"On assiste à un drame, on fragilise les capacités de la Belgique à performer"

"On assiste à un drame, on fragilise les capacités de la Belgique à performer"
"On assiste à un drame, on fragilise les capacités de la Belgique à performer" - © ERIC LALMAND - BELGA

Alors que le conseil des ministres a inscrit à son agenda de jeudi la suppression du service public fédéral de programmation Politique scientifique, Bertrand Henne recevait ce jeudi matin au micro de Matin Prem1ère Philippe Mettens (PS), peut-être le dernier patron de BELSPO, la politique scientifique fédérale.

Quelles conséquences cette décision gouvernementale aura-t-elle pour les chercheurs? Quelle conséquences pour le rayonnement scientifique de la Belgique?

Evincé il y a un an par le gouvernement Michel de son poste de patron de la politique scientifique fédérale, celui qui est également bourgmestre de Flobecq vient de remporter son recours devant le conseil d’Etat et devrait donc être reconduit dans ses fonctions. Une situation ubuesque puisque la politique scientifique fédérale pourrait être enterrée dans les prochains mois.    

Cette dimension fédérale permet une articulation au niveau international

Fini les musées fédéraux, l’agence spatiale belge, place à l’interfédéral, aux entités autonomes, aux "clusters". Des termes alambiqués pour beaucoup, symptômes de l’évolution d’une Belgique de plus en plus éclatée ? Philippe Mettens le pense: " La politique scientifique belge, c’est le radeau de la méduse a dit l’avocat de l’Etat lors de l’audience devant le conseil d’Etat. On assiste à un drame dont on ne mesure pas les conséquences, on fragilise les capacités de la Belgique à performer."

La recette a pourtant été appliquée avec plus ou moins de succès à d’autres domaines comme le commerce. Alors, véritable réticence à l’évolution ou réel repli scientifique contre-productif ?  "Laurence Bibot a donné la réponse lors de son café-serré. Elle a expliqué que ce morcellement, cette atomisation est contre-productive. On est allé trop loin dans la réforme de l’Etat. Car s’il y a bien des domaines où il faut y avoir de la coopération, des échanges et une coordination, c’est bien celui de la recherche. D’autant que la Belgique reste un tout petit pays au niveau de la recherche. L’exemple du spatial est flagrant, cette dimension fédérale permet une articulation au niveau international", explique un Philippe Mettens presque dépité.

La N-VA propose un modèle qui n’est soutenu par personne, même pas par le MR

En Wallonie aussi, cela gronde. L’Union wallonne des entreprises s’inquiète de cette " régionalisation " car des fleurons du spatial comme Techspace Aero, la SONACA ou la SABCA risquent d’être fragilisés sur les marchés, européens notamment, par cette dispersion des fonds.

De là à parler de manœuvre visant à déforcer la Wallonie tout en allouant plus de moyens in fine à la Flandre, il n’y a qu’un pas, que Philippe Mettens n’hésite pas à franchir : "Je ne suis pas distrait au point d’oublier que c’est la N-VA qui dirige ce département, que c’est elle qui propose un modèle qui n’est soutenu par personne, même pas par le MR. Car lorsque Sabine Laruelle(MR) était en charge de la politique scientifique dans le gouvernement Leterme, elle allait dans le sens d’un renforcement."

Les libéraux auraient-ils changé leur fusil d’épaule pour suivre la politique de déconstruction fédérale de la N-VA ? Réponse ce jeudi au gouvernement puisque des discussions sont prévues à ce sujet. 

Quant aux musées Royaux d’Art et d’Histoire, des Beaux-Arts, de l’Afrique à Tervuren et autres, ils n’accueillent pas cette future autonomie de manière très sereine. "Les difficultés engendrées par les économies auxquelles ces musées sont soumis ne peuvent être contournées qu’à travers une collaboration étroite. Tout le monde a encore en tête ces seaux d’eau qui recueillent la pluie aux musées royaux des Beaux-Arts. Et personne n’a pu démontrer la valeur ajoutée d’une politique interfédérale. Cela générera d’ailleurs une augmentation des coûts."

La N-VA a rappelé qu’elle ne comptait pas collaborer avec le projet de musée bruxellois d'Art moderne

À cela s’oppose le désir de certaines entités de développer leur propre politique culturelle. L’exemple du musée d’Art moderne souhaité par la Région bruxelloise sur le site Citroën, en collaboration avec Paris, est d’ailleurs symptomatique de cette logique vers laquelle s’oriente la Belgique.

"Quelle folie a pu conduire un gouvernement à mépriser le patrimoine de l’Art moderne qui figure dans les musées royaux fédéraux pour aller constituer une entité distincte, alimentée par le Centre Pompidou. Et la N-VA, via madame Sleurs, a rappelé qu’elle ne comptait pas collaborer avec le projet bruxellois. Pour un Japonais, ou un Chinois qui vient à Bruxelles ce morcellement n’a aucun sens." Un cloisonnement contre-productif donc, à la faveur d’un épuisement des compétences du Fédéral, en particulier celles liées à la Culture et à la Recherche.   

Et Philippe Mettens n’est pas optimiste lorsqu’il parle du futur de la politique scientifique. D’autant que la secrétaire d’Etat en charge de cette matière, Elke Sleurs (N-VA), ne semble pas encline à accepter l’arrêt du Conseil d’Etat qui reconduit Philippe LMettens dans ses fonctions de directeur de BELSPO. " Mes avocats et moi allons poser des actes pour que le processus arrive à son terme. Pour moi c’est une question de fond, l’avenir de la politique scientifique est un domaine dans lequel je me suis investi pendant 15 ans. "

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