Manifestation nationale: que demandent les syndicats?

Le 7 octobre 2015, une manifestation nationale avait rassemblé 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles.
Le 7 octobre 2015, une manifestation nationale avait rassemblé 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles. - © Tous droits réservés

Ce mardi 24 mai sera marqué, à Bruxelles, par une manifestation nationale à l’appel de tous les syndicats. "La coupe est pleine", peut-on lire sur le tract publié conjointement par la FGTB, la CSC et la CGSLB. Mais pleine de quoi exactement ? Retour sur les principales revendications syndicales et le contexte de cette manifestation.

"Nous en avons plus qu’assez des attaques permanentes du gouvernement et des employeurs qui visent l’argent et les droits des travailleurs", continue l'appel à la manifestation. Ce qui menace les droits des travailleurs, pour les syndicats, c’est notamment la loi Peeters, destinée à rendre plus flexible la répartition du temps de travail. Et ce qui menace leur argent, ce sont entre autres les coupes budgétaires opérées dans les services publics et dans l’enseignement.

"Les jobs, jobs, jobs se font attendre", dénonce le front commun, "tout comme une concertation sociale digne de ce nom".

Le projet de réforme du droit du travail du ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) cristallise la colère des syndicats. Un projet qui prévoit une répartition plus flexible du temps de travail, avec l’annualisation du temps de travail, la fin de la semaine des 38 heures et de nouvelles mesures sur les heures supplémentaires.

"Accroître encore la flexibilité n’est pas tenable. La semaine des 38 heures n’est pas négociable. Fini les manigances des gouvernements et des employeurs !", scandent les syndicats dans leur tract commun. Leur slogan : "On n’est pas des élastiques". Ils ne nient pas l'importance de la flexibilité, mais sa généralisation et son caractère obligatoire leur posent problème.

Illustration ce lundi matin devant les bureaux du SPF Emploi, où des manifestants de la FGTB étaient rassemblés pour poser la question "Qui va garder les enfants ?". À l'avenir, les travailleurs à temps partiel pourraient être sollicités seulement 24 heures avant une prestation. "C'est ingérable dans une vie quotidienne, il ne faut pas prendre les gens pour des Kleenex ou des pions qu'on distribue", "c'est un gros problème pour la conciliation du travail et de la vie privée", expliquaient deux manifestantes.

Le 1er mai 2016, Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, avait déjà déclaré sur le plateau des Décodeurs RTBF que cette réforme allait "conduire très simplement à renvoyer, majoritairement, des femmes à la maison". Même écho du côté de Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB : "On va créer un fossé au niveau du genre".

Les syndicats dénoncent également les coupes budgétaires opérées dans les budgets des services publics et de l'enseignement. 

Ces revendications font écho à plusieurs combats qui font l'actualité : celui des gardiens de prisons, en grève depuis 28 jours, et celui des magistrats, qui menacent de durcir leurs actions syndicales au mois de juin. En cause, la diminution des moyens et du personnel alloués à ces secteurs. Le front commun appelle de ses vœux des services publics "forts, de qualité" et "au service de tous", estimant qu’"une diminution des services publics renforce le pouvoir des plus forts, de ceux qui en ont les moyens".

Ce lundi après-midi, dans le dossier des prisons, les syndicats rencontraient le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) pour un 10ème round de négociations. Sans trop d'espoir : "J'ai le sentiment d'y aller pour rien", confiait un syndicaliste. Car chacun campe sur ses positions et la crise s'enlise. Avec des conséquences financières pour l'État, puisque des prisonniers ont dénoncé leurs conditions de détention devant les tribunaux et ont gagné. Rien que pour les 61 détenus d'Ittre et de Nivelles, le montant des astreintes que l'État est condamné à payer s’élève à 197 000 euros.

En toile de fond, ce que dénoncent les syndicats, c'est la politique économique et sociale du gouvernement Michel, et leur sentiment de ne pas être entendus. 

Fin avril, les syndicats adressaient un courrier à Kris Peeters et au Premier ministre Charles Michel : "Votre volonté est aujourd’hui de court-circuiter la concertation sociale", écrivaient-ils. Et d'ajouter : "Nous n’entendons pas nous laisser entraîner dans un semblant de concertation qui, même lorsqu’un accord unanime intervient entre les interlocuteurs sociaux, n’est pas respecté par le gouvernement qui considère décider seul".

Face à ce qu'il qualifie de "politique antisociale du gouvernement", le front commun propose des alternatives. Énoncées dans l'appel à la manifestation, elles concernent l’emploi, le pouvoir d’achat, les pensions, la fiscalité, la sécurité sociale… On y trouve notamment la réduction collective du temps de travail, le rétablissement de l’âge de la pension légale à 65 ans, ou encore la prise en compte de la pénibilité du travail dans le calcul de l’âge de la pension.

50 000 manifestants sont attendus pour défiler dans le centre-ville de Bruxelles ce mardi 24 mai.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK