Charles Michel à la Chambre: "Ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise"

Le Premier ministre Charles Michel (MR) devait s'expliquer ce jeudi à la Chambre sur son absence mardi lors de la séance de rentrée et surtout sur l'absence de déclaration de politique générale du gouvernement. Avec au programme de nombreuses interpellations qui, presque toutes, portent sur les nouvelles économies, estimées à 900 millions, dans la sécurité sociale.

Une journée compliquée pour le Premier ministre confronté à une opposition particulièrement remontée depuis mardi. Charles Michel devait expliquer pourquoi la Belgique n'a toujours pas de budget à deux jours de la remise de la copie à l'Europe.

Une situation particulièrement compliquée

Pour le Premier ministre, la situation est complexe: expliquer pourquoi le gouvernement aurait déjà dégagé les chiffres budgétaires mais ne peut encore les annoncer comme acquis.

La raison principale est le blocage provoqué par les partis flamands qui se tiennent par la barbichette. Avec d’une part la taxe sur les plus-values, réclamée par le CD&V, et de l’autre la réforme de l'impôt des sociétés. Depuis plusieurs jours, ces deux camps s’affrontent, chacun voulant apporter un " trophée " devant son électorat. Avec la conséquence que ces réformes bloquent le budget sur fond de disputes de partis.

Charles Michel a dû affronter une opposition qui avait vainement réclamé sa présence à cor et à cri mardi et qui, voulait de la clarté. Une clarté qui, apparemment, fait cruellement défaut au sein de l'équipe fédérale.

Les socialistes flamands tirent les premiers 

C’est la socialiste flamande Meryame Kitir qui a lancé les premières salves: "Monsieur le Premier ministre, c’est mardi que vous auriez dû être ici. " Elle reproche au gouvernement de demander un report de la déclaration gouvernementale, mais de ne pas en préciser le délai et critique le gouvernement de dissension. "De grâce mettez un terme à la zizanie qui règne au sein de l’attelage gouvernemental… Profitez du futur budget pour proposer un exercice d’équilibre avec des mesures effectivement financées."

Catherine Fonck: " Vous allez nous faire du hollandisme "

Charles Michel n’est pas davantage épargné par le cdH. Catherine fonck lance au Premier ministre:" Vous êtes responsable de la crise gouvernementale que vous vivez aujour’dhui. Comment un trou de 2,4 milliards s’est-il transformé en 4,2 milliards? Vous allez nous faire du hollandisme en disant que tout va bien ".

A Charles Michel, Catherine Fonck propose un plan B en 5 points : revenir en arrière en matière de soins de santé, favoriser l’économie directe, nouveau pacte social qui ne serait pas imposé unilatéralement, un plan d’investissement et la lutte contre le terrorisme. 

Kristof Calvo: vouloir un trophée par parti n’est pas un projet gouvernemental 

Pour Groen, Kristof Calvo en appelle au ministre Kris Peeters : "N’acceptez pas ce que l’on veut  faire avec les soins de santé. Ce serait donner raison à la N-VA. "

Et de poursuivre en s’adressant à tous les partis de la majorité : "Vouloir un trophée par parti n’est pas un projet gouvernemental".  Il demande au gouvernement " une véritable contribution de la part des grands patrimoines. (...) Osez assumer votre fonction de premier ministre. Osez réformer, soyez un Premier ministre de la réforme. "

DéFI: " Vous ne misez que sur la compétitivité des entreprises"

Dans son interpellation, Olivier Maingain reprend le constat d’échec du libéral flamand Patrick Dewael auquel il attribue cette phrase : "D’un point de vue fiscal, on devrait rougir d’encourager les gens à ne pas travailler plutôt qu’à travailler ".

Il tire aussi un constat navrant de la politique du gouvernement Michel : " Pour la première fois la croissance est passée sous la moyenne européenne. "

Et il en va de même, selon Olivier Maingain, pour la croissance de l’emploi. " On voudrait comprendre où est votre cap. Vous ne misez que sur la compétitivité des entreprises, en amputant le pouvoir d’achat." 

