Didier Reynders sur la RDC: "S'il y a des dérapages, il y aura des conséquences"

Autriche, Pologne, Hongrie… L'extrême droite est au pouvoir, sans parfois dire son nom, dans plusieurs pays d'Europe. Et l'ombre pourrait s'étendre. Le FN français, l'AfD allemand, le HDZ croate ou encore le DF danois ont pris une importance politique aussi importante qu'inquiétante dans leur pays.

Le dernier État à observer un premier basculement, c'est donc l'Autriche. Comme il y a plus de quinze ans.

Le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon s'est alarmé "de la montée de la xénophobie en Autriche et ailleurs" face à son parlement. Car les premières conséquences se font déjà sentir : un "état d'urgence" migratoire a été décrété, qui supprime quasiment le droit d'asile.

Un contrôle de l'État de droit européen ?

Mais, contrairement, à Louis Michel (MR) il y a plus de quinze ans, notre ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) n'appellera pas les Belges à ne pas aller skier dans cette Autriche qui a viré à l'extrême.

Didier Reynders préfère plutôt s'en tenir à l'analyse. Le problème vient selon lui de la crise migratoire. Et il faut le résoudre, entre États européens. Tout en instaurant dans le même temps un contrôle de l'État de droit dans l'Union.

"Cela démontre tout d'abord les poussées populistes, d'extrême gauche comme d'extrême droite. En Autriche, c'est l'extrême droite – et parfois, sur d'autres sujets, c'est l'extrême gauche (il fait référence notamment aux débats sur les traités de libre-échange, ndlr) – qui entraîne un changement des comportements politiques, c'est assez inquiétant."

"Et ces poussées-là entraînent des modifications de législation qui doivent nous faire penser à un contrôle de l'État de droit à l'intérieur l'Union européenne", indique ce vendredi dans Matin Première le libéral, qui dit avoir déposé une proposition en ce sens, de sorte "que l'on soit plus ferme en Europe sur nos valeurs, et que l'on ose, entre pays européens, examiné la situation État par État".

La solution : une réponse européenne à la crise migratoire

"Enfin, la situation autrichienne démontre que la seule façon de trouver une solution, c'est en trouvant une solution européenne : tant qu'on ne contrôlera pas les frontières extérieures de l'Union, ensemble, au niveau européen, avec un code de garde-frontière européen; tant qu'on n'enregistrera pas ensemble les réfugiés dans des centres d'enregistrement – en Grèce, en Italie et ailleurs –; tant qu'on ne répartira pas les réfugiés sur le territoire européen… On n'en sortira pas."

Toutes ces mesures ont pourtant été décidées. Il ne s'agit, dit-il, plus que de les mettre en œuvre "pour contrer ce genre de législation". À commencer par "l'état d'urgence" migratoire autrichien, bien qu'il ne s'agisse pas du seul exemple vu les fermetures des frontières exécutées un peu partout en Europe ("même à un moment entre la Belgique et la France").

Accord UE-Turquie, difficile mais nécessaire

L'Union européenne s'est déjà essayée à plusieurs recettes pour une politique commune et efficace. Sans vraiment de succès. La dernière en date, c'est l'accord avec la Turquie. Avec des ingrédients controversés, pour lesquels "L'Europe a vendu son âme", disent certains. Des ingrédients qui, additionnés, se résument, disent d'autres, à "un deal dégueulasse".

"C'est très, très difficile de négocier avec la Turquie", reconnaît Didier Reynders. Mais cet accord reste néanmoins primordial selon lui, notamment dans la lutte contre le terrorisme.

"Nous cherchons par exemple à négocier des échanges d'informations, lorsque des combattants étrangers reviennent. C'est très difficile. Il y a maintenant une liste de personnes qui ne peuvent pas entrer en Turquie : des dizaines de milliers, de cent pays. Dont un peu plus de 1200 venant de Belgique. Nous cherchons à avoir l'information. Et pour cela, il faut discuter avec la Turquie."

"Pourtant, quand quelqu'un est renvoyé par la Turquie en Belgique, on nous demande : 'Comment se fait-il que vous n'avez pas une meilleure collaboration avec les Turcs ?'. On ne peut pas à la fois nous dire 'Vous ne pouvez pas parler avec ce pays' et puis nous demander d'être en parfaite entente sur un certain nombre de sujets."

La Turquie, pays de "chantage" et de "dérives autoritaires"

Chantage turc, dénoncent certaines voix. "Bien entendu", répond sans détour le ministre des Affaires étrangères. "Mais il faut (il insiste, ndlr) négocier avec la Turquie. Il faut donc être très ferme. Et, moi, par exemple, je souhaite, qu'il y ait des clauses de révision de tous les accords européens : si la Turquie ne met pas en œuvre ses engagements, on doit stopper la mise en œuvre des engagements européens."

"La Turquie est un partenaire très difficile, qui fait du chantage, qui dérive sur le plan autoritaire (il précise laisser à d'autres le mot "dictature", ndlr)… Il faut donc être dans un dialogue où nous sommes fermes. Et, quand je vais en Turquie, je n'hésite pas à parler de la situation des journalistes ou des droits de l'Homme par exemple. Et je le fais publiquement, devant les médias turcs comme les médias internationaux."

Congo : "S'il y a des dérapages, il y aura des conséquences"

Une ligne qu'il a, dit-il, aussi appliquée lors de son récent voyage au Congo, d'abord lors "d'un long tête-à-tête" avec le président Joseph Kabila, mais aussi "avec l'ensemble des responsables" qu'il a rencontrés.

Là, Didier Reynders insiste sur les responsabilités individuelles, au moment d'un débat électoral. Responsabilités individuelles des politiques tout d'abord – au gouvernement, ainsi que dans l'opposition – mais aussi des responsables des services de sécurité congolais "qui doivent utiliser la force de manière proportionnée, qui doivent éviter les arrestations arbitraires – il y en a beaucoup ces derniers temps –, sinon il y a des comptes à rendre", lance-t-il.

"Il y aura des conséquences si l'on continue à voir déraper la situation sécuritaire, et donc les violations des droits de l'Homme." Ce n'est pas une menace, mais un "constat" : chacun devra assumer ses responsabilités "s'il y a des dérapages", assure le chef de la diplomatie belge. Et face à ce genre de situation, "au niveau européen comme international, nous n'hésitons jamais, lorsque c'est nécessaire, à franchir le pas des sanctions ou d'autres types de mesures".

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