calomnie et diffamation avec la circonstance aggravante visée à l'article 453 bis lorsque le mobile du délit est la haine, le mépris, ou l'hostilité à l'égard d'une personne en raison de sa conviction religieuse – et de l'article 22 de la loi du 10 mai 2007 tendant à lutter contre certaines formes de discrimination – incitation à la haine ou à la violence à l'égard d'un groupe, d'une communauté ou de leurs membres, en raison de ses convictions religieuses.

Reste à voir ce que deviendront ces plaintes. L'espoir des organisateurs : "Que Jan Jambon soit contraint un jour de s'expliquer sur ses propos qui ont divisé les communautés dans notre pays, musulmans comme non musulmans. Tout le monde signe la plainte ici. Il fallait marquer le coup et dire ça suffit, après ce qu'a dit Jan Jambon"explique Marie-Pierre de Buisseret, avocate d'un collectif de plaignants musulmans. "Surtout qu'il n'est pas le seul dans son parti à avoir tenu des propos racistes. Il y a quelques semaines, pour rappel, c'est contre le président de la N-VA, Bart de Wever, que le MRAX déjà déposait plainte pour incitation à la haine après qu'il ait pointé la communauté berbère. Ça ne va pas..."

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