Paul Magnette sur Publifin: "Certains essaient de faire croire qu'ils sont des chevaliers blancs"

"Il faut que certaines personnes comprennent qu'un mandat public, ce n'est pas "Win For Life"". Ces propos sont signés Paul Magnette au moment des premières révélations entourant Publifin, l'intercommunale liégeoise qui a octroyé des rémunérations très élevées à un certain nombre d'administrateurs sans réelle contrepartie. Face à ce scandale, le Ministre-président wallon a annoncé vouloir "révolutionner" la gouvernance et l'éthique en Wallonie. Un défi de taille! Ce jeudi soir, Paul Magnette était l'invité de Jeudi en Prime. L'occasion de faire le point sur les changements annoncés.   

Le scandale Publifin

En janvier, le gouvernement wallon a annoncé une batterie de mesures. "Des centaines de mandats vont disparaître, la rémunération de nombreux mandats sera fortement diminuée ou tout simplement supprimée", avait précisé à l'époque Paul Magnette. Mais à côté de cette annonce, quand interviendra réellement le changement? Mission possible ou pas? "Je ne vais pas attendre", affirme le Ministre-président wallon. "On aura le rapport à la fin mars et dès le mois d'avril, je déposerai des mesures sur la table du gouvernement qui feront la transparence et qui limiteront les rémunérations".

Pendant ce temps, la commission Publifin a commencé ses travaux... du moins, le temps d'une seule audition, celle d'André Gilles, le président du conseil d'administration de l'intercommunale. Mais suite à son refus de répondre notamment aux questions relatives aux rémunérations, les députés ont vite compris l'impasse dans laquelle ils se trouvaient. Fini donc la commission spéciale. Place désormais à la commission d'enquête. "J'étais pour une commission d'enquête dès le début" rappelle Paul Magnette. "Mais je ne voulais pas que certains instrumentalisent cette commission d'enquête et qu'on ne sache pas prendre d'actions".

Le Ministre-président wallon refuse de citer des noms mais ses termes sont clairs: "Cette affaire Publifin, ce sont des responsabilités collectives et certains qui ont mis le doigt dans le pot de confiture jusqu'à la manche, essaient de faire croire aujourd'hui qu'ils sont des chevaliers blancs".

Concernant la structure Publifin ou Nethys, Paul Magnette rappelle que le gouvernement wallon a commandé un audit sur l'ensemble de la structure. "On doit tout voir, faire toute la transparence, voir où sont les montants, voir comment ils passent d'une structure à l'autre à l'intérieur du groupe et à partir de là, s'il faut remettre tout à plat, on remettra tout à plat". De là à faire en sorte que Nethys soit moins liégeois? "Moi, je n'ai aucun tabou" assure Paul Magnette. "Je l'ai dit à mes amis liégeois. Quand il y a des atouts industriels dans la région de Liège, pourquoi ne pas les faire profiter à l'ensemble de la Wallonie? C'est dans l'intérêt de Liège. C'est dans l'intérêt de la Wallonie".

Parmi les zones d'ombre au sein de Publifin et Nethys, il y a les rémunérations. Pour le Ministre-président wallon, il est "indécent" qu'on ne les connaisse pas. "Quand on travaille dans une entreprise publique, on doit accepter qu'il y ait des plafonds" précise Paul Magnette. "Si on veut faire beaucoup d'argent, alors on va travailler dans de grandes banques et dans le secteur de la finance", ajoute-t-il. 

Le fameux décumul

Avec le scandale Publifin, revient avec insistance la question du décumul des mandats. Le socialiste Stéphane Moreau, patron de Nethys et, jusqu'il y a peu encore, bourgmestre d'Ans, a démissionné de sa fonction mayorale. L'homme a dû faire un pas de côté suite à la pression et à la demande de son parti. Le PS a annoncé qu'il sera désormais interdit de combiner le poste de directeur général d'une intercommunale avec un mandat de bourgmestre ou échevin. Mais ne faut-il pas aller plus loin? Par exemple, vers un décumul total entre les mandats de bourgmestre et député? Qu'en pense Paul Magnette, à la tête du gouvernement wallon et aussi toujours attaché à sa ville de Charleroi où il est "bourgmestre en titre"?

Elio Di Rupo sur la sellette?   

Face au scandale Publifin, certains au sein du PS pointent du doigt le président du parti Elio Di Rupo. Selon eux, il aurait dû intervenir plus vite. Des jeunes socialistes ont écrit une carte blanche il y a quelques jours. Pour eux, il n'y a pas de remise en question de la présidence d'Elio Di Rupo mais ils préviennent: ils seront vigilants à sa manière de gérer la situation.

La FGTB s'invite également dans le débat. Pour Robert Vertenueil, le successeur de Marc Goblet au poste de secrétaire général de la FGTB, le PS doit faire le ménage: "un certain nombre de gens doivent partir". Concernant Elio Di Rupo, Robert Vertenueil affirme: "Ou bien on lui donne les moyens pour faire sortir ces gens du parti, ou s'il n'en a pas la force ou la volonté, il faut en changer".

Alors, pour Paul Magnette, Elio Di Rupo est-il encore l'homme de la situation? "Vous posez la question chaque fois que je viens" répond en souriant le numéro un du gouvernement wallon. "Je donne la même réponse: Elio Di Rupo a été élu par les militants jusqu'au lendemain des élections en 2019. Il restera donc évidemment jusqu'au lendemain de 2019. Il a pris des mesures. Il a montré qu'il pouvait prendre des mesures".   

La force de la fédération liégeoise

Au-delà d'Elio Di Rupo, ne faut-il pas du changement au sein de la fédération liégeoise du PS, souvent épinglée pour être dirigée par ce qu'on appelle "le club des cinq" (les socialistes Jean-Claude Marcourt, André Gilles, Willy Demeyer, Alain Mathot et Stéphane Moreau)? Paul Magnette assure ne pas connaitre "le club des cinq": "Dans les statuts du parti socialiste, il y a des militants, des assemblées générales et des congrès. Ce sont les militants qui doivent pouvoir donner les grandes orientations. Puis, il y a des responsables qui doivent les mettre en oeuvreCeux qui dirigent aujourd'hui le PS à Liège ne sont pas au coeur du problème. Ils doivent donc être ceux qui vont provoquer le changement". 

Mais pourquoi ne pas confier les clés du PS liégeois à un nouveau chef d'équipe? Par exemple, Jean-Pascal Labille? "C'est une forte personnalité, pour qui j'ai une très grande estime. C'est quelqu'un de très intelligent. Mais ce sont des dynamiques collectives. Moi, je ne crois pas en l'homme providentiel" conclut Paul Magnette. 

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