Laurette Onkelinx: "Nous ne pouvons pas transformer notre pays en panic room"

La cheffe de file PS à la Chambre, Laurette Onkelinx ce jeudi 26 novembre 2015 à Bruxelles.
La cheffe de file PS à la Chambre, Laurette Onkelinx ce jeudi 26 novembre 2015 à Bruxelles. - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Malgré le contexte, et dans le cadre d'une unité nationale de fait, Laurette Onkelinx, cheffe de file PS à la Chambre, n'a pas manqué d'égratigner le gouvernement fédéral sur quelques points dans sa gestion de la menace terroriste actuelle. En particulier en termes de communication et d'informations à la population.

"Il faut évidemment prendre la menace au sérieux: nous ne pouvons pas mettre la population en danger, nous avons tous le droit de vivre ici, libre et en sécurité. Ça, c'est une évidence. Mais, dans le même temps, nous ne pouvons pas transformer notre pays en 'panic room'. Nos services valent mieux que cela, nous valons mieux que cela, notre démocratie vaut mieux que cela", a lancé la députée socialiste.

"À Paris..."

"Voilà pourquoi j'insiste, dit-elle, pour d'une part qu'on améliore l'information." Tout en étant consciente que les autorités n'ont pas à dévoiler des éléments de l'enquête qui pourrait mettre à mal le résultat de cette dernière, Laurette Onkelinx pointe le fait qu'on donne, "à Paris", des informations sur les opérations terminées, et on le fait de manière régulière: le procureur de la République française communique auprès de la population dès qu'une opération est terminée, précise-t-elle.

"Sans mettre en cause, évidemment, l'efficacité des enquêtes, je pense que le procureur fédéral pourrait plus régulièrement apporter des éléments d'information", pointe la socialiste.

Le Premier ministre Charles Michel avait largement balayer cette critique quelques minutes plus tôt lors de la séance, évoquant une "gigantesque différence" entre Belgique et France. Contrairement à Paris, où les enquêtes tentent aujourd'hui de déterminer ce qu'il s'est passé le 13 novembre, "nous, nous sommes dans une situation où la menace est devant nous".

Des ministres doivent pouvoir "se tenir et se taire"

Dans le viseur de Laurette Onkelinx figurent également la communication du gouvernement et, de manière à peine voilée, les propos tenus par le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) sur la chaîne américaine ABC News. Il faut informer davantage, mais pas n'importe comment, ni par n'importe qui. Subtil paradoxe.

"En matière de communication, je comprends que vous ayez cette envie de protéger en quelque sorte les membres de votre gouvernement, mais peut-être, sans le dire publiquement dans cette enceinte, faudra-t-il quand même taper du poing sur la table pour que chacun puisse se tenir, se taire, ne pas commencer à augmenter la psychose et faire confiance au Centre de crise et au Conseil national de sécurité pour gérer la communication."

Pour le Premier ministre, le gouvernement n'a jamais changé de discours, la ligne n'a jamais bougé.

Remise en cause de l'échelle de la menace

Quant au travail de l'OCAM et du gouvernement, "il faut continuer à réévaluer, non pas le sérieux de la menace, mais l'imminence de la menace" selon Laurette Onkelix. "C'est l'OCAM qui évalue le niveau de menace, oui, mais le Conseil national de sécurité doit, sur ce caractère imminent, pouvoir recevoir régulièrement l'OCAM pour réévaluer les mesures en lien avec la menace."

Et de la cheffe de file PS de remettre en cause le système d'échelle de la menace, de 1 à 4. "Il faudrait peut-être travailler autrement, estime-t-elle. Cela provoque des réactions difficiles, des réactions de psychose."

Note positive toutefois: Laurette Onkelinx a tenu à rendre hommage au travail des services d'enquête, d'analyse et de sécurité, mais également à saluer l'intégration, au sein du Conseil national de sécurité, des entités fédérées et le travail de coopération avec le fédéral. "Une bonne chose qu'il faudra poursuivre", a-t-elle conclu.

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