Gouvernement Michel: "Les conflits sont venus du côté où on ne les attendait pas"

Le gouvernement Michel est assez unique dans l'histoire politique belge : il n'a pas de majorité dans un des groupes linguistiques, pour la première fois un parti séparatiste flamand y participe sans avoir d'avancée dans l'autonomie de la Flandre et pour la première fois aucun parti ne fait le pont avec les partis fédérés du côté francophone. Un an après la mise en place du gouvernement, ces facteurs d'instabilité n'ont cependant pas créé de blocage, observe Dave Sinardet, politologue à la VUB et à l'université Saint-Louis, à Bruxelles : "Les conflits sont venus d'un côté où on ne les attendait pas, surtout de tensions entre les partis flamands. On se disait que les trois partis flamands de centre-droite (ndlr : la N-VA, le CD&V et l'Open Vld) étaient finalement assez cohérents entre eux et étaient le reflet d'un certain consensus flamand. D'ailleurs ce n'est pas vraiment la coalition suédoise mais la coalition anversoise, parce que c'est la coalition qu'on a d'abord mise en place à Anvers, la coalition de rêve de De Wever. Pourtant, à cause d'un repositionnement plus à gauche du CD&V, on a connu une année de tensions et de conflits assez fondamentaux, surtout entre le CD&V et la N-VA".

"Bart De Wever a beaucoup de pouvoir dans ce gouvernement"

Pour le politologue, le fait d'avoir un gouvernement clairement marqué à droite en face d'une opposition clairement marquée à gauche, "c'est une bonne chose pour le débat politique, dans lequel le citoyen peut plus facilement se retrouver, au lieu d'essayer d'avoir une majorité dans chacun des groupes linguistiques, et d'essayer de trouver tout le temps des compromis gauche-droite".

La N-VA est le plus grand parti de la coalition mais ne livre pas le Premier ministre. Et Bart De Wever, le président du plus grand parti, est resté en-dehors du gouvernement. "C'est clair que Bart De Wever a beaucoup de pouvoir dans ce gouvernement parce qu'il est le président du plus grand parti". Pour autant, Bart De Wever "n'influence pas nécessairement directement la ligne du Fédéral en faisant ses déclarations. Sur la crise des réfugiés, par exemple, la N-VA a une double stratégie. D'un côté celle du parti de gouvernance, où Theo Francken fait son job dans le cadre donné; en même temps, il y a le président du parti Bart De Wever qui est en-dehors du gouvernement et qui fait des déclarations choc sur la révision de la Convention de Genève. C'est clair que c'est un moyen d'essayer de garder avec lui tous les électeurs qui sont notamment venus du Vlaams Belang. Cette double stratégie crée un problème pour Charles Michel en tant que Premier ministre. On pourrait s'attendre que, sur un thème aussi fondamental que la crise des réfugiés, un Premier ministre soit un peu le guide moral de la Nation et fasse à un moment donné une déclaration. En attendant, c'est surtout Bart De Wever qui a joué ce rôle-là. Ses déclarations créent de l'ombre à Charles Michel".

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