"Rage taxatoire, injuste, inefficace": l'opposition fusille le tax shift

Les partis d'opposition critiquent l'accord gouvernemental sur le tax shift
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Les partis d'opposition critiquent l'accord gouvernemental sur le tax shift - © Archive VIRGINIE LEFOUR - BELGA

cdH : "Rage taxatoire"

Le cdH juge que les mesures budgétaires confirmées par le gouvernement Michel vont dans le sens contraire d'un retour à la confiance des ménages, des entreprises et des indépendants, et pour créer de l'emploi.

Ce parti pointe en particulier la hausse à 21% de la TVA sur l'électricité, alors que le centre démocrate Humaniste "avait obtenu, de haute lutte, cette avancée majeure (ndlr: la baisse à 6%) sous la précédente législature".

Selon le cdH, cette hausse de 15% vient s'ajouter à la soumission des intercommunales à l'impôt des sociétés qui fera également grimper la facture énergétique de 3 à 4%.

"Selon les premières informations, le gouvernement poursuivra sa rage taxatoire envers les ménages avec des taxes sur les sodas, et le diesel", ajoute le cdH, pour qui les petites et moyennes entreprises attendront encore pour une réforme de l'impôt des sociétés et des intérêts notionnels qui ne semble pas à l'ordre du jour.

PS : "Profondément injuste"

Jamais un gouvernement n'avait autant attaqué le pouvoir d'achat de la classe moyenne et des plus défavorisés, déplore le président du PS Elio Di Rupo, à l'annonce de l'accord du gouvernement sur le contrôle budgétaire. "Après le saut d'index, après l'augmentation des impôts pour les pensionnés, après la suppression du bonus de pension, après la hausse du coût des consultations chez le médecin spécialiste, le gouvernement MR N-VA augmente un grand nombre de taxes sur la consommation", commente le président du PS.

Pour Elio Di Rupo, "une augmentation de la TVA est profondément injuste. Proportionnellement à ses revenus, un pensionné ou un petit salarié paie plus de taxes qu'un millionnaire".

Au passage, Elio Di Rupo qualifie de "totalement fausse" l'analyse du gouvernement selon lequel la diminution de la TVA sur l'électricité à 6% a coûté 500 millions de plus que prévu. Selon le chef de file socialiste, la mesure a coûté seulement 24 millions de plus que prévu sur deux ans, ce qui est marginal par rapport du coût de la mesure.

L'augmentation des accises sur le diesel est également une mesure inacceptable pour le PS, car de nombreuses personnes utilisent leur voiture pour aller travailler parce qu'elles n'ont pas d'autre choix.

Aux yeux du président du PS, le fait d'invoquer, dans le chef du gouvernement Michel, la santé ou l'environnement pour justifier de nouvelles taxes est trompeur car le but de ce type de taxe est de décourager les comportements nocifs et donc, à terme, de ne plus rien rapporter.

Enfin, le PS se réjouit que le gouvernement ait décidé d'une taxe sur la spéculation et d'une hausse du précompte mobilier. "Mais c'est bien trop faible. Si le gouvernement avait mis en place une véritable taxation des plus-values boursières et un impôt sur la fortune, il aurait pu éviter les autres taxes qui touchent durement l'ensemble des citoyens", conclut-il.

Ecolo : poudre aux yeux

Nous sommes très loin d'une réforme qui rétablisse la justice fiscale et assure la transition vers une société plus durable. Le gouvernement de Charles Michel ne fait que redonner d'une main une partie de ce qui a été pris de l'autre, commentent les coprésidents d'Ecolo, Zakia Khattabi et Patrick Dupriez.

Pour les Verts, le gouvernement fédéral a abouti à un accord budgétaire et fiscal qui n'a rien de la révolution annoncée mais procède plutôt d'une nouvelle opération de communication, ne faisant que redonner d'une main une partie de ce qui a été pris de l'autre.

Aux yeux des écologistes, que ce soit en effet sur le plan environnemental, de justice fiscale ou de création d'emploi, cette réforme s'apparente largement à de la poudre aux yeux.

