Dirk Jacobs (ULB): "La N-VA est aujourd'hui un parti d'extrême droite"

"Pour moi, c'est devenu un dilemme de conscience, je ne veux plus faire de l'auto-censure sur cette question", a déclaré sur le plateau du JT de 13h de la RTBF, Dirk Jacobs, professeur de sociologie à l'ULB. "La N-VA est devenue aujourd'hui un parti d'extrême droite". Au point qu'il estime que "les partis qui mènent le gouvernement à l'échelle fédérale doivent avoir ce débat de conscience : 'Jusqu'où peut-on aller avec la N-VA ?".

Pour argumenter ses propos il revient sur les déclarations du président du parti nationaliste, Bart De Wever, en 2012, lors d'un débat à la VRT avec Filip Dewinter (Vlaams Belang) : "Il a clairement dit : 'La différence entre nous, la N-VA, et vous le Vlaams Belang, est que nous, nous allons toujours défendre les droits fondamentaux, les droits humains et que la Convention de Genève, c'est quelque chose qu'il ne faut pas toucher du tout".

"Y a-t-il encore une différence avec le Vlaams Belang?"

Or, ce mardi, lors de son intervention à l'université de Gand, il a complètement renié ces propos selon lui, puisqu'il a affirmé qu'il fallait modifier la Convention de Genève.

Quant à savoir si cela suffit pour qualifier la N-VA de parti d'extrême droite, il répond : "Il y a plusieurs critères pour parler d'un parti d'extrême droite: le nationalisme, la xénophobie, des tendances anti-démocratiques, la volonté d'un Etat fort, le populisme comme style. Et, sur ces différents points, il y, à chaque fois, quasi de jour en jour, de plus en plus de dérapages... Des petits dérapages parce que Bart De Wever est un homme très intelligent", nuance le professeur

"Des petits dérapages qui, à un moment donné, s'alimentent à un tel niveau que cela devient un débat sur le genre des anges de se demander s'il s'agit d'un machiavélisme poussé à l'extrême pour séduire l'électorat que la N-VA a attiré du Vlaams Belang ou alors s'il n'y a carrément plus de différence entre la N-VA et le Vlaams Belang"

Ce professeur de sociologie souligne également que Bart De Wever a remis en question la loi anti-discrimination: "Il a littéralement dit que la loi doit toujours s'adapter au consensus et pas inversement. Là quand même, on est en train de franchir une ligne!".

Comme sa remarque sur les Berbères, un propos jugé très "stigmatisant". Autrement dit, Bart De Wever "compense avec des prises de position très fortes qui frôlent vraiment la xénophobie"

Et de conclure qu'il se sent "un peu comme une grenouille dans une marmite à eau chaude qui est en train de bouillonner".

La N-VA "d'extrême droite"? "No way", selon un spécialiste

Notons que selon le politologue Cas Mudde, professeur de l'Université de Géorgie et l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de l'extrémisme, la terminologie d'extrême droite (extreme right) n'est pas satisfaisante d'un point de vue académique. Pour lui, il faut plutôt parler de "radical right" (droite radicale). "Il n'est pas possible (no way) que la N-VA soit d'extrême droite", nous a-t-il précisé dans un échange sur Twitter. 

En effet, dans une perspective scientifique, un parti d'extrême droite doit notamment comporter des dimensions antisystème, anti-parlementaire et de remise en cause de la démocratie. Dimensions qui sont absentes des programmes et des discours de la N-VA.

Rappelons également que dans La Libre de ce jeudi, deux politologue belges de tout premier plan, Pascal Delwit (ULB) et Dave Sinardet (VUB), ainsi que le coordinateur du média de l'Observatoire belge de l'extrême droite ont tous considéré que l'appellation d'extrême droite ne s'appliquait pas à la N-VA.  

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