Rentrée du gouvernement fédéral: remettre de l'ordre dans la classe

Ça commençait très fort : à l'entrée du conseil des ministres, ce vendredi matin, Kris Peeters (CD&V) lançait : "Il faut de la confiance et de la loyauté pour gouverner". Allusion non voilée à ses suspicions de fuites malveillantes. Il ciblait comme auteur Alexander De Croo (Open VLD), durant des négociations sur le tax shift, le glissement fiscal. A l'issue du conseil des ministres, le gouvernement a tenté de resserrer les rangs, par une communication bien orchestrée.

"La confiance est là. Le projet de ce gouvernement est un beau projet". Incantation entonnée par les protagonistes du conflit. Cachez-moi ce manque de confiance derrière l'action : migrants, sécurité, tax shift... L'équipe du gouvernement fédéral a commencé par énumérer les décisions du jour. La com' du jour est donc "C'est une coalition qui travaille", mot cher au Premier ministre MR Charles Michel.

Le "cadeau" de Bart De Wever

Mais les journalistes présents dans la salle ne se sont pas contentés de si peu. Questions sur la confiance, mais aussi sur le petit "cadeau" de communication de Bart De Wever, l'avant-veille, à l'émission "Terzake" de la VRT. Il souhaitait modifier le statut du réfugié. "Dès que quelqu'un est reconnu comme réfugié, il reçoit une indemnité, peut demander une habitation sociale et reçoit des allocations familiales. C'est difficilement explicable aux gens qui ont contribué toute leur vie au système", expliquait Bart De Wever. Il concluait : "Je pense donc qu'il faut penser à un statut spécial pour les réfugiés reconnus".

Après la tornade de réactions politiques indignées de l'opposition, la question a été retournée au gouvernement fédéral : est-ce dans ses intentions ? Le N-VA Théo Francken, en charge de l'asile, a précisé que les demandeurs d'asile ne recevaient qu'une aide matérielle et pas financière et que celle-ci n'arrivait que lorsqu'ils étaient reconnus réfugiés. Quant aux propos de Bart De Wever, le président de la N-VA, Charles Michel les a relégués dans l'enceinte de la N-VA, comme si l'entité "gouvernement fédéral" était imperméable : "C'est autour de la table que chaque parti peut défendre un point de vue sur tous les dossiers. On communique quand il y a des décisions, ni plus, ni moins".

Main de fer

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) a ajouté : "On a entendu l'opinion de notre président. Les discussions du gouvernement ne sont pas la copie d'un programme politique". 

Théo Francken a tout de même remis un peu de main de fer dans ce gant de velours : la migration, c'est aussi la question du retour au pays d'origine. "volontaire si possible, forcé si nécessaire". Il a définit en substance l'adage du gouvernement : "doux pour les personnes vulnérables, ferme pour ceux qui abusent du système". Que les électeurs déçus de la N-VA soient rassurés...

Cap à droite

L'incident est clos, donc ? Ce n'est pas la première fois que Bart De Wever livre au moment le plus opportun (pour son parti, mais pas pour le gouvernement) la pensée de la N-VA, mais cette fois, sa communication, comparée à celle de Théo Francken, avait un côté "bon flic, mauvais flic". Là où notre Kroll national caricature le secrétaire d’État transfiguré en Abbé Pierre, créant des places pour les migrants, De Wever remettait le cap à droite, histoire de rassurer un électorat agacé par tant de mansuétude. 

Le CD&V a obtenu de quoi adoucir ses griefs : le fait de ne pas faire payer deux fois aux ménages (une fois par la TVA, une fois par l'impact sur le pouvoir d'achat, via l'index) l'augmentation de la TVA sur l'électricité. C'est donc parti pour une nouvelle année 2015-2016, la deuxième, de ce gouvernement fédéral. Nul doute qu'il faudra encore de bons communicants, pour masquer les différends, derrière l'action.

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