Inami: l'accord ne porte pas atteinte aux francophones, juge Didier Reynders

La clef de répartition des numéros Inami sur laquelle s'est accordée le gouvernement fédéral ce jeudi n'est pas défavorable aux francophone. C'est du moins l'avis du vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) qui s'exprimait ce vendredi matin dans Matin Première.

Le nombre de numéros Inami octroyés aux nouveaux médecins diplômés en 2022 suivra une clef, inchangée, de répartition des quotas entre la Flandre (60%) et la Fédération Wallonie-Bruxelles (40%). Le fédéral a donc décidé de ne pas suivre l'avis de la commission de planification de l'offre médicale qui préconisait une répartition à 56,5% pour la Flandre et 43,5% pour la FWB.

"La négociation a été particulièrement difficile sur le sujet, ce n'est pas nouveau entre les deux communautés, mais nous sommes partis de la clef proposée par Maggie De Block (Open Vld, ministre de la Santé, ndlr). Et puis il y a le 'rattrapage', parce que la Fédération Wallonie-Bruxelles s'est toujours obstinée à ne rien faire, il n'y a pas eu de filtres depuis des années."

Autrement dit, il fallait selon lui prendre en compte les numéros Inami donnés "en trop" suite à l'absence de filtre au début des études de médecine au Sud du pays. 

Non, on ne touche pas aux intérêts des francophones, juge Reynders

Maggie De Block s'est par ailleurs engagée – et "ça, c'est une bonne chose", juge Didier Reynders – à donner un numéro Inami à tout étudiant qui sont maintenant en dernière année, "et cela se fera d'ailleurs pour tout le parcours, une fois que l'accord aura été bouclé, (...) et à condition que l'examen d'entrée soit organisé maintenant par la Fédération Wallonie-Bruxelles".

La commission de planification avait pourtant estimé pour 2022 qu'il fallait 575 médecins en Fédération Wallonie-Bruxelles. Or, avec la clef de répartition retenue par le gouvernement fédéral, il n'y en aura que 528.

Cela ne veut pas pour autant dire que l'on touche aux intérêts des francophones, estime Didier Reynders. "De nouveau, il faut tenir compte aussi du nombre de médecins qui ont été diplômés et qui ont reçu un numéro Inami, parce qu'il n'y avait pas de filtre côté francophone ces dernières années."

Et, dans le même temps, les Flamands auront plus de médecins que nécessaires selon les évaluations de la commission de planification. Maggie De Block a néanmoins estimé qu'il y avait un risque de pénurie en Flandre, "car, en Flandre, il y a eu un filtre" au niveau des études de médecine, martèle l'invité de Matin Première.

"Il faut bien se rendre compte qu'en Flandre il y a des familles dont les enfants n'ont pas pu suivre des études de médecine, parce qu'il y avait un filtre à l'entrée", affirme le ministre libéral, qui assure que le MR propose le même système "depuis des années" pour la Wallonie et Bruxelles, "mais on n'a jamais voulu organiser un examen d'entrée".

Un engagement sur les valeurs

Toujours dans le domaine de l'enseignement, Didier Reynders souhaite y ouvrir un débat sur les valeurs. Par une déclaration formelle sur les valeurs européennes que tout Belge aurait à signer à 18 ans, le libéral propose ainsi d'amener une "réponse à moyen et long terme" notamment aux problèmes de communautarisme que nous connaissons, et de "voir comment introduire dans les prochaines années des cours que l'on pourrait qualifier 'd'éducation civique'".

Autrement dit, des cours de citoyenneté tels que proposés et lancés par Joëlle Milquet (cdH) lorsqu'elle était ministre francophone de l'Éducation. "Oui, enfin... Il faut bien passe d'un 'cours de rien' à un 'cours de quelque chose' et avoir vraiment un contenu", rétorque Didier Reynders. "J'espère qu'il (ce contenu) va se développer très fortement, et que l'on puisse vraiment avancer dans cette direction."

Il souhaite aussi par cette "prise d'engagement ferme à la majorité" que cela devienne, pour les Belges et non-Belges, "l'aboutissement de tout un parcours, un parcours de formation, avec des conséquences". L'objectif est de "savoir s'il on participe à ce respect des valeurs fondamentales".

Il faut être plus ferme chez nous

Les valeurs sont au centre de cette proposition, car, estime le ministre, "il faut être plus ferme chez nous en la matière".

"Et être plus ferme, c'est par exemple de ne pas se lancer dans un débat absurde comme on la vu cet été sur le burkini, mais, par contre, faire en sorte que l'on interdise les signes religieux ostentatoires à l'école ou dans les administrations, illustre-t-il. C'est un vieux débat, mais je constate qu'il progresse très peu. Je suis tout à fait effaré de voir qu'aujourd'hui de toutes petites filles viennent à l'école avec des signes religieux ostentatoires. On ne me fera jamais croire que c'est leur choix."

"Et dans l'égalité homme-femme, tout comme dans la séparation entre l'Église, les convictions philosophiques ou religieuses et l'État, on doit être beaucoup plus fermes chez nous."

Sur l'égalité homme-femme, Didier Reynders s'interroge sur les raisons qui, "dans certaines cultures", entraînent "toute une série d'impositions qui ne concernent que les femmes". Et, dans ce combat, il estime que la Belgique et l'Union européenne ne sont "pas au bout du chemin".

"On a eu très longtemps, et on a encore aujourd'hui des discriminations. C'est donc une raison de plus pour ne pas reculer par ce que l'on a parfois appelé des 'accommodements raisonnables'. L'exemple typique – qui existe, qui n'est pas une illusion –, c'est cette idée, qui est parfois acceptée dans des communes, d'ouvrir des piscines à des heures différentes pour les hommes et pour les femmes. C'est inadmissible pour une piscine publique d'aller dans cette direction, car on réintroduit systématiquement une différence, une discrimination, un traitement séparé."

"Plutôt que de s'enflammer sur l'existence ou non d'un burkini sur la plage à la mer du Nord, je pense qu'il faut revenir à ces débats de fond, et être, je le répète, plus ferme sur les valeurs qui fondent la société européenne chez nous, et pas seulement dans les discours que l'on tient à l'étranger."

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