La Belgique "championne" de la grève? Pas vraiment

La Belgique est certes au-dessus de la moyenne européenne, mais, en Europe, ce sont la France et Chypre qui battent tous les records.
La Belgique est certes au-dessus de la moyenne européenne, mais, en Europe, ce sont la France et Chypre qui battent tous les records. - © THIERRY ROGE - BELGA

Demain, 24 mai, nouvelle journée de mobilisation syndicale, avec un appel en front commun à une manifestation nationale. Contre la réforme du temps de travail, la réforme des pensions, plus généralement contre les mesures d'économie et le manque de concertation sociale. En bref, contre le gouvernement fédéral.

Une manifestation qui n'est donc pas un appel à la grève générale, même si, on s'en doute, il y aura des débrayages ici et là et des perturbations dans le quotidien... L'occasion de s'interroger sur ces actions syndicales. Avec cette question : la Belgique est-elle particulièrement "grévi-cultrice" ? Et y en a-t-il plus sous le gouvernement Michel que sous d'autres gouvernements ?

Fin 2014, l'installation du gouvernement Michel, avec l'annonce d'une série de réformes radicales, (réforme des pensions avec recul de l'âge de la retraite, réforme de la formation des salaires avec le fameux "saut d'index", mesures chômage), a donné lieu à un mouvement social sans précédent : une manifestation nationale avec 120 000 personnes à Bruxelles, 3 journées de grèves provinciales et, au final, une grève générale le 15 décembre.

2014 où le nombre cumulé de jours de grève a donc été exceptionnellement élevé comme pour les années 1993, 2005 et 2012. Avec un total de 661 810 jours de grève cumulés rien que pour le dernier trimestre qui représente 87% des jours de grève de 2014. Autre chiffre, une moyenne de 197 jours de grève par 1000 travailleurs.

Une tendance à la baisse

Mais, ensuite, même si les chiffres 2015 et 2016 ne sont pas encore tous disponibles, il faut bien constater une baisse du nombre de jours effectifs de grève.

Les causes en sont multiples et variées: des dissensions entre syndicats sur les stratégies à adopter alors que, dans le même temps, on négocie avec groupe des 10 et gouvernement; débats sur les modes d'action; débat aussi relancé sur le droit même de grève alors que certains partis relancent l'idée de légiférer sur un service minimum ou pour garantir la liberté de circuler.

Au final, 2015 voit le nombre de grèves se rapprocher dès lors de la moyenne des deux dernières décennies. Et ce, même si les conflits restent nombreux: conducteurs de trains, contrôleurs aériens, bagagistes de l’aéroport, TEC, services publics fédéraux, gardiens de prisons... Mais globalement on recourt moins à la grève et plus au rassemblement, à la mobilisation décentralisée ou nationale: 100 000 personnes à nouveau dans les rues de Bruxelles le 7 octobre 2015. Une seule grève nationale service public à l'appel du seul syndicat socialiste le 22 avril...

Le double de la moyenne européenne

Globalement d'ailleurs, la Belgique n'est pas un pays champion de la grève. Ainsi entre 2009 et 2013, dernières statistiques européennes disponibles, la Belgique atteint certes 80 jours de grève par 1000 habitants, soit deux fois plus que la moyenne européenne. Mais en Europe, ce sont la France et Chypre qui battent tous les records. Avec plus de 100 jours de grève.

Ultime précision, si le nombre de grèves en Belgique reste au-dessus de la moyenne, cela ne date pas du seul gouvernement Michel. Si l'on observe les moyennes de ces dernières décennies, on débraie ainsi nettement moins sur la période 2010-2015 que dans les années 70 ou 60...

Autant d'éléments que vous pouvez retrouver dans le courrier hebdomadaire 2291-2292 du CRISP - Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques - "Grèves et conflictualité sociale en 2015", rédigé par le collectif "Iannis Gracos".

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