Jean Faniel: "Le fédéral favorise certains groupes sociaux"

Quel bilan tirer pour le gouvernement Michel à la fin de cette première année parlementaire de la législature ? Jean Faniel, politologue, directeur du Centre de recherche et d’information socio-politiques (CRISP), en traçait les grandes lignes ce matin sur La Première.

Un gouvernement ancré à droite

Jean Faniel constate d’abord que le gouvernement Michel est bien un gouvernement de droite. "Et il l’assume. C’est un gouvernement qui a pris des mesures qui vont plutôt dans le sens de favoriser certains groupes sociaux, certaines composantes de la société. Il a une politique qui vise à renforcer la compétitivité des entreprises, à diminuer leurs charges. On l’a vu notamment avec la décision de faire passer les cotisations patronales de 33 à 25%. On a vu aussi des mesures pour la flexibilité du travail, la modération salariale, avec le saut d’index. C'est aussi une politique qui, dans la sécurité sociale et dans d’autres budgets de l’Etat, vise à diminuer les charges plutôt qu’à lever de nouveaux impôts".

Depuis 2009-2010, ce sont des gouvernements qui pratiquent des politiques que l’on peut qualifier d’austérité

Jean Faniel note une certaine rupture par rapport aux gouvernements précédents. "Jusqu’en 1999, on avait l’habitude de voir une alternance de centre gauche et de centre droite. Depuis, le parti de gauche et le parti de droite francophones étaient ensemble au pouvoir. Là on est revenu à un gouvernement qui est plus marqué".

Mais le politologue insiste également sur la continuité entre les gouvernements précédents, singulièrement entre le gouvernement Di Rupo (PS-MR-cdH-sp.a-CD&V-Open VLD) et le gouvernement actuel (MR-N-VA, CD&V- Open Vld). "Depuis 2009-2010, ce sont des gouvernements qui pratiquent des politiques que l’on peut qualifier d’austérité, qui préconisent l’allongement de la carrière, qui ont mis en place une modération salariale, réduit les allocations de chômage, fait des coupes dans les services publics, qui ont réorganisé la Justice, qui ont mené des politiques d’asile relativement dures".

D’où la difficulté pour le PS et le cdH de mener une opposition. "Mais il y a aussi des ruptures par rapport à la politique menée précédemment, comme le saut d’index, par exemple", note Jean Faniel.

Et le communautaire dans tout ça ?

"C’était la grande inconnue : on avait des partis qui disaient qu’ils ne voulaient pas s’allier à la N-VA. Et on pouvait s’attendre à ce que ce gouvernement soit délicat pour les francophones : un parti francophone, pour trois partis néerlandophones", rappelle le politologue. Mais il remarque que "le gouvernement montre qu’il tient la route, qu’il est passé à travers les gouttes, qu’il a mis au placard les questions communautaires – mis à part quelques polémiques sur Jan Jambon, Theo Franken".

Cependant, la tentation communautaire pourrait revenir avant la fin de la législature. "Est-ce que la N-VA va parvenir à rester sur cette ligne jusqu’en 2019 ? Ou est-ce qu’elle reviendra avec une proposition de réforme de l’Etat ? Il faudra de toute façon un rapport de force, aussi en Flandre, pour un tel projet".

Pour certaines réformes socio-économiques, cela va plus profiter à la Flandre

Et Jean Faniel note que les politiques menées par le gouvernement ne sont d’ailleurs pas dénuées de tout communautarisme. "Pour certaines réformes socio-économiques, cela va plus profiter à la Flandre. Quand on restreint les allocations d’insertion pour les jeunes, cela frappe plus en Wallonie et à Bruxelles. Benoît Lutgen a raconté que Bart De Wever lui avait dit que les intérêts notionnels ne seraient pas revus parce qu’ils bénéficient plus à la Flandre. Et puis il y a la taxe diamant…"

Bart De Wever tire-t-il les ficelles en arrière-plan, comme certains le pensent ? "La N-VA a des portefeuilles de poids : les Finances, la Défense, l’Intérieur. Mais la N-VA a joué un rôle qui n’est pas de premier plan. Cela alimente encore plus l’image de De Wever agissant dans l’ombre. Mais la N-VA n’obtient pas toujours satisfaction sur toute la ligne, comme sur le virage fiscal".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK