Avions de chasse de l'armée belge: un renouvellement controversé qui va coûter cher

Un Rafale
Un Rafale - © YOUN JAE-WOOK - AFP

D'ici quelques années, la Belgique devra renouveler sa flotte d'avions de chasse. La procédure, qui a déjà été lancée il y a quelques mois, est particulièrement longue et compliquée. Décryptage.

Peut-on parler de "marché du siècle"?

Oui, un marché du siècle qui fait rêver l'industrie aéronautique, mais qui fait aussi peur par son ampleur budgétaire.

Alors, un petit rappel: il s'agit de remplacer la cinquantaine de chasseurs-bombardiers F-16, achetés en 1975 par 34 nouveaux appareils qui devront être livrés à partir de 2023.

Le gouvernement a estimé la dépense à 3 milliards et demi (donc environ 100 millions par avion), mais le budget total frôle les 15 milliards (ce qu'on appelle le coût du cycle de vie: l'achat, les pièces de rechange, l'entrainement des pilotes, la mise à niveau au des logiciels, etc).

C'est ce gouvernement-ci qui décide, ce sont ses successeurs qui paieront. D'où la demande de l'opposition de chiffrer objectivement l'engagement que cela représente.

C'est la Cour des comptes qui en a été chargé. Mais celle-ci, qui devait présenter ses conclusions ce mercredi, a affirmé que ce n'était pas à elle d'évaluer les coûts du remplacement des F-16 avant une prise de décision du gouvernement.

Au delà de ces questions budgétaires, est-ce qu'il y a débat?

Oui, sur l'enjeu financier déjà: certains se demandent si c'est bien raisonnable, au regard des difficultés budgétaires présentes et à venir, et sans doute aussi au regard des efforts qui sont demandés à la population.

Pour d'autres, on pourrait simplement ménager et moderniser l'actuelle flotte de F-16, que l'on dit encore très performante, voire louer des appareils à des pays alliés lorsque c'est nécessaire.

Au sein même de la Défense, on entend des craintes de voir l'essentiel du budget d'investissement englouti par la seule Force aérienne, par exemple au détriment de la Marine.

Des experts se sont aussi prononcés pour que l'armée belge se ré-oriente vers d'autres missions dans le cadre de l'OTAN et des accords européens. Par exemple le transport, doutant qu'un petit pays comme la Belgique soit le mieux placé pour intervenir avec des avions de combat.

Bref, le débat sur l'opportunité de l'achat des chasseurs-bombardiers n'est pas, tout à fait, clos. Et cela même si le gouvernement a fait un choix politique clair tant dans son accord de gouvernement que dans le plan stratégique de la Défense pour "conserver pour le long terme une capacité de chasse et de bombardement".

Le gouvernement décidera en 2018, les avions commenceront à être livrés en 2023. Où en est-on?

D'ici quelques semaines, les appels d'offres devraient être lancés. Le gouvernement a déjà sondé les fournisseurs potentiels. Particularité: ce sont des marchés d'Etat à Etat.

Les Américains proposent deux appareils: le F-35 de Lockeed Martin et le F-18 de Boeing. Les Français défendent le Rafale de Dassault. Les Britaniques, l'Eurofighter. Et les Suédois, le Gripen fabriqué par Saab.

Le F-35 serait le favori, notamment au sein de la Force aérienne, parce qu'ils sont en terrain connu, puisque c'est le successeur du F-16 chez Lockeed, mais aussi parce que c'est l'avion présenté comme la "Rolls" des avions de combat.

Son développement a coûté une fortune (il est appelé l'"avion qui a mangé le Pentagone"), il est hyper sophistiqué. Et c'est d'ailleurs l'un de ses faiblesses: il est trop sophistiqué, il ne tiendrait pas toutes ses promesses, serait peu fiable, et il n'a pas fait ses preuves...

Son challenger, c'est le Rafale français, qui avait jusqu'ici le handicap de ne pas se vendre, hors de France. Ca a un peu changé depuis que l'Inde, l'Egypte et le Qatar l'ont choisi. Dassault est en plus sans doute le constructeur qui offre les meilleures promesses de retombées économiques, de "compensations" même si le terme est devenu un peu tabou.

C'est l'autre aspect déterminant du dossier: quelles retombées directes ou indirectes les avionneurs mettront sur la table? Là aussi, cet après midi, la Cour des comptes pourrait donner quelques indications.

Enfin, il y a la question des charges nucléaires que les futurs avions pourront embarquer. Est-ce que la Belgique confirmera l'actuel engagement de la Belgique en la matière? Ici, le choix n'est plus économique ou militaire, mais plus largement géostratégique.

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