Ainsi, la hausse de la TVA sur l'électricité touchera tous les revenus indistinctement, tandis qu'aucune mesure incitative, telle qu'un soutien aux investissements dans les économies d'énergie, n'est prévue; la hausse des accises sur le diesel s'accompagne d'un désinvestissement d'ampleur de la SNCB; et le soutien envers les plus bas revenus s'accompagne d'un saut d'index et ne prévoit aucun financement alternatif pour la sécurité sociale, annonçant pour demain de nouvelles mesures douloureuses au détriment des plus fragiles.

Pour les coprésidents d'Ecolo, "le gouvernement fédéral vient de rater un rendez-vous important. L'occasion était pourtant sur la table pour mettre en œuvre une réforme fiscale qui garantisse la justice fiscale, soutienne l'économie réelle et locale et favorise les modes de production et de consommation moins polluants et/ou moins nocifs pour la santé. Au lieu de cela, la fiscalité environnementale est dévoyée, transformée en variable d'ajustement budgétaire, alors qu'elle devait servir à orienter la société vers plus de respect de la planète et de la santé".

FDF : "Une illusion"

Le président des FDF, Olivier Maingain, critique à son tour le tax shift : "La réforme fiscale n'est certaine qu'en ce qui concerne l'augmentation des taxes : TVA sur l'électricité, accises sur le diesel, les alcools, le tabac, précompte mobilier". Cela porte directement atteinte au pouvoir d'achat des citoyens, dit-il.

En revanche, "une réelle diminution de l'impôt sur les revenus du travail, et particulièrement sur les revenus des classes moyennes, est loin d'être acquise. D'abord, parce que la négociation doit encore intervenir avec les Régions, ensuite, parce que les montants budgétaires affectés à cette diminution sont insignifiants et ne pourront pas garantir à un grand nombre de contribuables une réelle baisse de la fiscalité sur les revenus du travail" constate-t-il.

Le "gouvernement De Wever-Michel ne s'est pas engagé sur la voie d'une réelle simplification fiscale sur les revenus du travail, car il ne revoit pas la progressivité de l'impôt pour éviter que les revenus faibles ou moyens soient taxés à des taux prohibitifs" poursuit-il.

Par ailleurs, Olivier Maingain regrette que le gouvernement ait "complètement abandonné une réforme de l'impôt des sociétés au profit des PME, pourtant principale créatrices d'emploi dans notre pays".

PTB : un glissement des revenus du travail vers le capital

Le PTB dénonce ce qu'il considère comme un glissement de revenus des travailleurs via les taxes sur la consommation, pour alimenter le capital, une opération qui se profile selon lui à travers les mesures budgétaires et fiscales prises par le gouvernement fédéral.

"Le gouvernement accorde encore une fois un énorme cadeau - deux milliards d'euros - au patronat sous forme de réduction générales des charges sociales, dont le taux nominal passe de 33 à 25 % à partir de 2016. À cela s'ajoutent encore des réductions spécifiques, comme pour le travail de nuit et de week-end", commente le député PTB Raoul Hedebouw.

Selon le PTB, les charges sociales, c'est le salaire indirect des travailleurs. Il s'agit d'une ponction sur les revenus des salariés, qui toucheront moins s'ils sont malades, s'ils perdent leur emploi ou lorsqu'ils seront pensionnés. Pour le Parti du Travail de Belgique, il faut des mesures fiscales pour "prendre l'argent où il se trouve vraiment: en taxant les grands patrimoines, les grands sociétés, les secteurs monopolistiques et parasitaires (comme les banques et l'énergie), la grande fraude fiscale pour financer les besoins sociaux criants et la création d'emplois publics. A contrario, les nouvelles recettes fiscales (taxes sur l'alcool, le tabac, le diesel, les sodas, l'électricité) sont des plus classiques et particulièrement antisociales".

De plus, le gouvernement reprend la technique des taxes alibis en appliquant des taxes au nom de la santé et de l'environnement, mais sans effet dissuasif sur le comportement de la population. Le PTB estime également que le relèvement de la TVA sur l'électricité de 6 à 21 % coûtera 700 millions d'euros aux ménages. À ces mesures fiscales s'ajoutent, d'après lui, de nouvelles coupes dans les services publics, pour 700 millions d'euros, aux dépens des services au public, de l'emploi, et des travailleurs des services publics, toujours moins nombreux. En visant le capital spéculatif, la coalition dirigée par Charles Michel vise clairement une mesure symbolique a encore regretté le PTB.

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