PTB: le mauvais bulletin

Dans son interpellation pour le PTB, Marc van Hees décerne, lui, un bulletin " qui n’est pas terrible " dans plusieurs branches : la croissance économique, les plans structurels qui n’avancent pas, les taux d’emploi et de chômage par rapport à la zone Europe...

Un seul chiffre est bon, relève le PTB : la part des bénéfices dans le PIB. La conclusion du PTB est peu amène pour le Premier ministre : " Charles Michel travaille, mais sa méthode n’est pas bonne ".

Et pendant ce temps, Bart De Wever feuillette sa gazette à la cafétaria, twitte le compte PS de la Chambre...

Chez Ecolo, c’est vers Maggie de Block que vont les pensées de Nollet

Mardi Vous avez manqué le rendez-vous constitutionnel, déclare Jean-Marc Nollet à Charles Michel.  " Mardi, ici, c’était la crise. Votre responsabilité est engagée. Les Belges attendent de vous une clarification après deux années. "

Jean-Marc Nollet rappelle à Maggie De Block qu'elle avait assuré que l’on ne pouvait pas pousser plus loin les économies en matière de sécurité sociale sous peine de le faire sur le dos du patient. Jean-Marc Nollet s’en prend essentiellement aux nouvelles économies proposées dans les soins de santé. "Changer de cap, tournez le dos à l’austérité. "

Quand Laurette Onkelinx en appelle à Bob Dylan

Laurette Onkelinx s’énerve d’un budget dont le montant change sans cesse. Mais c’est encore une fois les 900 millions d’économie sur les soins de santé qui la font bondir : "C’est une honte: c’est la sécu que vous mettez à la diète ". Et plus loin : " La justice devra-t-telle encore payer pour la crise. "   

Pour sa conclusion, elle évoque Bob Dylan gratifié, ce jeudi, du prix Nobel de littérature. Et se souvient d’une strophe du chanteur "Combien d’oreilles un homme doit-il avoir avant d’entendre le peuple."

 

Charles Michel: ce que le nouveau budget ne comprendra pas

Dans ce jeu des interpellations où il est davantage important de convaincre que de répondre aux attaques, le Premier ministre précise d’abord ce que ne contiendra pas le nouveau budget: " Nous avons décidé de ne pas toucher à l’indexation, ni de créer de nouvelle taxes sur le travail ou sur la consommation. Ce sont les grands axes de notre exercice mais l’assainissement reste un objectif et notre but, pour 2017, est de faire des progrès pour réduire le déficit. Il y a un accord sur le budget à condition de pouvoir trancher dans les heures ou les jours qui viennent. "

 

Relancer les investissements

Selon lui, l’efficacité économique passe par une fiscalité équitable: " Nous voulons davantage de cohésion sociale. Il faut des initiatives fortes pour les investissements, y compris les investissements publics. Pour la mobilité, l’énergie, ou le renforcement de nos infrastructures. "

Pour conclure, il s’adresse à l’opposition comme pour la convaincre : " Nous avons travaillé intensément, et parfois difficilement. "  

Il le reconnaît, des efforts sont encore à réaliser, mais en deux ans il estime que son gouvernement a fait beaucoup de chemin, notamment en matière de pouvoir d’achat pour les bas et moyens salaires : " Nous avons ajouté 80 euros par mois aux bas salaires. Quel gouvernement a pris des décisions aussi équitables ces 15 dernière années? "

Enfin, ses derniers mots vont à sa propre majorité, comme un appel à la cohésion : " Je reconnais que les dernières heures n’ont pas été faciles. Je m’adresse quelques instants à la majorité pour dire que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise. "

Les ministres poursuivront leurs discussions après la réunion de la Chambre

Après être passé sous les fourches caudines du parlement fédéral, le Premier ministre Charles Michel devrait reprendre en soirée, les discussions avec les partis de la majorité.

Jeudi matin, l'heure était toujours aux contacts bilatéraux, a indiqué un porte-parole. Aucune réunion plénière du gouvernement n'était encore prévue à l’agenda.

 

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