Réforme des pensions: "Une volonté de remettre les chômeurs au travail"

Daniel Bacquelaine invité de Matin Première ce mercredi 6 septembre 2017.
Daniel Bacquelaine invité de Matin Première ce mercredi 6 septembre 2017. - © RTBF

À quelle sauce vont être mangés les chômeurs et leur pension ? C'est la question qui agite le monde politique, notamment au nord du pays, en ce début de semaine. 

Dimanche, le président du sp.a John Crombez a accusé le gouvernement fédéral de vouloir faire perdre quelque 140 euros par mois aux chômeurs de plus de 50 ans. Déclaration suivie d'un vif démenti de la présidente de l'Open Vld Gwendolyn Rutten.

Invité de Matin Première ce mercredi, le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine (MR) est venu ôter tout doute autour de sa réforme. Une bonne fois pour toute.

"Une version élargie d'une réforme du gouvernement Di Rupo"

Sur la philosophie – qu'il assume –, le libéral réaffirme clairement: ceux qui travaillent plus longtemps doivent toucher une meilleure pension. Et, à l'inverse, ceux qui n'ont pas travaillé tout le temps doivent toucher moins.

"Aujourd'hui, on discute du principe: la revalorisation du travail. On va par exemple supprimer l'unité de carrière pour faire en sorte que les gens qui travaillent de 18 à 65 ans aient une pension supérieure à celle qu'ils ont aujourd'hui. Parce qu'aujourd'hui, à partir de 63 ans, on continue à cotiser sans aucun droit de pension."

Ce qui est aujourd'hui prévu, dit-il, c'est une version élargie de la "réforme du gouvernement Di Rupo qui a fait en sorte que la troisième période de chômage (après 48 mois de chômage, ndlr) génère des droits de pension qui soient basés sur un salaire forfaitaire et non pas sur le dernier salaire".

"C'est un principe d'égalité. Ce salaire forfaitaire, c'est le même pour tous: 2000 euros brut. On étend cette réforme à la deuxième période (au-delà de 12 mois de chômage, ndlr) aujourd'hui", résume Daniel Bacquelaine.

Les 140 euros bruts de perte évoqués par John Crombez concernent en fait des travailleurs qui, dans le cadre de leur dernier emploi, ont touché un salaire supérieur au plafond de 54 648 euros par an et sont restés sans interruption au chômage complet en 2ème et 3ème période, pendant au moins 4 ans.

Des dispositions et dérogations sont prévues

"John Crombez a considéré que l'arrêté royal tel qu'il est aujourd'hui n'aurait aucune disposition transitoire. Or, on n'a jamais travaillé comme ça. Ces dispositions transitoires, les dérogations éventuelles n'ont pas encore été complètement délibérées."

"À l'issue du Conseil d'État, le projet sera remis sur la table du conseil des ministres et, bien entendu, il y aura des périodes de transition: cela va concerner les nouveaux entrants, telle ou telle catégorie de personnes… Ce n'est pas définitif. Moi, j'essaye de travailler dans le calme", commente Daniel Bacquelaine.

Sur le timing, on est également en droit de se poser la question: pourquoi ce projet a-t-il été reporté ? Lors du bouclage du précédent budget, en 2016, le gouvernement avait évoqué une entrée en vigueur en 2018. Et en juillet dernier, la date avait déjà changé : ce sera le 1er janvier 2019.

Est-ce un signe de blocages internes à la majorité ? Ou d'une réforme encore bien inaboutie ? "Non, l'objectif est de conjuguer son entrée en vigueur avec le projet de loi sur la pénibilité. Il y a un lien. En même temps que l'on veut revaloriser le travail, on souhaite que ceux qui ont travaillé le plus dur, ceux qui ont un métier pénible, difficile, aient une pension supérieure ou puissent partir plus tôt à la pension. C'est une philosophie d'ensemble."

Traque des chômeurs ?

Néanmoins, la polémique gronde. Derrière ce symbole des 140 euros, certains voient aussi une nouvelle mesure sévère à l'encontre des chômeurs, une traque qui continue.

"Au contraire, rétorque Daniel Bacquelaine, il y a une volonté de remettre les chômeurs au travail. Il s'agit de rompre avec une certaine fatalité qui prétendrait que la Belgique devrait avoir un taux de chômage plus élevé que ses voisins. Je ne suis pas d'accord avec ça. Le gouvernement wallon maintenant n'est pas d'accord non plus. Nous ne voulons pas sanctionner les chômeurs, nous voulons valoriser les travailleurs."

"La gauche sanctionne le travail. Nous, nous voulons le valoriser. C'est une différence d'approche", assène-t-il encore.

La pension à points arrivera plus tôt que prévu

Ces mesures sont pensées sur fond d'une pension à points fixée à 67 ans. L'application de cette réforme est prévue pour 2030, avec une étape intermédiaire à 66 ans en 2025. Mais, annonce Daniel Bacquelaine, le système à points arrivera plus tôt que prévu.

"On va avancer l'application de la pension à points, puisqu'elle était initialement prévue en 2030 : on va la faire entrer en vigueur en 2025."

"C'est important de renforcer très vite le lien entre le travail et la pension. Faire en sorte que la pension soit le meilleur reflet de la carrière. D'autant que les gens ont des carrières mixtes – indépendants, fonctionnaires, salariés (successivement ou simultanément). Il faut donc un système uniforme qui permet de synthétiser l'ensemble de la carrière."

"Tous les points accumulés durant sa carrière seront valorisés. On va renforcer le lien entre la pension et le travail. On va faire en sorte que chaque euro cotisé soit valorisé dans le cadre de la pension à points."

Le point, variable d'ajustement budgétaire ?

La pension à points, les syndicats n'en veulent pas non plus. Leur crainte, c'est de voir la valeur de ces points devenir une variable d'ajustement budgétaire, un moyen rapide et efficace qui permettrait au fédéral de payer moins si la conjoncture est mauvaise.

Le ministre des Pensions balaie: "C'est inexact. Très clairement, la valeur du point ne diminuera jamais. Tout ce qui peut arriver, c'est que la valeur du point augmente en fonction de la croissance économique, en fonction d'une évolution favorable sur le plan socio-économique. C'est cela qui est prévu dans la note d'orientation que j'ai déposée devant le Comité national des pensions."

"Ce serait absurde dans un pays qui compte 2,4 millions de pensionnés de diminuer leur pouvoir d'achat, ce serait casser la croissance économique, la relance et la possibilité de générer de la prospérité dans notre société", conclut Daniel Bacquelaine.

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